Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Apocalypse cinéma 2012 et autres fins du monde de Peter Szendy

La fin du monde

Croyez-moi, braves gens, l'affaire n'est pas aussi futile que tant d'entre-vous le pensent - (...) - « Dites-moi, mon ami, je vous prie, dit ma mère, n'avez-vous pas omis de remonter le pendule ? » 
La vie et les opinions de Tristram Shandy
de Laurence Sterne, éditions française traduite par Guy Jouvet chez Tristam.

Les caprices de Capricci
Comme la fin du monde aura lieu le 21 décembre 2012 selon le calendrier Maya, voyons ce qu'en fait le cinéma qui a toujours un peu d'avance à travers deux livres édités récemment sur ce sujet. Depuis la disparition des éditions des Cahiers du Cinéma et de sa Petite Bibliothèque des Cahiers, les éditions Capricci (co-dirigées par Emmanuel Bourdeau, ex-Cahiers) servent de relai pour les réflexions écrites sur le cinéma. (1)

Ils offrent aux spectateurs/lecteurs plusieurs collections, et même des DVD (c'est l'un des intérêts du Digital Versatil Disc de permettre au cinéma minoritaire d'être vu en dehors du mass marketing majoritaire et, qui plus est, avec des suppléments écrits). Parmi eux, Milestones de Robert Kramer. Dans la collection « Que fabriquent les cinéastes ? », citons Dans la chambre de Wanda de Pedro Costa et Honor de Cavalleria d'Alberto Serra. Bela Tarr, le temps d'après de Jacques Rancière fait partie d'une série intitulée « actualités critiques ». Enfin, la première collection offre plein de livres sur le cinéma. Nous allons vous parler de deux livres d'une actualité plutôt brûlante : Apocalypse cinéma, 2012 et autres fins du monde de Peter Szendy et Fictions géo-politiques, cinéma, capitalisme, postmodernité de Frédéric Jameson. Signalons la parution récente de Benoît Delépine et Gustave Kerven, de Groenland au Grand soir par Hervé Aubron et Emmanuel Bourdeau (on vous parle du DVD du Grand Soir, leur derrnier film liens).

Apocalypse cinéma, 2012 et autres fins du monde

cover livre apocalypse cinémaDe l'an 1000 à l'an 2000, la frayeur de l'apocalypse ne cesse de revenir à certains moments de l'histoire. Question de chiffres (4 cavaliers, 7 sceaux, etc.) et désormais avec des images via le cinéma. Szendy retrace un parcours qui ne se terminera certainement pas avec Melancholia de Lars Von Trier, mais son film en est une parfaite métaphore : la fin d'un film comme fin du monde. Beaucoup de Blockbusters se servent de l'écran pour jouer et divertir les spectateurs sur un anéantissement général de la planète terre. De 2001, l'Odyssée de l'espace (Kubrick) à A.I. de Steven Spielberg en passant par Blade Runner (Ridley Scott), notre philosophe, pour en parler, convoque Platon (le dispositif du mythe de la caverne), mais aussi, Heidegger, Nietzsche ou Giorgio Agambem. Et si Aristote avait raison lorsqu'il écrit que la mélancolie, causée par la bile noire, permet de penser le monde et être créatif dans les arts ? En tout cas, pour l'auteur de cet essai stimulant, l'apocalypse est un coup double pour le monde du cinéma, offrir des craquelures et du chaos, mais dans une cave magique. Ce ciné-monde existe et continuera d'exister. Ce n'est donc pas seulement, comme le disent certains, dans le recyclage de copies des copies, ni même dans ce que Lyotard a appelé « l'acinéma », c'est-à-dire l'absence d'images dans la parousie d'une explosion nucléaire.

Fictions géopolitiques, cinéma, capitalisme, postmodernité 

Autre paranoïa apocalyptique, la globalisation qui bouscule l'espace-temps à partir de segments de temps à l'intérieur de la temporalité. Certains philosophes parlent d'un temps opératif plutôt que chronologique.(2)
Fredric Jameson nous signale que sur le plan de la géopolitique, l'ère des catastrophes est comme une allégorie inconsciente de notre époque. À l'ouest, deux camps. 

D'un côté, à l'Est, des sociétés ex-soviétiques qui veulent une redistribution rationnelle avec le désir de rattraper l'Ouest développé. De l'autre, celui-ci, qui ne cesse de jouer avec la carotte et le bâton sur les emprunts bancaires occidentaux (FMI). Est-ce un fatum ? Selon les néolibéraux oui, bien sûr, puisque c'est la nature de l'homme que de piller les autres et la nature. L'Utopie n'étant plus à la mode, voyons par exemple comment Alexandre Sokourov nous parle de l'avenir des pays de l'Est. Le jour de l'éclipse (1988) s'inspire d'un roman de science-fiction d'Arcadi et Boris Strougatski.
Leur récit se base sur l'idée d'un désastre provoqué par l'accumulation de minuscules changements qui altèrent le temps. Le film se passe au Turkestan dans une population de mutants, dans une zone minoritaire. Il s'agit du développement du sous-développement. Les gens ramassent des vieilles machines à écrire que d'autres ont mis à la poubelle. L'allusion à l'ère Brejnev, aux pays du Tiers-monde et à l'occident dans la sphère géopolitique est évidente dans ce film aux qualités esthétiques et formelles qui nous rappelle que Sokourov est l'héritier de Tarkovski. Rappelons que celui-ci s'était servi d'un roman des frères Strougatski pour réaliser Stalker.

cover fictions geo-politique

« Les artistes, écrit Fredric Jameson, font l'expérience des dilemmes de la subalternité et de la dépendance nationale bien plus tôt que la plupart des autres groupes sociaux. » 

Trois autres films sont analysés avec pertinence.

(1)Mentionnons le travail de Frédéric Sojcher qui publie des livres qui suivent aussi un parcours pédagogique pour les jeunes pousses afin qu'ils puissent découvrir le monde du cinéma, (des éditions du Rocher à Archimbaud/Klincksieck).

Liens avec articles Manifeste du cinéaste ateliers des cinéastes
(2) Pour en savoir plus, lire Le temps qui reste de Giorgio Agambem (éd. Rivages-Poches), notamment le passage dans les épîtres de Paul de Tarse, sur Kairos et Chronos. Chronos le temps, et Kairos signifiant l'occasion, le fragment du temps. Ce peu de temps, certains diront qu'il ressemble aux instantanés de notre monde global. Pour faire sourire, l'occasion fait le larron, en somme, l'espace-temps du néo-capitalisme.

Apocalypse cinéma 2012 et autres fins du mondede Peter Szendy et Fictions géopolitiques, cinéma, capitalisme, postmodernité de Fredric Jameson aux éditions Capricci.

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