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Puppy Love - Delphine Lehericey

Comme à Ostende, un moyen métrage jeté comme un coup de dé, vibrant et vivant de toutes ses scènes au Festival de Namur. Depuis, Delphine Lehericey a réalisé deux documentaires remarqués dont Les Arbitres, un étonnant plongeon dans la vie mouvementée de ceux qui font la pluie et le beau temps – et non sans risques - des terrains de foot. Puppy Love, son nouveau long métrage, est sélectionné au prestigieux Festival International de San Sebastián où il a été chaleureusement accueilli par une salle comble de jeunes adolescents. Et si par hasard on n' était pas en Espagne, on pouvait filer à Zurich le découvrir avant son passage quelques jours plus tard au Festival francophone de Namur où, dans la compétition Emile Cantillon, il a remporté le prix BeTv. Et le voilà enfin sur nos écrans. 

Tendre, jamais mièvre, toujours juste et quelquefois rock'n'roll, Puppy Love est un très beau premier film - ou second film de fiction, on ne sait plus, et cela n'a pas d'importance - qui suit pas à pas l'apprentissage amoureux entre fragilité et curiosité d'une jeune fille en plein grandir. Au risque parfois de se perdre, au plaisir enfin de se trouver. À l'image de Diane, sa jeune héroïne, Delphine Lehericey trace elle aussi son chemin cinématographique entre détermination et questionnement, dans le plaisir des quêtes et des expériences toujours renouvelées.

Cinergie : Tu as, jusqu'ici, tourné des films assez différents. Ton premier film s'est écrit en quelque sorte au fil du tournage, tu as beaucoup expérimenté avec les comédiens, et tu l'as presque autoproduit. Puis, tu as signé deux documentaires, dont Les Arbitres que tu as coréalisé avec Yves Hinant et Eric Cardot. Ce sont des expériences qui semblent toutes très différentes. Comment cela a-t-il nourri ce quatrième film ?
Delphine Lehericey :
Ce quatrième « premier » film (rires) ! Parce qu'en termes de production,Puppy Love est un premier film au sens classique, avec un peu d'argent, une équipe, une organisation... Comme à Ostende était un moyen métrage tourné en deux semaines et sans un rond... Donc oui, c'était une expérience très différente. Et puis, Les Arbitres était un documentaire pour le cinéma avec un gros budget que nous avons réalisé à trois, tandis que le second était un documentaire plus petit, un portrait pour la télévision. Ce sont à chaque fois des productions et des films très différents. Puppy Love estun film plus classique, non pas en termes de réalisation, mais en termes de processus de production.

C. :Et comment ces expériences sont-elles venues nourrir ce nouveau long métrage ?
D. L. :
 Je crois que cela se verra à mon cinquième « premier film » (rires) ! Quand j'aurai accumulé toutes ces expériences si différentes ! En tous cas, Puppy Love a été l'enjeu d'une sorte de « deal », de contrat passé avec moi-même. Il m'a fallu accepter d'écrire un scénario, de me mettre dans la peau d’une réalisatrice un peu plus calme, un peu moins sauvage, de me plier à tout un protocole, une équipe, un calendrier... La machine est plus lourde, on se permet beaucoup moins que dans un documentaire ou dans un film tel que Comme à Ostende où on fait un peu ce qu'on veut : on peut décider le matin de ce qu'on va faire l'après midi... Là, j'étais vraiment encadrée et je l’ai accepté - non pas de me calmer par rapport aux choses que j'avais à dire, car c'est une histoire qui m'est très personnelle et me touche beaucoup – mais de me plier à un cadre. J'ai l'impression d'avoir bien fait mes devoirs, en quelque sorte (rires).

Delphine LehericeyC. : C'était donc à nouveau une première fois ?
D. L. :
Oui. Mais j’espère que chaque film que je vais faire sera une expérience différente. Quand je réalise un projet personnel ou une commande, comme ces deux documentaires, j'essaie de me l'approprier. Je dis en riant que je vais faire mon cinquième « premier » film, mais je crois vraiment qu'il y a des histoires qui correspondent à des modes de production et à des façons de faire, de mettre en scène. Chaque fois, cela s'invente, objet après objet. Qu'on arrive après à relier les éléments d'une filmographie, c'est génial, cela veut dire qu'il y quelqu'un au cœur de tout ça. Mais moi, je ne sais pas le faire. J'avance avec le désir que j'ai pour ce que je fais au moment où je le fais. J'essaie d'être présente aux choses. Evidemment, sur le tournage de Puppylove, j'ai vraiment travaillé avec tout ce que je sais faire : j'ai amélioré la direction d'acteur que j'avais creusée sur Comme à Ostende, j'ai affiné les questions de la place de la caméra après les documentaires...

