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décembre 2008

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05/12/2008
 

Média 10-10

Média 10-10 : « Prière d’inventer ! »

Au Festival Media 10-10 de Namur, qui s’est tenu du 12 au 16 novembre, 37 courts métrages étaient programmés en compétition. De quoi découvrir de vraies perles, s’enthousiasmer pour quelques films, et s’étonner d’une mollesse plus générale qui inquiète.

Forcément, puisque nous avons fait partie du Jury Presse du Festival Media 10-10, nous avons tout vu ! Oui, tout ! Forcément aussi, pour les mêmes raisons, et parce que nous fûmes merveilleusement accueillis, que nous nous entendîmes merveilleusement bien avec les autres membres du Jury Presse (Candy Petter et Fred Arends) et ceux du Jury Officiel (Gwendoline Clossais, Sarah Pialeprat, Thierry Vandersanden, Yves Ringer et Rémi Durin), notre regard n’est pas tout à fait impartial, nourri par une ambiance festive et bon enfant, de la bonne chaire, des jacuzzi dans des hôtels paradisiaques, des camaraderies joyeuses et enivrées etc, etc. Et enfin, forcément, toujours pour la même raison, il ne nous est pas possible de nous étendre trop sur les films, sous peine de dévoiler les négociations intimes et tenues au secret des Jurys. Alors ce billet sera un petit billet d’humeur et de coups de cœur, qu’on se le dise.

Revenons donc à nos moutons, les 7 séances de courts métrages (dans laquelle nous incluons la toute première qui présentait des films primés par les publics de festivals hors Belgique et où le public de Media 10-10 alla choisir son film coup de cœur, Surprise, un petit film pas très joli, mais gai et bien ficelé, dans la lignée des comédies populaires italiennes, faites de quiproquos, de rebondissements et de portraits de nos amis les humains croqués en deux coups de cuillères à pot). Parmi la programmation très diverse et variée de films d’écoles, de films d’ateliers, de films d’animations, de films documentaires, etc. etc., les films primés ne le furent pas par défaut, et bien d’autres films nous ont accrochés et tapés dans l’œil.

Petit catalogue :  Thiam B.B. d’Adam Sié est un très beau documentaire très finement construit autour d’un personnage historique, figure de résistant, au Sénégal, qui fait émerger dans la réalité  filmée du monde sa profondeur historique; un autre documentaire émouvant de Félix Blume, Tempo da Recolleita  avait un très beau sujet sur les chants traditionnels et populaires de la Galice mais malheureusement, s’il captait de très beaux moments, n’accordait pas la musicalité de son film à son sujet ; Michel d’Antoine Russbach et Emmanuel Marre, une histoire réaliste et silencieuse, faisait le portrait d’un jeune homme complice de la monstruosité d’un quotidien presque anodin avec beaucoup de pudeur et de finesse et un scénario en béton ; Bill et Bob un film d’animation réalisé par Nicolas Fong, souple, élégant, agité et joyeux dressait deux jumeaux l’un contre l’autre; Eau-de-vie de Nadia Nezekri, filme un homme en proie à ses deuils et ses fantômes et doit beaucoup à Laurent Capelluto, son acteur principal, terriblement émouvant ; L’Enveloppe jaune de Delphine Hermans et La Leçon de natation de Danny De Vent sont deux films d’animations simples, frais et fins, aux techniques très différentes mais assez étonnantes;  Les Doigts de pieds, signé Laurent Denis, est une fiction courte, bien ficelée, légère et impertinente autour de la figure d’un vieil homme dans une maison de retraite (et tel est pris qui croyait prendre) ; Le Mulot menteur d’Andrea Kiss, un petit conte enchanteur, retourne la mortalité comme un gant avec beaucoup de joie au fil des tribulations d’une petite bête craquante et menteuse comme une arracheuse de dents ; #1, film d’animation de Marion Castera, surprend par sa forme d’essai expérimental rapide et nerveux autour de l’accumulation de l’art, de la culture, et plus largement des signes; Et que justice soit faite, un court métrage très cinéphilique de Jérôme Cauwe, tourne en dérision les codes du film d’action hollywoodien avec une énergie réjouissante…  D’avance, prière d’excuser cette grossière énumération : ces films mériteraient beaucoup plus de temps et d’espace que ce qui nous est imparti ici, mais nous y reviendrons...

