Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2015
 

Je suis resté dans les bois de Vincent Solheid, Erika Sainte et Michaël Bier

Je suis resté dans les bois raconte l’histoire d’un plasticien, Vincent Solheid qui, dans le cadre de la création de sa nouvelle expo vidéo, va reconstituer des moments de sa vie. Il est entouré par une petite équipe dont font partie Erika, sa compagne et Michaël, un ami réalisateur. Le passé de Vincent remonte à la surface et des situations honteuses ou cocasses, celles que l'on retient, viennent se heurter à sa mémoire. Au fur et à mesure que Vincent se replonge naïvement et sans pudeur dans son passé, l’image que ses collaborateurs ont de lui commence à se ternir. Pire que ça, c’est la vision qu’il a de lui-même qui se transforme petit à petit, le mettant face à ce qu'il a été, à ce qu'il est, et à ce qu'il veut être. Vincent Solheid est également co-auteur du film Le Grand’Tour avec Jerôme Lemaire, qui adoptait une forme similaire. Erika Sainte est une jeune comédienne, vue notamment dans Elle ne pleure pas, elle chante ou Brabançonne, et Michaël Bier, directeur de casting, a déjà réalisé quatre courts-métrages.

Cinergie : Est-ce que le titre du film a un quelconque rapport avec la comptine « Promenons-nous dans les bois »?
Vincent Solheid (rires) : Non... Mais c'est une chanson d'enfance, et il y a de l'enfance dans ce film ! Je suis resté dans les bois, c'est un titre qu'on a gardé très tôt lors des premières écritures, et qui se justifie par une des dernières séquences qui va se dérouler justement... dans les bois ! Un sujet, un verbe, un lieu, c'est déjà une petite histoire en soi.

C. : La forme de ce film est assez particulière. On navigue sans cesse entre fiction et réel. C'est à se demander si le film a été réalisé pour accompagner l'exposition des 12 tableaux ou si, au contraire, les tableaux ont été réalisés pour s'incruster dans le film ?
Erika Sainte : En fait, à la base, dans les premiers scénarios qu'on a écrits, il n'y avait pas de tableaux. Maintenant, ça nous semble tellement évident que c'est comme ça qu'on voulait le film, qu'on a oublié qu'ils n'étaient pas prévus. Avec l'exposition de Vincent, on voulait être au plus proche de la réalité et travailler sur quelque chose de réel et de concret. On avait besoin d'inscrire dans l'écriture quelque chose de tangible et de construire le film autour de cela. C'est de là qu'est venue l'importance des tableaux.
V. S. : Ces tableaux feront partie d'une exposition qui aura lieu à Bruxelles en novembre prochain et autour de laquelle s'inscrit le film.

C. : Vous êtes tous les trois les réalisateurs de ce film. Comment vous organisez-vous ?

sur le tournage  Je suis resté dans les boisMichel Bier: Il a forcément fallu trouver une méthode car, une co-réalisation à trois n'est pas classique ni évidente. Vincent est à l'origine du scénario. Un jour, Vincent a demandé à Erika d'écrire avec lui, chose qu'ils avaient déjà fait auparavant sur un court-métrage. Finalement, ils se sont mis d'accord pour réaliser le film ensemble. Comme c'était le premier film d'Erika en tant que réalisatrice, ils m'ont demandé d'intégrer le projet ; l'histoire de Vincent, artiste plasticien qui monte une exposition, même si les tableaux n'étaient pas intégrés à l'époque. Ensuite, il a fallu récupérer le scénario pour en faire quelque chose qui nous appartienne à tous les trois et c'est là que l'écriture s'est plus orientée sur base des souvenirs de Vincent et sur un travail qu'Erika et moi avons rédigé ensemble. On peut vraiment dire que le scénario est signé à 6 mains. Et puis, sur le plateau, on joue tous les trois, mais rarement en même temps : Vincent est de tous les plans, c'est vraiment son histoire, c'est le personnage qu'on suit. Donc sur le plateau, il n'est pas réalisateur, du moins, quasiment pas. Il se laisse plutôt guider par Erika quand moi je joue, ou par nous deux quand lui joue seul. Quand c'est moi qui joue, je fais totalement confiance à Erika ainsi qu'à Nicolas Bier, mon frère, qui est scripte et qui va faire une partie du montage.

C. : Est-ce que ça apporte un plus d'être à trois pour la réalisation ?
E. S. : Ça apporte un plus, oui. Ce que ça apporte, je ne sais pas, parce que je n'ai jamais réalisé seule, mais de toute façon c'était hors de question que je réalise ce film toute seule, j'avais besoin et envie de travailler avec quelqu'un et j'ai l'impression que pour l'instant, on se dirige vers un cinéma qu'on fait ensemble. Il y a de plus en plus de films qui se font en co-réalisation , en co-écriture et je pense que c'est une vraie richesse.
M. B. : En fait, c'est un paradoxe que j'aime bien, les équipes sont de plus en plus petites, mais ça laisse plus de place à chacun d'intervenir. Erika a raison, c'est vrai que la co-réalisation devient de plus en plus courante. Ici, ce qui est intéressant, c'est que c'est quelque chose de très personnel ça part de Vincent, ça parle de Vincent, et puis il y a Erika, qui est proche de Vincent, puis il y a moi, qui suis un ami, mais qui suis quand même un peu plus extérieur. C'est aussi une façon d'essayer de trouver un juste équilibre entre quelque chose de très personnel, très sincère et très réel. On joue tous des rôles qui nous ressemblent. Être à trois nous permet d'avoir un regard extérieur.