C. :En quoi le sujet de Puppy Love te tient-il tant à cœur ?

D. L. : Dans cet état d'esprit qui était le mien, de m'avancer dans un film de cinéma pour le cinéma, j'avais envie de raconter une histoire vraiment personnelle parce que je pensais qu'il fallait que mon désir soit assez fort pour tenir tout le processus de production. C'est long tout ça, de l'écriture d'un scénario au financement... Je voulais parler de la période de l'adolescence, au plus près de ce que j'ai ressenti. De ce moment où on commence à se questionner sur la sexualité, le désir, ce passage entre l'enfance et l'âge adulte. J'ai l'impression que c'est la naissance de quelque chose, et faire un premier film pour le cinéma était aussi une histoire de naissance. Je me suis demandée comment j'allais naître à cet endroit-là. Je me suis remise à cette place de la découverte en voulant vraiment y aller, comme une jeune fille. J'avais ce rapport à l'histoire puis à la mise en scène. Je me suis comportée comme le personnage. J'ai cherché et voulu découvrir comme elle. J'ai préparé un peu les choses pour l'équipe etc., mais je me suis positionnée à chaque fois comme mon personnage : Comment allait-elle s'avancer dans chaque scène ? Se positionner dans cette sexualité ? Qu'est-ce qu'elle découvrait ? Et j'essayais d'être au plus près d'elle et de redécouvrir avec elle ses émotions.

C. : Comme à Ostende m'avait beaucoup fait penser à Cassavetes. Il me semble quePuppy Love peut aussi être l'histoire d'une jeune fille sous influence...
D. L. :
J'ai toujours l'impression qu'on découvre la vie via une relation. C'est en tous cas ce qui me passionne le plus, que ce soit dans la vie ou au cinéma : rencontrer les gens. Je crois que si on n'a pas de relation aux autres, on ne grandit jamais, on ne change pas, on meurt... Il me semble que le lien est bien plus important que tous les livres, que le cinéma, l'école... Quand il y a un lien, une relation à l'autre, qu'elle soit amicale ou amoureuse, tant qu'il y a un peu d'affect, on peut changer. Puppy Love est vraiment l'histoire d'une très jeune fille qui commence à se poser des questions et qui rencontre une fille un peu plus âgée qu'elle qui semble, elle, complétement libérée, tranquille, qui vit ça comme un amusement, un plaisir, une manière de passer le temps. Diane est fascinée par ça, elle voudrait être aussi à l'aise que Julia, mais elle se rend compte que ce n'est pas ça qui va vraiment la changer, qui va la transformer. C'est plutôt une déception amoureuse, affective, qui va la faire grandir à l'endroit où elle ne s'y attendait pas. Alors elle change et sort de l'enfance, de l'adolescence même. Comme si elle avait vécu son adolescence très vite, en six mois. J'ai l'impression qu'il y a un âge bizarre pendant l'adolescence qui va très vite, qui peut durer parfois à peine un été, où d'un seul coup, un enfant ne ressemble plus à un enfant... Ça passe très vite, et quelque chose est né.

C. : Puppy Love semble aussi l'histoire d'un corps qui se redresse... Et c'est très sensible dans ta façon de filmer le personnage de Diane qu'interprète Solène Rigot.
D. L. :
Quand tu rencontres quelqu'un, il y a une promesse sur ce qui peut se passer, mais aussi bêtement une histoire d'attirance. Je crois qu'on est attiré par quelqu'un physiquement, pas forcément sexuellement, mais physiquement. Un corps t'intéresse, et tu rentres dans une relation. Tu parles, et quelque chose se passe. Quand j'ai rencontré Jan Hammenecker pour Comme à Ostende, c'était évident pour moi, je voulais filmer ce corps en entier, ce qu'il représente, ce qu'il est, sa façon de bouger... Il a une présence incroyable, Jan. Pour Solène Rigot, ça a été un casting incroyable. On a cherché pendant 9 mois, entre la Belgique et la France, et je l'ai trouvée le dernier jour ! Je voyais des jeunes filles que je trouvais très bien, et je me disais qu'en travaillant, quelque chose réussirait à se raconter, mais je n'avais pas de coup de foudre, cette reconnaissance immédiate : je ne tombais pas amoureuse. Et puis, Solène est venue le dernier jour du casting grâce à Audrey Bastien qui joue Julia. J'ai vraiment eu ce choc. J'ai vraiment vu mon personnage, mais en mieux, cette façon de bouger, ce malaise qui m'intéressait beaucoup... Et j'ai voulu filmer cette jeune fille dans sa manière de grandir, de se redresser, oui.

