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01/02/1999
 

Licht de Stijn Coninx

Licht

Fiat Lux

Ellen, jeune étudiante hollandaise, trouve un job de vacances sur un bateau qui croise au large de la Scandinavie. L'occasion se présentant de passer un hivernage dans le grand nord en compagnie d'un trappeur, la jeune fille avide d'expériences n'hésite pas. Et la voilà coincée pour l'hiver arctique dans une cahute sur la banquise en compagnie de Lars. Mais les conditions de vie extrêmement rudes, l'éloignement, la promiscuité, sont des épreuves bien dures pour une jeune fille, tandis que le trappeur devra lui aussi s'adapter à cette présence qui bouleverse sa vie d'ours solitaire. La longue nuit polaire s'installe dans une atmosphère de plus en plus lourde et tous deux vont devoir composer pour y survivre ensemble. Petit à petit, cependant, ils vont s'apprivoiser, et lorsque la lumière reviendra... Y a-t-il a priori thème plus rabâché et convenu que celui-là ? Avant de voir le film, toutes les ficelles et les ressorts dramaturgiques qu'il est possible de déployer pour habiller ce type de huis clos nous passent par l'esprit. Sera-ce John Wayne et Maureen O'Hara au Spitzberg, ou Harry et Sally se rencontrant au jardin extraordinaire ? Il y aura un peu de tout cela bien sûr. Il n'est pas possible d'y échapper et le réalisateur a l'intelligence de ne pas jouer au chat et à la souris avec ce genre de clichés. Son pari est ailleurs. Il est, au départ de ce lourd atavisme, de réaliser un film personnel qui réserve au spectateur une part d'implication et qui se regarde sans ennui pendant 115 minutes. Pour ce faire, avec la complicité du scénariste Jan Van de Velde, il va jouer la finesse et la séduction intelligente là où on s'attend à le voir passer en force à l'esbroufe. Et cela marche. Une réussite qui met une fois de plus en valeur le savoir-faire et le talent de Stijn Coninx, ce cinéaste hors pair. Il est homme d'images tout d'abord : elles sont superbes, profitent pleinement du format scope et rendent à merveille la rudesse de la vie et du climat. Il est sculpteur de lumière ensuite : le film profite pleinement de la transition du jour à la nuit, puis du pâle jour et du passage de l'aurore à la lumière dans cette blancheur luminescente. C'est encore un conteur qui manie les plans, joue avec les rythmes, combine les ambiances pour nous aider à intégrer les deux personnages. On connaît avec eux l'angoisse de la longue obscurité, l'aspiration à la lumière, l'allégresse du jour qui revient, tous sentiments qui sous-tendent le rapport à soi, et donc à l'autre, de chacun des protagonistes. C'est enfin un metteur en scène et un directeur d'acteurs d'une profonde sensibilité, au moins s'il faut en juger par la manière dont les comédiens composent et font évoluer leurs personnages : une fille des villes qui part vivre une aventure mais devra trouver en elle les ressources nécessaires pour s'adapter à un monde dont elle n'appréhendait pas les difficultés, et un homme des neiges qui sortira peu à peu de son silencieux repli pour apprendre à composer et à communiquer. En combinant ces différentes qualités, Stijn Coninx nous livre un film attachant, qui tire même parti des aspects anecdotiques, façon exploration du monde, de la vie polaire (l'affrontement avec les ours blancs, l'attachement du trappeur pour ses chiens, la chasse au phoque...) pour encore enrichir l'histoire. Une histoire faite de tensions, d'épreuves, mais aussi de tendresse, d'humour et d'amour. Bref, une vraie belle histoire de cinéma.

Licht, 35mm, coul., 115'
Réal. : Stijn Coninx. Scén. : Jan Van de Velde. Musique : Dirk Brossé. Image : Théo Bierkens. Montage : Ludo Troch. Int. : Francesca Vanthielen, Joachim Krol. Prod. : Favourite Films.

Marceau Verhaeghe
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