Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2001
Mots-clés : court métrage, rencontre,
 

Herman Van Eyken

Il monte d'un pas alerte les quatre étages (sans ascenseur, je vous prie) menant au bureau de Cinergie.be qui domine l'avenue des Arts. Redoutant un accident cardiaque, nous avons prévu un pot de café, prêt à ranimer les visiteurs, posé sur la table ou se mènent les entretiens enregistrés et notés. Avec Herman, pas de souci. C'est un solide gaillard qui surgit, le visage illuminé d'un sourire, vêtu d'un polard rouge vif que nous avions eu l'occasion de découvrir lors du tournage de L'Amour en suspens, son dernier long métrage (nous nous permettons de le souligner car comme écrit Umberto Eco - l'une des références d'Herman qui a suivi ses cours à Bologne : " les habits sont des artifices sémiotiques : c'est-à-dire des machines à communiquer "). Il remarque amusé le bricolage de notre porte (récemment cassée), se marre (tant la chose lui paraît extrêmement drôle : " Waouh ! comme c'est intéressant ! Vous deviez être pompettes !", s'exclame-t-il fasciné par la porte bancale).
Mmm....Mmm...Hélas, non, devons-nous avouer, ce n'est que le résultat d'un vol et non d'une saturnale. Off record ? Of course !
"On aurait voulu que je devienne médecin ou curé mais j'ai déçu tout le monde en devenant cinéaste ", nous confie Herman hilare. " J'ai vu à la télévision des films qui ne m'étaient pas destinés. Je me souviens que ma mère - devenue veuve très jeune - regardait les films le soir à la télé. Je faisais semblant de dormir dans ma chambre et redescendait, en catimini, en regardant à travers la vitre du salon. Je ne risquais rien parce que lorsqu'il s'agissait d'un film ma mère regardait l'écran jusqu'au bout ". Dans les années septante, son coeur oscille entre le cinéma allemand : Fassbinder, (" j'ai vu tous ses films "), Schroeter, Wenders, Schmidt, et le cinéma italien : Fellini, Bellochio, Bertolucci, Rosi et, ensuite, Pasolini (il a envisagé de réaliser un court métrage sur la mort de ce dernier : " Je voulais faire un court métrage à la Rashomon, avec plusieurs points de vue dont l'un était le point de vue du mort. Je ne l'ai jamais fait. Peut-être qu'un jour... "). Après s'être frotté à l'art photographique, il fonde un ciné-club qui s'appelait La Paloma en hommage au film de Daniel Schmidt avec l'inoubliable Ingrid Caven (" J'étais un fan, j'ai été la voir chanter ").
J'allais chercher les films moi-même. Comme je suis fils de cheminot, je bénéficiais du transport gratuit. J'allais chercher des bobines de films interdit aux moins de 18 ans alors que je ne les avais pas ". Il secoue la tête, s'interrompt pour réfléchir et ajoute : " Mais le film qui m'a le plus influencé, à ce moment-là, dans le choix de ma carrière, c'est La Maman et la putain de Jean Eustache. J'ai été frappé qu'un film aussi long puisse me passionner à ce point. J'ai pensé : c'est génial, je veux faire du cinéma. Bernadette Laffont et Françoise Lebrun, les deux femmes du film sont extraordinaires. Plus que Léaud qui est égal à lui-même. Comme tout le monde j'avais un père spirituel, mon prof d'anglais, qui était cinéphile et avec lequel je pouvais parler. " A 18 ans, il écrit une pièce de théâtre qui s'est jouée quelques jours et entre au HRITCS. Il s'appuie contre le dossier de sa chaise et hoche la tête en avouant : " Si j'avais pu y entrer à l'âge de 15 ans je l'aurais fait. Quand j'en suis sorti, je trouvais que je n'avais pas assez appris. Je venais de faire un long stage comme deuxième assistant réalisateur sur Exit 7 de mon prof Émile Degelin. Là, j'ai réalisé que je n'étais pas encore prêt. Mon film de fin d'études s'appelait Souvenir, un court métrage dont je ne suis pas content du tout et dont j'ai d'ailleurs piqué la bande-son pour qu'on ne puisse plus le projeter. Je l'ai avoué au projectionniste du HRITCS qui me l'a pardonné (rires). J'ai fait ma thèse sur L'Eden et après d'Alain Robbe-Grillet. Un film qui repose sur douze variations thématiques comme les douze tons en musique. Il en a fait une autre version avec le même matériau qui s'appelle : N a pris les dès.
Je suis allé à Rome et je suis parvenu - à l'aide d'une bourse - à entrer dans l'école de cinéma qui se trouvait en face de Cineccitta. Il y avait là un professionnalisme dans l'approche du septième art que je n'avais pas trouvé ici. J'ai bénéficié d'une initiation en Italie, près de la villa Borghese, un peu comme les artistes de la Renaissance. J'ai fait quelques petits stages sur les plateaux de Beneix et Ferreri. " Après Rome, il obtient une bourse pour suivre les cours d'Umberto Eco à Bologne ( " L'Oeuvre ouverte et La structure absente étaient deux oeuvres qui me fascinaient beaucoup "). Après un service civil au Centre Audiovisuel de l'Université de Louvain, ou il affronte la vidéo, il fonde Alice in Wonderland et réalise, en 1993, Questa Pazzia e Fantastica, un film d'art sur la création d'un opéra de Jan Fabre. Il enchaîne avec un projet périlleux : Achterland, coréalisé avec Anne Theresa De Keersmaeker. " Elle voulait adapter ses danses à l'écran mais avec l'ambition d'éviter une captation télévisuelle et de faire un film. J'ai pris ça comme un défi. Elle s'occupait de ce qui se passait devant la caméra, dirigeant les danseurs, et moi je gérais le cadre et l'équipe. Pendant le montage du film, j'ai préparé Scherzi d'Angelo, un court métrage adapté d'un scénario original de Jack Boon qui s'appelait : Angeltje ". Ce qui lui permet de se tourner vers les films de fiction et, en particulier, vers le long métrage. Celui-ci, d'abord intitulé La Danse des pantins, est, à l'origine, un projet de court métrage écrit par Micheline Hardy " ayant le potentiel d'un long métrage. Nous l'avons donc développé, Micheline Hardy, Luc W.L. Janssens et moi, et nous avons changé le titre qui est devenu Le Bal des pantins ". Tourné en 1999-2000, le film, qui désormais s'appelle L'Amour en suspens, sera projeté en avant-première le lundi 19 février au Festival International du film d'amour. Nous vous en parlerons dans notre prochain webzine.

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