Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Le festival qui fait la différence

Le festival international du film Extra & Ordinary People (EOP !) s'est déroulé les 2, 3 et 4 décembre derniers à la Maison de la culture de Namur. Cette première édition, qui s'annonçait haute en couleur, a été un réel succès. Sa spécificité ? Aborder le handicap à travers le cinéma. Luc Boland, l'organisateur de l'événement, personnellement touché par la thématique, a demandé à son fils Lou, atteint du syndrome de Morsier, de composer la musique du festival.

Des films grand public comme Rain Man, Le huitième jour, My left footLe scaphandre et le papillon, etc. ont déjà prouvé qu'il est possible de parler du handicap de manière franche et de le faire accepter. Malgré cela, les films ou documentaires traitant de personnes déficientes ne trouvent malheureusement pas toujours de diffuseurs ou de distributeurs. Le festival « EOP ! », avec ses projections sur des gens extra-ordinaires, espère bien ouvrir un chemin vers une société plus ouverte et tolérante.

Le premier mérite du festival auquel il faut rendre hommage, est son accessibilité. Tous les lieux sans exception étaient à portée de tous (sourds, aveugles, personnes à mobilité réduite,...) grâce à l'équipe du personnel bénévole - ou non - , aux chauffeurs, aux traducteurs en langues étrangères ou en langue des signes, ainsi qu'aux sous-titres et à l'audio-description de chaque film. 1/3 du budget de l'événement a été consacré à cet aménagement.

En ouverture, le documentaire Nobody's Perfect de Niko Von Glasow, a marqué bien des esprits. Le film, présenté en avant-première, suivait les victimes du Thalidomide, un médicament utilisé durant les années 50 à 60 comme sédatif et anti-nauséeux, qui, administré aux femmes enceintes, provoqua la mort des nouveaux-nés ou de graves malformations. Le documentaire s'attachait à montrer les difficultés, mais aussi le positivisme et l'humour incontestable de douze personnes atteintes, dès leur plus jeune âge, par cette injustice. Pour mieux faire accepter les personnes physiquement handicapées, elles ont choisi de poser nues pour un calendrier, et d'exposer leur corps sans tabous. Un petit bijou que la Société des Auteurs et Compositeurs d'art Dramatique et la Société Civile des Auteurs Multimédia (SACD-SCAM) a salué en lui décernant un prix, à juste titre. L'ambiance après la vision du film était si animée, qu'il a fallu faire sortir les festivaliers encore présents aux petites heures pour pouvoir fermer les lieux.

Le lendemain, c'est en rencontrant Patrice, acteur de sa propre vie dans le documentaire L'homme qui ne voulait pas être fou que l'on apprécie vraiment la présence d'invités sur le festival. Entrer en dialogue avec lui permet de se rendre compte de l'authenticité du film de Bernadette Saint-Rémi et Véronique Fiévet. Patrice, écrivain, est atteint de schizophrénie. Après avoir vécu dans la rue, il se retrouve dans un centre et espère pouvoir partir au Brésil afin d'aider les enfants défavorisés en les formant à des métiers manuels. L'histoire d'un homme qui doit vivre avec des souffrances et des hallucinations invisibles aux yeux des autres et qui lutte chaque jour. Une séance qui ouvre les yeux sur un sujet encore méconnu.

Autre documentaire, chorégraphique cette fois, DV8, the cost of living (Le prix de la vie) de Lloyd Newson avec David, un danseur sans jambes. Le film abordait frontalement des questions sur l'estime de soi et le rapport aux autres. Face aux agressions verbales dont sont victimes les personnes handicapées, la danse est ce qui permet ici d'évoquer la dureté de cette réalité, mais de la transcender avec des chorégraphies originales et captivantes à voir et à revoir. The cost of living a été récompensé par le prix RTBF, et sera bientôt diffusé sur la chaîne publique. À ne pas manquer.

Les courts métrages étaient aussi mis à l'honneur lors de cette première édition du festival EOP ! avec une bonne vingtaine de films. Coup de cœur tout particulier pour deux séries humoristiques intitulées J'en crois pas mes yeux, présentant des gaffes de comportement envers des personnes handicapées de la part d'amis, de collègues ou d'inconnus. La première série portait sur deux personnes : un aveugle et son ami voyant, un peu gauche. La seconde série mettait en scène, dans le cadre du travail, une personne à handicap physique invisible et son collègue. Avec pour devise « un fou rire, vaut mieux qu'un long discours », Henri Poulain, réalisateur, espère ainsi briser la glace et créer du lien face au handicap.

Le palmarès :
Prix Cap48 & Prix du public : Hasta la Vista de Geoffrey Enthoven.
Prix SACD-Scam : Nobody's perfect de Niko Von Glasow.
Prix du public court-métrage : Mon petit frère de la lune de Frédéric Philibert.
Prix court-métrage RTBF : Luneville de Sébastien Petit.
Grand Prix RTBF-EOP! : The cost of living de  Lloyd Newson.

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