Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Avec ma vive et profonde tendresse de Marc Lobet

Ce court métrage d'animation s'inscrit dans une série de films intitulée « En toutes lettres », dont le thème est d'illustrer, par l'image et le son, des correspondances célèbres de l'histoire de l'art. Après La Leçon d'agronomie de Michel Bertiaux, qui s'inspirait des lettres de Kafka, voici un autre hommage, tout en poésie, à un autre écrivain de renommée : Marcel Proust.
En ayant choisi de transposer sur grand écran les lettres de Proust à Geneviève Strauss (l'une des relations mondaines de l'écrivain), Marc Lobet s'est ainsi lancé dans une aventure périlleuse, tant paraît difficile de retranscrire sur pellicule les missives alambiquées d'un génie de la littérature - les mots et les images, voilà bien deux domaines très différents. « L'idée, c'était de trouver des images correspondant à l'humeur du texte » : au ton pédant de Proust répondent dès lors les images de jeunes dames de vieilles cartes postales, puis des images de fleurs (c'est que la voix off, censée imiter Proust, parle beaucoup de botanique : « Dites-le avec des fleurs », comme on dit...). De silhouettes jaunies aux fleurs qui se fanent, le lien est facile, bien que ténu. Et pourtant... Il s'agirait là du fin mot de cette histoire épistolaire : tant que Proust parle d'amour, on voit des fleurs, belles et colorées... Mais dès que la Strauss l'envoie sur les roses, c'en est fini de toute cette mascarade : Proust rentre la queue (on voit beaucoup de pistils en cinq minutes), et les bégonias de pourrir comme de vulgaires pissenlits.
Le grand mérite de Marc Lobet est d'avoir réussi la gageure de faire se correspondre, brillamment, images et voix off (la musique, trip hop, crée quant à elle une sorte de contrepoint). On le savait talentueux animateur (tout a été tourné image par image, à l'aide d'un banc-titre), on le connaissait moins grand admirateur de Proust... « Le désir fleurit, la possession flétrit toute chose », disait justement l'écrivain : une belle phrase tirée du Robert (sic) qui résume à elle seule tous les propos de ce joli court métrage. A l'heure actuelle, Marc Lobet travaille sur la correspondance Vincent-Théo Van Gogh (un titre, déjà : Les ciels de Vincent) : au programme, oreilles coupées, tournesols, cyprès et pommes de terre ? L'avenir nous le dira.

 

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