C. : Filmer les corps en mouvement et les affects qui les traversent semble le cœur de ton cinéma.
D. L. :
Oui, et là, il y a aussi la question de filmer les corps nus... Si je pouvais faire un film où l'on ne parle pas, où l’on filme juste des corps en mouvement, je le ferais. J'ai un peu filmé la danse contemporaine à un moment donné, et ça m'a fasciné. Les plus beaux moments de Puppy Love ne sont pas ceux qui sont dialogués. Même s'il y a une scène dialoguée fondamentale, tout le reste se passe ailleurs. Dans le regard par exemple. Quand Diane regarde Julia faire l'amour avec un garçon, il n'y a rien besoin de dire. C'est un rapport d'un corps à un autre, et l'on sent le désir de Diane d'habiter cet autre corps, d'être dans cette aisance.Delphine Lehericey

C. : Comment as-tu filmé toutes ces scènes d'amour ? Quel a été ton parti pris ?
D. L. :
Au départ, j'avais envie de réaliser des scènes très crues, à la Larry Clark. J'avais même pensé, avec mon producteur, engager des acteurs pornos pour filmer, comme chez Bruno Dumont : les acteurs jusqu'au dessus de la ceinture, puis les acteurs pornos pour tout le reste... Et puis, j'ai trouvé ça dommage, parce que j'avais envie que ce film soit vu par des adolescents. C'est devenu ma priorité, je m'étais replongée dans mon adolescence, et je me disais qu'à cette époque là, j'aurais bien aimé voir un film comme ça. Mais si on faisait des scènes aussi crues, on allait manquer toute une partie des spectateurs, en étant interdit au moins de 16 ans... Alors, je me suis dit que c'était peut-être une histoire de distance, qu'il me fallait trouver, pour chaque scène, cet endroit-là, cet axe où l'on croit qu'on a tout vu mais où, en fait, on n’a rien vu... Pour la scène avec Antoine que joue Théo Gladsteen et Solène, c'était vraiment très dérangeant parce que c'était le premier jour de Théo et la première scène un peu difficile de Solène. Je pensais que j'irais beaucoup plus loin en termes de nudité ou de crudité, mais finalement, ils sont tout le temps sous ce drap. Ils étaient tellement emmêlés, simplement du fait d'être là, sur ce plateau de tournage, que tout était maladroit. Mais cette gêne était géniale pour la scène. Tout va dans le sens de cette première fois ratée. Enfin ratée... pas aussi belle que ce qu'ils auraient voulu... Tout est vraiment foireux, et c'est chouette parce que du coup, c'est un peu drôle. La crudité du moment se retrouve là, dans cette maladresse... Après cette scène, sur le tournage, tout le monde s'est mis à raconter sa première fois, et j'ai compris que la scène était réussie.

C'est un peu comme travailler avec des danseurs, on invente une chorégraphie, on répète habillé, je me mets là, et je fais le mime (rires) et puis, ils arrivent en peignoir, on dit « action » et on filme... Et je filme tout, dans la durée. Ce sont des séquences qui durent parfois un quart d'heure, comme un rapport sexuel. Je prends tout ce que je veux voir. Et puis au montage, je décide de ce qui me suffit, des endroits que je trouve justes, vrais, appropriés au film et de ce que je veux du personnage. Mais pour moi, ce n’était pas les scènes les plus difficiles à tourner. Je trouve ça beaucoup plus compliqué de filmer un repas, de trouver la place de la caméra autour d'une table qu'autour d'un lit !

C. : Mais tu avais certains partis pris de mises en scène ?
D. L. :
Avec mon chef opérateur, Sébastien Godefroid, qui est mon ami depuis 20 ans, on s'est posé quelques contraintes. On a choisi trois focales et on a filmé à hauteur des acteurs... C'était important pour ne pas partir dans tous les sens, pour ne pas se retrouver avec des tas de possibilités qui ne nous servaient à rien puisque l'histoire est très simple. Il y avait vraiment une évidence. C'était un vrai travail de chercher cette distance, mais l'histoire est si simple qu'il n'y avait qu'à la suivre. Et puis, il y a Solène Rigot qui est une comédienne incroyable.... Enfin, c'est plus qu'une comédienne, c'est une nature incroyable. Mon travail était de ne pas briser cette nature, de la garder la plus pure possible pour qu'elle reste à cet endroit d'elle-même. Je ne l'ai pas bousculée, mais j'ai tout fait pour qu'elle laisse échapper ce qu'elle est.

