Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
15/01/2001
Mots-clés : rencontre,
 

Jan Hintjes

 Apparaît une silhouette massive qui se déplace avec agilité malgré une corpulence qui lui donne un air de parenté avec Orson Welles (plus près de Falstaff que de l'obèse capitaine Quilan dans Touch of Evil). Lorsqu'il enlève son casque de motard, on est frappé de retrouver sur les traits de son visage, qui arbore un début de barbe grise, un air de famille avec Arno, son arrière-cousin. " Nos grands-pères étaient frères ", précise-t-il un brin nostalgique. Très tôt, le jeune Jan fait preuve d'un tempérament artistique qui ne fera que s'accentuer. Il monte avec sa soeur de petits sketches qu'il joue sur un podium de fortune, au fond du jardin familial,  tourne des films en super-8 d'une vingtaine de minutes dont il écrit le scénario au préalable, avec acteurs amateurs costumés et bande son. Il s'intéresse tout autant à la musique qu'au dessin.
Attiré par l'Afrique, il veut devenir ingénieur agronome, ce que lui déconseille énergiquement le psychologue du centre PMS qui le guide dans le choix de ses future études. " 
Jan, tu n'es pas assez discipliné, tu dois travailler huit heures par jour des matières qui ne t'intéressent pas. Tu as des dons artistiques, fais du cinéma ! " Il sourit, se tait, comme s'il se repassait la séquence en boucle : " Je ne savais même pas que le cinéma pouvait être un métier et encore moins qu'il existait des écoles où on pouvait l'apprendre ". C'est ainsi qu'il débarque au HRITCS, comprenant que le cinéma lui permettra de faire la synthèse entre ses talents de dessinateur, de musicien (guitare classique), d'improvisateur de sketches. Cul-de-sac de Polanski et A Clockword Orange (" pour sa satire de la violence : je déteste les films qui utilisent la violence pour amuser le public ") sont ses références cinématographiques de l'époque. Homme-orchestre, touche-à-tout, il monte Polygone avec Claude Haïm avant de s'en distancier, fonde NMP (Nieuwe Media Produkties), tourne des films industriels, des documentaires (Mitki in Europe, un film qui l'amène plus d'une trentaine de fois dans l'URSS de Gorbatchev et de la Gladsnot, Reclama ou Camels in Siberia), plusieurs films d'animation (Kubiek, avec Pierre Leterme au dessin, ainsi que Hippodroom et Applaus). Sa passion pour l'Afrique l'amène à réaliser les premiers épisodes d'une série consacrée à donner une image différente du continent à travers six personnalité africaines ayant accompli leur vocation tout en restant dans leur pays natal. Sa rencontre avec Slobodan Despotovski, un réalisateur macédonien qui a fait l'INSAS à Bruxelles, lui permet d'évoquer l'absurdité d'une guerre, celle de l'ex-Yougoslavie qui marque le sommet de la déglingue des pays de l'Est après la chute du mur de Berlin. Jan et Slobodan écrivent ensemble le scénario d'Osveta (la vengeance). "Tout l'Est européen tombait, c'était la bagarre partout, précise-t-il en haussant les épaules d'un air accablé. Je suis convaincu que les gens peuvent vivre ensemble mais dès qu'on agite le drapeau du nationalisme c'est la bagarre. C'est la politique qui fait se tuer les gens ". La production prend trois ans. Le tournage, en 1998, a lieu en Macédoine, juste avant la guerre du Kosovo. "le climat était tendu, poursuit Jan. Les Serbes de l'équipe craignaient que Belgrade ne soit bombardée et pourtant, dans notre équipe composée de Macédoniens, de Croates, de Grecs, de Turcs, d'Albanais, de Bulgares, de Français, de Belges (Flamands et Wallons), d'Italiens et de Serbes, tout le monde travaillait ensemble sans qu'il n'y ait jamais le moindre conflit. Le plus bel exemple étant celui de nos deux principaux acteurs macédoniens : Refet Abazi, un Albanais musulman qui jouait le rôle de Mitre, un chrétien, et Ljupco Todorovski, un chrétien de Macédoine qui jouait le rôle d'Osman, un Turc musulman ". La partie belge a été tournée en octobre 1999. On ne va pas vous parler d'un film que vous allez avoir l'occasion de découvrir mais vous signaler simplement qu'il y a deux histoires qui se déroulent chronologiquement, du début du siècle à nos jours, en montage alterné. A part ça, Jan Hinjes, qui pense que les Balkans forment la charnière entre l'Est et l'Ouest européen (rappelons que la guerre de 14/18 est partie de Sarajevo), a le projet de réaliser une trilogie qui déroulerait ses fastes et ses drames dans la région.
Osveta sera projeté au Festival International du film de Bruxelles le 25 janvier pendant la journée de la Communauté flamande.

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