Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Avril 2011
08/04/2011
 

Premier Prix des Jeunes Critiques d'Illégal d'Olivier Masset-Depasse

Premier Prix du Concours des Jeunes critiques organisé par cinergie.be, La Libre Culture, Wallonie-Bruxelles International, le Centre du cinéma de la Communauté française et Cannes cinéma.

L’éclatant portrait de femme que nous dresse Olivier Masset-Depasse est celui d'une sans-papiers russe en pleine détresse, une immigrée meurtrie par l’interminable attente dans un centre de rétention, le 111 bis, mais aussi celui d'une mère brisée par la séparation douloureuse avec son jeune fils. Vivant dans une méfiance constante, Tania éloigne tout soupçon en se comportant comme une occidentale modèle, elle travaille comme technicienne de surface, son fils, Yvan, est complètement bilingue et bien scolarisé. Tania se présente comme la voisine sympathique : la gentille Madame tout-le-monde. Alors qu’elle cède aux caprices de son fils et accepte de parler le russe en pleine rue, des policiers en civil l’interpellent. Si Yvan s’enfuit, Tania est emmenée au poste, avant d’être transférée dans un centre.
Alors commence un violent tourbillon de solitude : murée dans son silence, de peur de mettre les siens en péril, Tania, coupée du monde et bombardée de doutes, fait preuve d’une détermination sans écorchures : « Non, elle ne quittera pas le territoire belge ». C’est caméra à l’épaule que le réalisateur démontre l’étendue du drame des clandestins. Dès les premiers instants, on perçoit l’inconcevable inquiétude de l’héroïne, pour qui, être renvoyée dans son pays natal, est comparable à un calvaire sans nom. Le metteur en scène aborde une thématique peu exploitée dans le septième art, et surmonte la difficulté principale qui serait de sombrer dans le mélodrame. La simplicité bouleversante d’Illégal accroît d’avantage le réalisme du sujet tristement d’actualité. Proche du documentaire, le cinéaste fait oublier toute fiction, et nous impose l’existence terrible de ces captifs. L’atroce vérité est là, et il est impossible de la balayer d’un revers de main.

Anne Coesens livre une performance de caractère. Elle fait bien plus que se glisser dans la peau du personnage, elle fusionne avec lui. D’une langue et d’un accent maîtrisé pour plus de crédibilité, jamais elle ne plonge dans l’excès : elle est l’incontestable point fort de ce long métrage. Tout au long du film, nous suivons sa mésaventure, et ses doutes deviennent les nôtres : Va-t-elle être évacuée ? Reverra-t-elle son fils ? Combien de temps peut encore durer cette situation ? Tant de questions qui nous tiennent en haleine, tout comme ces appels téléphoniques auxquels elle a droit : si insoutenables, si brefs, pourtant son seul lien avec l’extérieur. Le téléphone devient un connecteur indispensable, mais aussi une torture quotidienne.

Si le film témoigne d'un aspect cruel de l’enfermement des clandestins, il ne prend pas parti. Masset-Depasse ne crache à la figure de personne, il ne s’établit pas en défenseur d’une cause spécifique. Il y a, tout au long du film, une objectivité palpable. Ne sont exposés ici que les conséquences d’une société bureaucratisée où tout le monde est contraint d’agir sous une poigne invisible. Les clichés manichéens sont éradiqués du scénario, il ne s'agit que de malchanceux et d'employés perdus dans un système mécanisé. Si Illégal n'est pas un film destiné à foudroyer les aléas d'une société mal organisée, il est, sans aucun doute, celui qui révèle au grand jour une partie de la population, celle qui vit en toute discrétion, en toute illégalité.

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