C. : Entre cette première scène d'amour manquée, un peu rugueuse, et la scène suivante, celle d'un film porno, très cru, ton film vient comme tracer une troisième voie dans la figuration de l'acte sexuel, poser d'autres images de la sexualité, ouvrir d'autres imaginaires.
D. L. :
Je cherchais vraiment à faire un film féminin, presque féministe (rires). Je me pose beaucoup la question de savoir ce qu’est une femme qui fait des films. Ce n'est pas la même chose qu'un homme qui fait des films. Par rapport à toutes ces questions, celle de l'éveil de la sexualité, une femme ne peut pas avoir le même regard qu'un homme. Avec ce film et ce sujet, je savais que je n'allais pas sur un terrain inexploré, mais je voulais savoir si moi, en tant que femme, je pouvais raconter quelque chose de vraiment féminin, si ça se ressentait. J'avais peur aussi, par exemple, que le personnage de Julia soit trop marqué, qu'il devienne trop excitant, et je voulais protéger les actrices de ça. Je crois qu’inconsciemment, il y a une intimité qui s'est nouée entre les personnages et moi, cette histoire et la mienne, les acteurs et moi. Et puis, ce moment de l'adolescence que je raconte me semble très féminin. Je me sens légitime pour parler de tout ça. On peut évidemment faire tous les films qu'on veut : je pourrais faire un film sur l’homosexualité, ou sur quelqu'un qui tue quelqu'un d'autre, mais il faut un lien avec sa propre histoire. Il me fallait un pays pour ce film, et c'est un personnage féminin qui porte cette question du désir et de la sexualité. Par moment, elle se comporte comme on pourrait croire que seuls les garçons se comportent parce que je voulais qu'elle se questionne à tous les endroits. Elle n'a pas envie de passer à l'acte, mais elle le fait quand même. C'est une voie possible, on le fait parce qu'il faut en passer par là, comme d'autres le font. Il y a aussi ces images pornographiques qui sont très accessibles. Entre les deux, il y a ce chemin du désir. Mais c'est quelque chose qu'on ne comprend que bien plus tard, après s'être confronté à tout ça, à ces images violentes de la pornographie ou ce passage à l'acte sans désir. Je voulais questionner ces premiers instants d'ouverture. Ce n'est pas comme si Diane savait exactement quoi faire. Elle cherche. Elle peut avoir ce désir pour ce jeune garçon ou pour cette fille qu'elle admire, et cela ne veut pas dire qu'elle choisit l’hétérosexualité ou l’homosexualité, pas du tout. Elle est à un moment où tous les possibles sont là. Elle va prendre en charge, toute seule, ses questions autour de la sexualité.

C'est déjà une figure féminine forte. J'aimais bien construire un personnage qui soit un peu héroïque devant ces questions là. Elle est déjà héroïque dans sa famille parce qu'elle vit seule avec son père, qui est un adolescent attardé joué par Vincent Perez, et son petit frère dont elle s'occupe beaucoup. Elle regarde un peu autour d'elle, mais elle ne questionne pas les autres. Elle est assez solitaire, et elle s'en sort. Elle est toujours au bord d'un danger, mais ça, c'est l'adolescence, on croit qu'on est invincible ! Elle rencontre des mecs sans savoir ce qui va se passer, elle prend des risques, mais elle trace son chemin et elle arrive à se libérer. Sans doute un peu de ces images de pornographie, de ces mecs, de ce qu'elle croyait être une première fois et qui est autre chose.... Elle s'émancipe. Et je crois que ce qui la sauve, c'est l'action.

