Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2003
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Le Conscrit

Le film

 Nic BAL, directeur de la BRT, ayant l'idée d'adapter De Loteling (Le Conscrit) d'après une nouvelle d'Hendrik Conscience, il en signa l'adaptation, en 1974, avec Roland Verhavert. Il le coproduisit avec Jan Van Raemdonck, lequel avait connu avec Mira, adapté d'un roman de Stijn Strujvels, un succès public considérable. En confier la réalisation à un styliste comme Roland Verhavert fut un pari qui s'avéra gagnant pour le film. Il s'agissait d'atténuer le ton très romantique d'un texte écrit au XIXème siècle. L'histoire de l'odyssée, en Campine, de Katrien (Ansje Beetjes) et de Jan (Jan Decleir), un cultivateur, conscrit malgré lui (il a échangé sa liberté contre une somme d'argent qu'on lui vole) n'est pas seulement une histoire d'amour c'est aussi un hymne à l'indomptable courage de vivre, en affrontant les épreuves subies. Tels Antigone guidant OEdipe, (Jan a contracté une maladie, à la caserne, qui le rend aveugle), le couple va de Venlo à Zoersel, surmontant toutes les embûches.     
« La formule du récit est essentielle, nous dit Roland Verhavert, le style est le message et, à travers le style celui qui veut trouver le message, le trouvera. » Verhavert qui connaît ses classiques (on l'a vu avec  Meuwen sterven in de Haven ) mène son récit avec un style visuel évident. On retient ses plans tournés au grand angulaire qui poétisent la réalité. Le démarrage du plan sur un détail du paysage, la caméra se déplaçant en travelling latéral, pour s'arrêter dans un plan où face à nous s'avance une calèche, un bateau ou le couple.
L'alternance de plans larges en mouvement et de gros plans (le plus souvent fixes) imprime au film un tempo qui évite à Verhavert de tomber dans un romantisme échevelé même si le film reste un mélodrame. « Le cinéma est avant tout suggestif » explique Verhavert. Bref, un travail sur la forme inattendu pour un film destiné à faire les recettes que Mira avait obtenu trois ans auparavant, en touchant un large public.
Signalons que le mastering du film s'est faite à partir du négatif original du film scanné en haute définition numérique. Ce qui lui permet une projection en salles.
Le film a été restauré afin d'effacer les stries, points, taches, à l'aide des logiciels de l'équipe Ace Digital House sous la supervision de Roland Verhavert, himself.

Bonus
Le remarquable documentaire d'Eric Martens et du regretté Michel Apers, réalisé à partir des archives de Roland Verhavert nous montre une époque où le cinéma flamand, avec Hugo Claus, Patrick Lebon et le jeune Robbe De Hert connaissait une grande effervescence. Il nous offre des extraits de films et des interviews de Nic Bal, Ansje Beentjes, Jan Decleir , Peter Simmons (assistant du film et réalisateur lui-même), Jan Van Raemdonck, Hugo Claus et de Roland Verhavert. Celui-ci nous dit que son film est actuel (rappelez-vous 1974, c'est six ans après 1968) « car tout ce que nous vivons résulte du passé ». Herman Wuyts, le chef opérateur qui nous restitue cette lumière si particulière au nord du pays, a lui-même réalisé un film produit par Roland Verhavert.
Par ailleurs nous pouvons découvrir :

  1. De Zachtmoedige (Douce), réalisé en 1970 en noir et blanc pour la BRT et adapté d'un court récit de Dostoïevski (Bresson en a fait un long métrage, Une femme douce, en 1969 qui révéla Dominique Sanda).
  2. Un reportage du magazine « Echo » de la BRT sur le tournage du Conscrit à Diest (scènes du tirage au sort de la conscription)
  3. Les « trailers » de tous les longs métrages de Roland Verhavert : Het Afsheid (L'aveu, 1966), Rolande ou la chronique d'une passion (1972), Le Conscrit (1974), Pallieter (1976), Brugge die stille, Bruges la morte (1981) et Boerenpsalm, Psaume Paysan (1989).

De Loteling (Le Conscrit) de Roland Verhavert, DVD édité par La Cinémathèque Royale en coproduction avec CANVAS.

(1) Il n'est pas inutile de rappeler que Roland Verhavert, à l'instar de certains cinéastes français, fut d'abord un cinéphile, un critique de cinéma et fonda un ciné-club à Anvers. « Un grand souvenir fut la projection du Jour se lève de Carné où André Bazin est venu nous présenter le film » in A Chacun son Cinéma, éd. Cinergie/Luc Pire.

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