Place à la colère et à l’irritation qui ont grondé aussi en nous pendant ce festival, panorama des jeunes et moins jeunes réalisateurs belges. C’est que beaucoup de films présentés à Media 10-10, réalisés avec des bouts de ficelles par des gens pleins de bonnes intentions, étaient parfois vraiment naïfs et bêtes ou bien pompeux et apprêtés, sans même vous parler des techniques balancées aux orties (films sous exposés, raccords à la truelle, dialogues inaudibles, ellipses incompréhensibles, etc. etc.) Quand ils étaient présentés par des écoles de cinéma, ils étaient si souvent formatés qu’on en eut plus d’une fois la nausée.  Et l’un n’empêchait pas l’autre, imaginez notre désarroi ! Mais sacrebleu, que s’est-il passé ?! C’est une bonne moitié de ces films qui nous reste sur l’estomac ! Seraient-ce que les courts métrages n’ont pas grand-chose à dire ou à montrer ? Que beaucoup pensent qu’avoir quelque chose à filmer suffit pour faire un film, quand le cinéma se définit surtout par un point de vue ? Un regard, une démarche, une intention ? Mais bon sang, qui filme ? Quoi ? D’où ? C’est surtout ça la question du cinéma, non ? Et de l’autre côté, vu des écoles de cinéma, on fut parfois harassé de films-programmes, de résumés de longs métrages à venir, de démonstrations de talent, de scénarios formatés, d’exercices de styles, de pauvretés scénaristiques, narratives et formelles... Et le cinéma semble soudain morbide, tué par ses règles, son économie, ses poses, son enseignement, ses ambitions… Et cela fait peur, car dans l’ère du court métrage, n’est-on pas dans l’ère de l’à venir ? Mais peut-être est-ce justement ce qui ne va pas.
Que les courts métrages ne sont plus un genre à part entière, une forme fouillée, creusée, animée pour son format, un choix fait par un réalisateur dans une démarche consciente, mais qu’ils sont, bien trop souvent, des exercices qui préparent à une professionnalisation, des cartes de visite sensées faire étalage de savoir-faire, des petits numéros d’acteurs poussifs et agaçants. Et c’est là que le film d’Olivier Smolders, Voyage autour de ma chambre, prend tout son sens, son ampleur, sa beauté, en ce que, justement, il est le résultat d’une véritable démarche de filmeur qui trouve, dans l’espace du format court, le lieu de son épanouissement.

Pour nous réconcilier avec le cinéma, nous sommes allés nous ressourcer à la carte blanche au cinéma expérimental très rafraîchissante, organisée par le Festival cette année. Elle présentait des classiques du genre (ce qui était son but avoué et explicite). Il y avait là Buñuel, Roland Lethem, Stan Brackage, Len Lys, Jean Painlevé et d’autres encore, enfin, que du beau monde et des hallucinations nombreuses et variées, des tentatives d’inventions extrêmes, des recherches, des expériences, des innovations !
Alors, camarades amoureux du cinéma, révoltez-vous contre les règles, les principes, les lois, les enseignements, et inventez, régalez vous, jouissez, faites-nous jouir, penser, nous émerveiller, donnez-nous des frissons, des découvertes, des surprises même si c’est maladroit, mal foutu et surtout totalement incorrect.  DE LA VIE quoi !!!

Anne Feuillère (pour toute réclamation, prière d’envoyer un court coup de gueule filmé à Cinergie.be)
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