Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Tournage de "Rosenn" de Yvan Le Moine

Yvan Le Moine nous a reçus sur le plateau, un des derniers jours du tournage de son dernier film : Rosenn, tourné dans le Hainaut, au Collège Notre-Dame de Bonne Espérance, à Vellereille-les-Brayeux. Abrités dans l'abbaye du XIIe siècle restée en l'état, les classes, les réfectoires et salles communes se répartissent autour du cloître. Emprunter tous les jours les mêmes marches, ou frôler les mêmes dalles que les chanoines prémontrés, n'avait pas l'air d'impressionner les centaines d'ados qui fréquentaient les couloirs de leur collège. Dans la salle du réfectoire, aux fresques bibliques, des lits en fer blanc, couverts de draps jaunes et sales accueillaient des blessés de guerre, aux bandages ensanglantés et aux longues chemises d'un autre temps. Dans une atmosphère enfumée par les lampes à huile, Hande Kodja, - Rosenn, l'héroïne du film - soigne les soldats. Entre deux scènes, Yvan Le Moine répond à nos questions.

Cinergie : Pourriez-vous nous raconter le film ? On nous a parlé d'une belle histoire d'amour.
Yvan Le moine : C'est une horrible histoire d'amour ! J'ai fait croire que c'était une belle histoire mais en fait, c'est le côté obscur des personnages que j'ai voulu mettre en exergue. C'est l’histoire d'un écrivain anglais, riche, célèbre, et excessivement schizophrène. Dès le début du film, on sait que ce ne sera pas un personnage classique. Lorsqu’il part en vacances sur l'île de la Réunion, il va séduire la fille de son hôte mais lui aussi tombe sincèrement amoureux d'elle. Il lui fait un enfant, et cherche à la cacher dans les îles car cet homme est un menteur : il est déjà marié, il a déjà une femme. Après son aveu à sa maîtresse, il lui promet de divorcer. Il la fait venir en Belgique dans sa petite maison et la cache véritablement. Au fur et à mesure des neuf mois de grossesse, il va véritablement vivre ce qu'on appelle la décrépitude du couple. En neuf mois, il va vivre ce qu'un couple vit généralement après 10, 20 ou 30 ans de vie commune. Elle devient excessivement mère et lui, ne veut pas la voir ainsi. Ses démons d'homme de 50 ans le reprennent. Il a envie de sortir à nouveau, de vivre sa vie d'aventures. Mais je crois que ce qui l'asphyxie réellement, c'est l'extraordinaire grandeur et qualité d'âme de Rosenn.

C. : Trop forte pour lui ?
Y. L.M. : Oui, c'est à dire qu'elle est trop parfaite. Bon, on lui a donné quelques défauts et le principal, c'est la gourmandise. Elle peut aussi être malicieuse, souriante, ce n’est pas une bonne sœur. C'est une histoire romantique, mais trouble finalement, et c’est ce côté qui nous intéresse. Les bonnes nouvelles ou le bonheur ne nous intéressent pas trop. Un film qui serait uniquement romantique deviendrait très vite romantico-chiant !

scène de l'hôpital du film RosennC. : À quel moment de l'histoire nous trouvons-nous dans cette scène que vous venez de filmer ?
Y. L.M. : Vous avez vu pratiquement la première image, 7 ans après qu'elle l'ait quitté. Elle va se retrouver dans un hôpital pendant la Seconde Guerre mondiale à soigner les blessés. Là, vous avez assisté à la rencontre avec un médecin qui a l'air drôle, beau, flamboyant, généreux, qui ne boit pas, qui n'est pas jaloux. Elle est attirée par lui, mais craint qu'il ne soit un peu comme l’autre, celui qui l'a fait souffrir. C'est l’ambiguïté du film que je veux laisser. Bien entendu, quelles qu’elles soient, les belles histoires d'amour ne sont jamais simples. La plus belle histoire d'amour est, par la force des choses, toujours dramatique.

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