Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
08/04/2009
 

Sur le tournage de Lady Boy de Joël Warnant

Lady Boy

« En Belgique, un des problèmes du cinéma est, selon moi, qu’il n’y a plus de comédies populaires. En tout cas depuis Dikkenek en 2006 au moins, et encore, elle a été refusée partout avant qu’un Français, Luc Besson, ne la produise ! »
C’est avec ce constat en tête que le réalisateur, Joël Warnant, a voulu tourner Lady Boy, qu’il présentera au marché du film de Cannes en mai, avec la ferme intention d’y trouver un distributeur. Une entreprise tout à fait réalisable compte tenu du casting de cette fiction 100% belge : on citera entre autres Jean-Luc Couchard, Renaud Rutten, Antoine Vandenberghe, Eric Godon, ou Noël Godin. Et en « guest », Jackie Berroyer, de retour chez nous après son Calvaire de Fabrice Du Welz.

Un court qui en a dit long

L’aventure de Lady Boy a commencé dès son financement. D’abord soutenu par Bruxelles Midi Films, la société de Jean-Marc Vervoort (réalisateur de Sur le Mont Josaphat et de Melting Pot Café), ce film a été financé par Forbidden Films et Silk Road (de Joël Warnant) avec une aide de la Communauté Française de 40 000 euros. Un apport qui peut paraître minuscule pour un long métrage, mais logique quand on sait que Lady Boy devait initialement être un … court métrage !
« Mais, précise le réalisateur, vu que j’en avais quand même écrit une version longue, on a finalement décidé d’en tourner un long, ce qui était j’en conviens, un pari aussi fou qu’improbable. J’ai eu la chance d’avoir des acteurs qui ont accepté de tourner en participation, directement après voir lu le scénario. Et donc d’être payé uniquement sur les ventes en distribution. Idem pour les techniciens, dont la bonne volonté a permis à ce film d’être construit sans encombre du début à la fin ! »

Sujet léger et inédit
L’histoire, évoquons-là : Henry de Sart, trentenaire issu d’une famille d’aristocrates, vit avec sa tante, la baronne Hilda de Sart (Rosalia Cuevas, dénichée par Patrick Hella), une femme catholique et paraplégique, dans un modeste manoir au cœur d’un petit village. Hilda rêve, depuis toujours, de voir son neveu devenir prêtre, mais Henry, cinéaste amateur, préfère s’adonner au culte seulement par son art, en tournant des films religieux.
Au cours d’une ballade à vélo, Henry fait la rencontre de Philippe (Renaud Rutten) et de sa splendide femme Nuy. Celle-ci est accompagnée de sa sœur Rose, tout aussi belle. Naît alors une idylle interdite entre Rose et Henry, qui va vite mettre sa vocation religieuse de côté. Mais il ignore encore que Nuy et Rose ne sont pas tout à fait des femmes comme les autres, puisqu’on les appelle des « Lady boys ».
«
 Il s’agit de travesties asiatiques. Je préfère le dire, car beaucoup ignorent encore ce terme ». Bref, un sujet inhabituel et moderne, traité de manière légère. « J’avais envie de montrer la confrontation entre deux milieux qui n’étaient absolument pas faits pour se croiser. J’ai choisi des catholiques intégristes et des transsexuels thaïlandais, authentiques d’ailleurs (NDLR: qui répondent aux doux noms de Thavon Prattep et Arongkon Khoonthoon). Et l’intégrisme dont on parle dans le film peut renvoyer à d’autres formes d’intégrismes, plus insidieux encore ».

Premier rôle à Jean-Luc Couchard

tournage lady boyHéros du film, Jean-Luc Couchard se targue déjà de deux belles expériences dans le registre comique, comme Taxi 4 et …Dikkenek. Pas étonnant donc, que le réalisateur ait refait appel à lui, après leurs trois courts métrages, Paul, un portrait (1996), Abattages (1998) et Le fruit défendu (2000).

« Ça a été intéressant de s’y tester », explique Jean-Luc Couchard. « Je n’ai évidemment pas hésité une seconde à camper Henri, un personnage carrément fanatique. Moi qui travaille de plus en plus en France, j’ai rarement l’occasion de tomber sur un scénario aussi original, cynique et drôle à la fois ». Le plus ardu pour lui a été de dialoguer avec ces « Lady Boys ». Tous les trois parlant un anglais disons, très limité. Heureusement, en dehors de leurs scènes communes, le film a intégralement été joué en français.

Jackye Berroyer de retour chez nous
Tourné en grande partie en région luxembourgeoise (Manhay et Durbuy notamment), le film a donc permis d’accueillir chez nous Jackie Berroyer, qui a gardé un excellent souvenir de la Belgique, grâce à Calvaire – où figurait également Jean-Luc Couchard ! - de Fabrice du Welz. « Je sais qu’il y a toujours des discussions autour des ambiances de tournage et de l’esprit qui règne en Belgique », ajoute Berroyer. « Mais je crois sincèrement qu’il y a quelque chose de différen. Cette espèce de modestie, de spontanéité et de naturel, on ne la trouve nulle part ailleurs. Et moi, ça me convient ! »

Berroyer, récemment vu en proviseur dans la remarquable Journée de la jupe (coproduite par la RTBF) avec Isabelle Adjani, sera, comme ce passe-partout d’Eric Godon (Bons Baisers de Bruges), un émissaire dont la tâche est de remettre Henry sur le droit chemin spirituel. « Au début de ma carrière au cinéma, Michel Serrault m’avait dit : "Je n’ai qu’un conseil à te donner : accepte tous les rôles en faisant de ton mieux et en te disant que c’est ton métier. Parce que si tu étais plombier, tu ne dirais jamais qu’il y a des lavabos que tu ne répares pas, sous prétexte qu’ils nuiraient à ta carrière."

tournage lady boyDonc voilà, je trouve amusant de me retrouver ici. Un grand rôle dans un film marginal, je refuserais, mais un petit rôle dans un film marginal, pourquoi pas...»
La suite ? Fignolé (Warnant filmait en avril ses dernières prises de vue) et monté ce mois-ci, Lady Boy espère, modestement du moins, apporter un nouveau souffle à notre cinéma. Le réalisateur parle d’ailleurs de son OVNI comme un vrai miracle dans le paysage actuel. Et prévient même : « Le cinéma coûte énormément d’argent. On ne pourra pas éternellement se contenter chez nous de faire des films à cinquante ou cent entrées dans les petits cinémas. Certains professionnels n’ont pas conscience que tout pourrait vite s’écrouler, car on n’aura simplement plus d’argent pour faire du cinéma chez nous. Pourquoi ne fait-on pas plus de films destinés aux gens, drôles ou contestataires, destinés à leur faire plaisir ? Ce n’est que grâce à l’abnégation de certains que ce film a pu être tourné. On veut y croire, car on a juste envie d’offrir une comédie populaire, que n’importe qui aurait envie de voir ! »

À suivre !
Un discours alarmiste, excessif pour les uns (qui considéreront à l’avance ce projet comme marginal), et peut-être réaliste pour d’autres, en ces temps économiquement moroses. Mais l’acharnement du réalisateur, la volonté de sa jeune équipe et la participation de comédiens de renom valaient bien la peine de susciter notre attention. Au nom du septième art belge et de sa diversité, souhaitons-leur bon vent !

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