C. : La fin du film est symboliquement très dur : c'est la fin de l'innocence, la sortie du paradis, non ?
D. L. :
Mais je ne suis pas romantique (rires) ! Je crois que la vie ne l’est pas. Raconter des choses romantiques sur cet âge-là, ce serait un terrible mensonge. Le romantisme est vraiment, pour moi, de l'ordre de la distraction. Et ce n'est pas grave d'apprendre que la vie n'est pas romantique. C'est chouette quand même, on peut faire sans. Il y a d'autres choses incroyables auxquelles on ne croit pas et qui finissent par arriver dans la vie. Et puis, on peut trouver son indépendance, son chemin, être un peu cohérent avec son désir, si on a un peu souffert, si on a été un peu déçu... Il ne s'agit pas non plus d'être terrassé de souffrance (rires) ! Mais je crois que la confrontation au réel est ce qui nous fait avancer. Diane vit une déception amoureuse, affective, terrible, et cette trahison la fait grandir. Mais c'est sans doute aussi ce qui la sauve. Si elle ne se confronte pas au réel, elle peut prendre une voie qui n’est pas la sienne. Ce qui importe, c'est de trouver sa voie, son désir, l’endroit où l'on ne va plus souffrir. Julia, qui a l'air si heureuse et si libérée, n'a pas cette indépendance. Elle fait les choses contre ses parents, elle a besoin du regard des garçons... Tandis que Diane s'est détachée.

Delphine LehericeyC. : La musique est très importante puisqu'elle rythme non seulement le film, mais aussi la progression du personnage de Diane. Comment as-tu collaboré avec Soldout, qui signe la bande originale ? Comment les as-tu rencontrés ?
D. L. :
On s’est rencontré à un concert il y a plusieurs années, et j’adorais déjà leur musique, leur son. Je ne savais pas quoi leur dire à part que j’aimais ce qu’ils faisaient, mais je trouvais ça un peu plat ! Alors, j’ai fait ma maline, et je leur ai dit que j’écrivais un film et que j’adorerais qu’ils fassent la musique. Leur premier album est le premier CD que j’ai acheté en arrivant à Bruxelles pour tourner Comme à Ostende. Ils m’ont accompagnée sans le savoir dans mes premières expériences de cinéma, mes premiers pas ici. Quand j’écoute Soldout, je rencontre quelqu’un ! Ils ont un son à eux, il y a la voix fragile, subtile de Charlotte, et quelque chose de brutal dans la musique de David : un conflit intéressant. On est vite devenu très proches, sans encore bosser ensemble et on sortait tout le temps. Quand j’ai écrit le film, pour de vrai, j’y ai intégré des références musicales très précises, des groupes des années 90, de l’électro (Oasis, Blur, Pet Shop Boys, DJ Chloé). J’avais envie d’une B.O. nostalgique, même avec de la variété ! Une bande-son qui marque l’époque du film, plus encore que les costumes et les décors. Tous ces morceaux étaient très datés, trop, et puis très chers aussi !!! Tout à coup, on s’est dit avec Soldout que ce serait passionnant de faire comme un album pour le film, de produire de la musique sous l’influence de ces groupes, mais avec le style Soldout. La voix de Charlotte comme fil conducteur, comme la voix intérieure de Diane, des titres qui pourraient traduire ses émotions. C’est ce qu’on a fait ! Je suis très fière de la musique du film, c’était vraiment un chantier important à réaliser. Ils ont un peu râlé au début de faire la cover de « It’s a sin » des Pet Shop Boys, ils se sentaient plus proches de Depeche Mode, mais maintenant c’est devenu presque l’hymne du film et ils en ont refait un tube !

C. : La grâce de ton film, c'est de raconter quelque chose de grave de manière légère. Ton cinéma me fait penser à celui d'un Doillon ou d'un Rohmer, des cinéastes plutôt naturalistes.
D. L. :
(rires) En tous cas, je me suis toujours demandée à quelle famille de cinéastes je pouvais appartenir. Je fais du cinéma dans une sorte de rapport d'intimité, sans me positionner ni dans le drame, ni dans la comédie. J'essaie de trouver ce qui ressemble le plus à la vie, cette espèce de mélange de tout. Comme je ne me sens pas romantique, je me rends compte que je cherche à reproduire du réel, mais d'une manière un peu esthétique, un peu belle. Quand ça marche, j'arrive à ce mélange entre gravité et légèreté. C'est exactement ce que j'essaie de faire. C’est comme la vie, c'est toujours un mélange, des choses qu'on ne sait pas toujours capturer, des émotions qu'on ne sait pas définir. Je crois que le cinéma, c'est réussir à entrer dans des émotions qui ne savent pas se mettre forcément en mots, et c'est génial pour ça. Si tu parviens à le faire une ou deux fois dans un film au travers d'une histoire, c'est quand même réussi ! Parce qu'on va toucher quelqu'un à un endroit où l'on est soi-même touché, et qu'on ne saurait pourtant pas expliquer. Je trouve ça super de mettre les gens dans un état. C'est ce qu'on fait avec les acteurs, on va chercher des choses bizarres en eux en leur racontant des histoires. C'est ce travail-là que je veux faire et qui me passionne.

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