C. : Comment se fait la direction d'acteurs ? Est-ce que cela vous revient à vous, Erika, car vous êtes comédienne ?
E. S. : Il n'y a pas vraiment de direction d'acteurs sur ce film, parce qu'on n'est pas vraiment des acteurs, on est très proche de ce qu'on est, et on installe des situations. On a le droit de réagir comme on le souhaite. Quand on est tous les trois dans le même plan, c'est là que le regard de Nicolas est important.

C. : Est ce qu'il y a un texte écrit ?
M.B: Il n'y a pas de scénario, mais il y a un traitement classique et qui aurait pu devenir un scénario. Ce traitement indique où on veut aller et d'où l'on part, mais tout y est, les personnages sont écrits, il y a un début et une fin. Ça reste un film de fiction. Ce traitement nous a permis aussi d'avoir un peu d'argent du Centre du Cinéma.

C. : Est-ce que les tableaux existent déjà ?
V. S. : Les tableaux existent, ils sont regroupés en 3 thèmes : la foi, la trahison et l'amour. Sous ces trois thèmes, il y a 3 à 5 tableaux. Ce qui est intéressant, c'est l'interférence qu'il y a entre chaque tableau.

C. : La foi, la trahison et l'amour ?
Sur le tournage Je suis resté dans les boisV. S. : Oui. C'est un peu la même chose... (rires) En fait, j'ai pris le temps de noter des souvenirs, de petites choses comiques, honteuses, importantes voire graves. Et c'est d'ailleurs une des thématiques importantes du film : quelle est l'importance de ces faits ? Sont-ils fondateurs dans notre personnalité ? Il y a des choses étonnantes. J'ai listé différents moments allant de l'enfance à l'adolescent et à l'âge adulte, on en a sélectionné plusieurs. Ces trois thèmes sont apparus comme une évidence. La question de la religion et de la foi est quelque chose qui me travaille, qui est déjà très présente dans ma recherche plastique, l'amour aussi. Bien que j'aborde pour la première fois le sujet de la sexualité. Et la trahison : avoir fait ou avoir eu mal, enfant. Finalement, je me suis rendu compte, après deux semaines de tournage, quand on est allé chercher les personnes qui ont participé à mes souvenirs, que nous n'avions pas du tout la même perception.

C. : Nous venons d'assister au tournage du dialogue entre Vincent, Michaël et un prêtre, sur la foi et la religion. Comment cette scène a-t-elle été préparée ? Est-ce que le texte a été écrit, les répliques des uns et des autres ?
E.S. : On a l'avantage d'avoir un vrai prêtre. On a envie qu'il réagisse comme un prêtre face aux questions que lui pose Vincent. Il a une totale liberté, on lui demande juste d'être lui, et de réagir aux doutes et aux questions de Vincent.

C. : Ce film a la particularité d'être entre le documentaire et la fiction...
E. S. : On n'est pas dans un documentaire, on n'est effectivement pas dans un film classique avec des scènes très placées, très découpées. On se laisse la place d'avoir des accidents, d'où peut-être le côté documentaire. Ici, quand on commence une séquence, on ne sait pas ce qui va se passer à l'intérieur, mais par contre on sait d'où on vient et on sait où on va pour construire notre film. On est dans une sensation de documentaire.
M. B. : Quand on parle du film, on parle plus de « fiction prise sur le vif ». J'aime bien cette expression.

C. : À la sortie du Grand'Tour, on en a beaucoup parlé. On ne savait pas trop si c'était un documentaire ou une fiction. On a accusé cette démarche de mensonge, de tromper le spectateur. Qu'en pensez-vous ?

Sur le tournage Je suis resté dans les boisV. S. : On trompe le spectateur ! Mais qu'est-ce que le cinéma si ce n'est «l'art de la ruse » ?! On était tout le temps sur le fil avec le Grand'Tour, mais c'était vraiment nous, on a eu beaucoup de temps aussi, on a tourné ce film sur deux ans et demi, et on s'est donné une totale liberté. On n'avait rien écrit en amont, c'est une des grandes différences avec Je suis resté dans les bois : ici, on s'est posé beaucoup de questions en amont.
M. B. : Je ne pense pas qu'on ait envie de faire croire aux spectateurs que ce qu'ils vont voir est un documentaire, et qu'au quart ou à la moitié du film, ils se rendent compte que c'est une fiction. L'envie est plutôt que dès le début de la fiction, il y ait des accidents du réel qui viennent s'immiscer dans la fiction. L'idée n'est pas de mentir au spectateur.
E. S. : Quand on est spectateur, on a envie qu'on nous mente, c'est pour cela qu'on va au cinéma. Moi, personnellement, quand je vais au cinéma, j'ai envie qu'on arrive à me faire croire que ce que je vois est vrai ! Moi j'ai envie de croire qu'ils pleurent pour de vrai ! Je trouve ça magique ! Et nous, on s'aide par cet aspect « pris sur le vif ».
M. B. : Je prends toujours comme exemple Titanic. On sait tous que le bateau va couler à la fin, mais à la moitié du film, on l'a oublié, on est tellement emporté par l'histoire d'amour !

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