Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
03/04/2008
 

Abécédaire des Parapluies de Cherbourg de Laurent Jullier

 Abécédaire des Parapluies de Cherbourg : éclats de film
Le plaisir des Abécédaires, pour ceux qui les lisent, c’est que l’on peut s’y balader en flânant au gré des lettres. C’est sans doute aussi le plaisir de ceux qui les écrivent - ici, Laurent Jullier, professeur à la Sorbonne Nouvelle et auteur de quelques ouvrages dont Qu’est-ce qu’un bon film ?, Hollywood et la difficulté d’aimer, Star Wars anatomie d'une saga – se laissant conduire par des impressions, des réminiscences, des illuminations pour que derrière cette apparente songerie, une pensée s’élabore.
Tissé dans une écriture riche et parfois précieuse, l’abécédaire en question vogue donc au fil de ces réminiscences et ouvre ici et là des brèches, tantôt en remettant le contexte historique du film en place, tantôt en se glissant dans de petites anecdotes (très rares ici) qu’affectionnent tant les cinéphiles, le plus souvent en se laissant porter par des associations d’idées ou d’images, comme une parole écoutée sur un divan de cinéma. Sautant d’une chanson populaire à un traité de philosophie, passant par quelques images revenues d’autres films, de métaphores en parallèles, d’analyses de plans en analyses de caractère, il tisse un tissu de réflexions, de rêves et d’images. La pensée élaborée ainsi paraît parfois un peu vaporeuse. Mais, en revoyant Les Parapluies de Cherbourg, ces petits éclats de pensées semés à la volée viennent bien se ficher dans l’écran pour l’éclairer, le redécouvrir ou le dévoiler. Et finalement (quoi de plus pédagogique ?), on fait avec l’auteur la même expérience de lecture filmique, en suivant les tours et les détours de ses réflexions.
Enfin, l’avantage d’un abécédaire, en ce qui concerne ce film dont l’aspect artificiel peut dérouter et déplaire, c’est qu’il en rejoue la légèreté pour mieux en développer la noirceur. Car Jacques Demy pratique l’élégance de la chanson, des couleurs et des ballets pour faire passer des pilules autrement plus sombres et âpres. Les Parapluies de la vie, ce sont les films de Jacques Demy eux-mêmes. On y épluche des pommes de terre en chanson et on y danse sur des histoires d’incestes et de fantasmes, d’amour perdu vainement attendu, de vies écrasées et ratées. Ce sont des contes de chat botté. Du chat, ils en ont l’élégance, la délicatesse et l’ironie. Des contes, la théâtralité, la noirceur et la monstruosité. Et ce petit opuscule en forme d’entrechat le dit bien, en flânant.
Abécédaire des Parapluies de Cherbourg de Laurent Jullier éditions Amandier/Archimbaud, collection, ciné-création, dirigée par Frédéric Sojcher
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