Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2006
 

Jacques-Henri Bronckart

 

Portrait de Jacques-Henri Bronckart, co-fondateur de Versus Production

Jacques-Henri Bronckart, co-fondateur de Versus Production avec son frère Olivier Bronckart est un homme décidé. On lui propose, en le voyant en coup de vent sur le tournage de Cages d’Olivier Masset-Depasse qu’il produit, un Gros plans et un entretien. Il saisit la balle au bond. Le lendemain, il est sous le feu des questions de Cinergie.be et de cineuropa.org et devant l’objectif de notre DV-Cam.

Lorsqu’on lui demande quel est le premier film qui l’a marqué, on a droit à un silence qui ressemble à un soupir sur une partition musicale, mais très vite il enchaîne : « Le premier film qui m'a marqué ? Je crois que le déclic que j'ai eu, celui où je me suis dit que j'avais envie de faire du cinéma, s'est opéré en voyant les premiers films d'Hal Hartley lorsque j'étais à l'Université de Liège »

Il était très attiré par le cinéma indépendant, les premiers films de Martin Scorsese, de Francis Ford Coppola et de Woody Allen. « J'aimais aussi beaucoup Jim Jarmush. Stranger than paradise a été pour moi un vrai déclic.

Il possédait un ton singulier et surtout, avait un côté très bricolé qui rendait le cinéma accessible. En voyant Trust et Theory of achievement, les deux premiers films d'Hal Hartley, je sentais quelque chose de très artisanal, de très nouveau. Je sentais toute une série de choses brassées que j'avais beaucoup aimé dans le cinéma de Godard, de Bresson. Il y avait une synthèse qui me parlait vraiment, qui était très ancrée dans une époque, celle des jeunes dans la banlieue new-yorkaise. Il y avait aussi une acuité visuelle qui me parlait ». Par contre, il nous dit n’avoir eu ni l’envie, ni la prétention de réaliser des films. « Si je produisais de mauvais réalisateurs, peut-être aurais-je envie de faire mieux qu'eux (rires). Mais comme j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour leur travail je n’en vois pas l'intérêt. Il faut savoir trouver sa place ». Sa place,  il l’a découverte dans le métier de producteur d’autant plus intensément qu’il aime bien faire plein de choses à la fois et trouve un peu fou de se concentrer un an ou deux sur le même projet.

« Lorsque je suis sorti de l’université, en 1995, j'avais animé là-bas un ciné-club, donc j'avais déjà touché un peu au cinéma, mais plutôt du point de vue de l'organisation. Il n'y a pas réellement chez moi d'envie de réaliser, même si j'y ai un peu touché quand j'étais étudiant avec des copains. Mon envie était plutôt d'accompagner, de suivre, et j'avais, je pense, cette qualité d'organisateur ».

Via ses professeurs de l’université, il rencontre Jean Claude Riga et Marie France Collard, fondateurs de Latitude Productions, une asbl réalisant des documentaires. Cherchant quelqu'un pour s'occuper de leurs projets, ils engagent Jacques-Henri Bronckart qui travaille avec eux pendant quatre ans dans un climat agréable d’autonomie et lui permettant d’apprendre le métier.

A un moment donné, j'ai vraiment eu envie de travailler avec des réalisateurs de ma génération et de me tourner vers la fiction. J'ai rencontré Micha Wald et Bouli Lanners, et j'ai produit mes premiers courts métrages, celui de Micha, La nuit tous les chats sont gris, qui était à la fois ma première fiction et mon premier court métrage. C'était aussi le premier court métrage de Micha Wald qui sortait de L’INSAS. « Avec Bouli, c'était très différent parce que c'était complètement atypique, il m’a montré Travellinckx, un film qu'il avait tourné tout seul avec des potes et quasiment pas d'argent. On s'est rencontré quand il terminait le tournage et qu'il cherchait à finaliser le film et là, on a réussi à trouver le financement nécessaire, et on a pu faire des retakes. C'était le début d'une belle aventure. »

C’est à ce moment qu’il crée Versus, avec son frère Olivier qui travaillait quant à lui depuis deux trois ans comme administrateur de production avec les Frères Dardenne. « Comme Olivier a une formation un peu plus économique et qu’il est un peu plus gestionnaire, on avait le sentiment qu'on se complétait assez bien. Je suis plus fort pour ce qui est développement des projets, accompagnement, avec le feeling que je peux avoir sur les projets. Olivier est quelqu'un qui bétonne au niveau de la structuration d'une société, de sa gestion.

On a commencé par ce qu'on savait faire, c'est-à-dire du court métrage et du documentaire, la meilleure école qui soit. Tout en sachant très bien que le but était d’emmener les réalisateurs avec qui on travaillait à l'époque, vers le long métrage. C'est ce qu'on a fait avec Bouli Lanners, c'est ce qu'on a fait avec Danielle Arbid, dont on avait produit les documentaires. C'est ce qu'on a fait avec Micha Wald et qu'on fait maintenant avec Olivier Masset-Depasse. Les collaborations se sont poursuivies aussi bien sur des projets minoritaires que sur des projets majoritaires» .

Si Versus Production a démarré tant dans le court métrage qu’avec le documentaire c’est avant tout pour une question d’économie.

« Le documentaire est une économie encore raisonnable. Ceux qu'on a produit faisait entre 100 000 et 150 000 euros, voir 300 000 euros à la fin. Ça implique des coproductions internationales et donc, cela oblige à une certaine rigueur en terme de développement, d'accompagnement des réalisateurs. Cela m'a appris beaucoup de choses sur le rôle du producteur, la place qu'il doit occuper etc. La fiction, c'est quelque chose de très différent. Si on a pu développer des fictions comme on le fait maintenant, c'est aussi parce que j'ai pu faire un peu mes armes dans le documentaire. Aujourd'hui, on ne développe plus de documentaires parce qu'on a fait des choix, mais c'est aussi lié à la sinistrose du marché belge avec le départ de quelques personnalités clés notamment à la RTBF, et puis, je trouve beaucoup plus de plaisir dans la fiction pour l'instant. Ceci dit, s’il y avait un très beau projet de documentaire qui viendrait chez nous, je pense qu'on l'examinerait même si ce n'est pas une priorité ».

Son choix éditorial ? « Une volonté de travailler avec des gens avec qui je partage plus que le fait de produire un film. Ce sont des relations d'amitiés fortes. On partage plein de choses et c'est nécessaire dans le métier qu'on fait parce que produire un film, ce n'est pas que faire des réunions, mais c'est aussi aller au cinéma ensemble, partager des goûts, des références communes, des bouquins qu'on a pu lire, d'émotions sur des spectacles, et de choses parfois bien plus intimes. C'est un peu un clan comme ça qui s'est formé avec des relations très différentes d'un réalisateur à l'autre. C'est aussi ce qui me permet de bien connaître chacun. »

Anne Feuillère et Jean-Michel Vlaeminckx
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