Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/1998
Mots-clés : tournage,
 

Tout le monde peut se tromper de Fabian Charles

Le cave se rebiffe
Les hommes tuent parce que d'autres hommes les font se sentir des femmelettes. James Ellroy. Ma part d'ombre.
"Vous n'allez tout de même pas me tuer parce que je ressemble à quelqu'un d'autre !" s'insurge Jacques, un mec râblé, la trentaine dépassée, vêtu d'un blouson de Nylon bariolé qui avance dans les bois, une pelle à la main gauche suivi de Gégène une grande brute qui le domine d'une tête et le menace d'un revolver. Celui-ci rétorque : "Je vais me gêner !" Il observe les alentours, repère une petite clairière : "Ici c'est bien, creuse !" Résigné Jacques s'arrête, fixe Gégéne d'un air absent. Nous sommes à Auderghem sur le tournage de Tout le monde peut se tromper. Olivier Merckx l'opérateur steadicam suit le trajet des deux hommes tout en surveillant le déroulement de l'action sur le moniteur de contrôle tandis que Fabian Charles, le réalisateur, et Aldo Piscina, le directeur photo, la vivent de visu. La caméra cadre Jacques de face, en plan serré, puis, après avoir pivoté en arc de cercle, prend le duo de dos qui s'éloigne, s'arrête tandis que Jacques se retourne faisant à nouveau face à la caméra qui s'avance vers son visage pour le cadrer en plan très serré.
Jacques pense qu'il n'a plus rien à perdre. La caméra s'éloigne pour enregistrer l'ensemble de la scène. Jacques jette la pelle vigoureusement et fixant son bourreau droit dans les yeux lui lance : "En fait t'es un trouillard hein ?.T'as besoin d'un flingue parce que t'as peur de moi !" Gégéne éclate de rire. Le cave se rebiffe. C'est to much ! Ça lui paraît tellement foldingue qu'il jette son revolver pour affronter Jacques à mains nues et lui filer la trempe qu'il mérite. Celui-ci se fait tabasser, s'effondre. Gégéne se marre mais Jacques dominant sa douleur saisit la pelle qui est à la portée de sa main et frappe Gégéne à plusieurs reprises. Suit une mêlée confuse où les deux protagonistes luttent pour la possession de l'arme de Gégéne. Celui-ci, incrédule, s'effondre la bouche ouverte, deux bastos dans le chou-fleur. Ah, la vache !

Mad Max
"Je suis médecin mais je m'intéresse au cinéma depuis longtemps", nous explique Fabian Charles, le réalisateur. "J'ai réalisé des petites fictions en vidéo. Adolescent, j'écrivais de petits scénarios, ensuite j'ai fait des études de Médecine et après celles-ci l'envie de faire du cinéma est revenue en force. J'ai fait des films médicaux tout en ayant toujours dans la tête de faire une fiction parce que c'est ce que je préfère. Mon ambition est de réaliser un long métrage. Je ne suis pas le premier médecin à passer à la réalisation. Il y a Georges Miller qui à fait Mad Max.
Tout le monde peut se tromper est une comédie policière, c'est ce que j'aime au cinéma. Je voulais faire un film très dynamique avec beaucoup de plans, un maximum de plans serrés, monté cut, comme le scénario a été écrit. Il se passe toujours quelque chose et chaque réplique doit faire avancer l'action. C'est le principe. J'accepte que les comédiens modifient leurs répliques tant que ça reste dans la ligne de conduite des personnages. Tant que ça reste dans la ligne du dialogue, dans le style du personnage, on peut ajouter ou enlever un mot. Il n'y a pas de problème. Même chose pour l'image, je crois qu'il ne faut pas hésiter à se servir des éléments du décor - surtout en décor naturel - pour essayer d'améliorer un plan plutôt que de reproduire mécaniquement ce qu'on a imaginé. C'est pourquoi, je préfère tourner avec une petite équipe efficace, motivée et, soudée où l'on tourne un peu plus lentement mais de manière plus libre, où l'on a moins d'impératifs au niveau du plan de travail.

Théâtre et cinéma
"Mon dernier tournage cinéma a été Max et bobo le long métrage de Frédéric Fonteyne, nous confie Serge Larivière, l'interprète de Jacques Lefèvre. La semaine prochaine je vais tourner Léopold, un téléfilm de Joël Seria avec Michel Galabru, produit par K2, qui se tourne en partie à Bruxelles. Je préfère le théâtre au cinéma et de loin. Le contact avec le public, c'est irremplaçable. Au cinéma le jeu est hyper découpé. Ce n'est pas évident à gérer. Il y a un apprentissage à faire, une technique à assimiler pour être libre par rapport à son jeu. On ne tourne pas assez en Belgique du moins pas assez avec des comédiens belges. On a rarement des rôles conséquents. Le plus souvent on sert de faire valoir aux acteurs français.
Evidemment tout dépend des personnages qu'on interprète, du réalisateur et de pas mal de choses. Mais on a pas immédiatement du plaisir à faire du cinéma comme on l'a au théâtre. Ce n'est pas la même qualité de jeu. Au théâtre je me sens beaucoup plus libre. Ici, sur le film, j'ai le rôle principal et on tourne en 35mm. Lorsqu'on fait un gros plan il faut faire attention à son expression car on est sur une toile de 20 mètres carré. Si on bat de l'oeil c'est une tempête. Ce sont des paramètres dont on est obligé de tenir compte."

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