Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Sur le tournage de Kangourou de François Verjans

Interview de François Verjans, Jean-Jacques Rausin et Mathilde Rault

Scénariste de La balançoire et de Fancy-fair de Christophe Hermans mais aussi de Little glory de Vincent Lannoo, François Verjans a été à bonne école et se lance aujourd'hui dans la réalisation avec Kangourou, son premier court métrage. Un projet qui mijote depuis longtemps déjà dans la tête du jeune Liégeois, projet qui a évolué, mûri et qui se concrétise enfin grâce à du crowdfunding, mais surtout grâce aux efforts de Nicolas George et des films du Carré qui ont tout fait pour que le film se réalise dans les meilleures conditions malgré un budget vraiment restreint. 

Direction Verviers avec Camille pour rencontrer l'équipe de tournage de Kangourou. L'endroit est incroyable, une maison gigantesque. À table ! Les tréteaux sont dressés, les plats fument, tout le monde s'assied. "Mangez avec nous !", nous lance Sam, des films du Carré. On tente d'abord d'alpaguer le réalisateur et profiter de cette interruption pour lui poser quelques questions. Il arrive, décontracté, comme toute l'équipe d'ailleurs. On trouve un petit endroit cosy à l'étage, et c'est parti.
Kangourou
plonge le spectateur dans un nœud relationnel fort entre Clotilde (Mathilde Rault) et Thomas (Jean-Jacques Rausin), un jeune couple récemment installé dans une maison en rénovation qui s'apprête à avoir son premier enfant. Alors que Thomas fignole la chambre du bébé, Clotilde, enceinte jusqu'au cou, ressent ses premières contractions et le somme de la conduire à l'hôpital. Thomas ne veut rien entendre, elle lui avait déjà fait le coup la semaine précédente : il doit impérativement terminer la chambre. Tout doit être parfait. Tout doit être parfait. Leitmotiv qu'il se répète alors qu'elle lui révèle l'urgence de la situation. Confrontation entre deux êtres fragiles. Thomas, inquiet et angoissé, va devoir prendre une décision...
Est-ce que je vais être à la hauteur ? Est-ce que je suis prêt ? On ne peut plus faire marche arrière, la machine est en route. Mais. Et si. Mais. Ces mêmes doutes qui ont envahi le réalisateur avant d'être papa. « C'est là que réside l'écart entre l'idéalisation qu'on se fait et la réalité », c'est cet entre-deux, ces sentiments impalpables à la fois d'amour et de doute que François Verjans a voulu raconter dans Kangourou. « On se retrouve toujours dans des situations où on est bousculé en permanence et on doit faire de nouveaux choix. Si on reste coincé dans son idéal, on risque de se casse la gueule ».Sur le tournage de Kangourou de François Verjans
Ces propos sont finalement valables dans tout contexte de prise de risques. Le réalisateur fait d'ailleurs un rapprochement avec la réalisation à laquelle il touche pour la première fois. Même si cette évolution, ce passage du scénario à la réalisation, n'est pas, selon lui, un changement de carrière, même s'il ne compte pas arrêter la scénarisation, François Verjans a dû endosser de nouvelles responsabilités. « C'est le plus important pour quelqu'un qui vient du scénario, de ne pas avoir peur de faire des choix sur le plateau, de ne pas rester accroché à ses mots. C'est le plus dangereux. Je suis accroché au sens du film que j'ai envie de faire, mais je ne suis pas accroché à mes mots. Quand un acteur me dit : « Je vais te faire ce que tu me demandes sans dire la phrase », si ça marche je suis content. On cherche ensemble. »

François nous abandonne pour aller manger un petit bout en vitesse avant la première scène de l'après-midi. La porte s'entrouvre... Mais, c'est Jean Dujardin qui nous rejoint ! Enfin... presque... Il y a un air quand même. Le futur papa a fait son apparition, Jean-Jacques Rausin prend place.

François Verjans sur le tournage de KangourouFrançois Verjans avait rencontré Jean-Jacques Rausin quelques années plus tôt sur le tournage de La Balançoire de Christophe Hermans où l'acteur interprétait déjà le rôle d'un père. François lui parlait depuis longtemps de ce court métrage et l'acteur n'a guère hésité à se lancer dans ce projet, « cet espèce de huis clos avec unité de lieu, unité de temps », car, pour lui, c'est cela qui est intéressant ici, « de se retrouver à un moment, juste avant l'événement. »

Même si l'acteur n'est pas encore papa, le personnage de Thomas, ainsi que celui du père dans La Balançoire, lui amènent des émotions qu'il n'a jamais ressenties. D'un côté, François qui fait part de son expérience, d'un autre, les jeunes copains papas, l'acteur s'inspire, puise pour exprimer ce sentiment « à la fois merveilleux et flippant. »

Légères inquiétudes au départ qui se sont vite dissipées. « J'ai très vite eu confiance en François même s'il n'avait jamais réalisé. Je connais ses scénarios, je sais qu'il écrit très bien, c'est toujours très juste et subtil. On est dans une belle dynamique avec une très belle matière. »

Et sur le plateau, François fait la part belle à l'improvisation et reste à l'écoute. Beaucoup de plans-séquences où les comédiens laissent le jeu venir avant de s'être mis d'accord au préalable avec le réalisateur. « Il n'est pas buté, dans sa bulle, dans son script, dans son scénario, il nous laisse apporter des choses. Il va même modifier, tout en gardant le cheminement et la structure de base, mais il entend ce qu'on lui propose. »

C'est au tour de Mathilde de nous raconter son expérience de future jeune maman. Le bidon rond, elle s'installe, avec précaution, une main protectrice sur le ventre.

Kangourou, le film de François VerjansL'actrice a intégré l'équipe assez tardivement, par l'intermédiaire du producteur Nicolas George avec qui elle avait déjà travaillé précédemment, elle a notamment joué le personnage d'une jeune fille qui tombait enceinte. « Du coup, je pense travailler toute ma vie avec lui et faire toute l'évolution de ce personnage ». Mathilde se marre.

Attirée par l'aspect comique et l'aspect assez réaliste de ces jeunes parents angoissés, par la dérision qui en découle, l'actrice n'a pas hésité. Pas vraiment d'appréhension pour cette jeune femme comme si elle savait, comme si c'était tout naturel d'attendre un bébé. Sauf que c'est sa première fois.

Et c'est ce ventre, ce simulacre, qui lui donne cette assurance. « Dès qu'on me met le ventre, il y a quelque chose d'assez naturel puisqu'on a une sensation physique. » Après avoir discuté avec d'autres femmes sur le tournage, Mathilde acquiert les gestes justes. Elle attend ce bébé pour de vrai, même pendant les pauses.

Pour elle, aborder le sujet du stress prénatal est important « parce qu'il y a une phrase qui revient souvient quand on est enceinte : « De toute façon c'est naturel, ça va venir naturellement, l'instinct maternel, etc. » Or, je pense qu'il n'y a pas grand-chose à l'heure actuelle qui soit naturel, surtout dans nos sociétés. Du coup, je trouve ça chouette d'en parler, ça désacralise un peu la chose et c'est pas mal.

On remballe et on assiste au tournage de la première scène de l'après-midi. Répétitions, conseils, retouche chignon. Tout le monde à son poste. On peut s'esquiver en bas où Sam nous avait gardé deux assiettes fumantes de côté...

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