Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Janvier 2012
 

Big Memory de Richard Olivier

couverture de Big memory de Richad OlivierBig Memory présente les divers parcours de cinéastes belges. Le livre plonge dans le vécu de chacun, dans le monde artisanal, parfois commercial, dans lequel ils vivent leur cheminement passionné et passionnant. Ils nous parlent donc de la passion qui les anime pour survivre dans un monde qui nous cesse de nous animer.

Big Memory va permettre à un large public de découvrir 170 réalisateurs en Belgique, enflammés par leur métier aussi dur qu'il soit, mais aussi de découvrir le trajet singulier de Richard Olivier qui les a filmés et les a fait participer au projet que vous pouvez découvrir dans ce livre et, bientôt, dans un coffret de DVD. Parmi les nombreux films de Richard Olivier, arrêtons-nous sur Marvin Gaye transit Ostende et Remember Marvin Gaye. L'homme, on le sait, est une star de la Soul music, mais le cinéaste suit la trace du fantôme qu'il est devenu, et qui erre à Ostende. Comment réagit l'être humain pour affronter un mal de vivre avant une deuxième vie qui se va se terminer tragiquement ? Confronté à un homme essayant de surmonter la dépression et l'alcool, on est loin du spectacle de la vie.

S'exprimer en nous montrant les moments de vie d'un monde qui ne cesse de s'agiter, dans la lumière et l'obscurité de l'époque parmi 170 cinéastes belges est ce qui nous frappe et nous intéresse dans les films de Richard Olivier (Marchienne de vie ou Esther forever). Comme un Petit Poucet, Richard Olivier suit donc son bonhomme de chemin, accompagné partout de Caillou, sa chienne de la vie.

En prologue du livre, on peut lire ce poème qui ressemble à trois haïkus :

Un pays sans cinéma

Est un pays sans miroir

Un pays sans cinéma

Est un pays sans mémoire

Un pays sans cinéma

Est un pays sans pays

Nous vous présentons un extrait de la préface de Jean-Michel Frodon, ex-directeur des Cahiers du Cinéma.

Symphonie inachevable

Moi qui écris les lignes de cette préface, je n’ai aucune autorité particulière pour parler du cinéma belge. C’est à ce titre, si j’ose dire, que l’entreprise Big Memory, m’apparaît comme passionnante, au-delà de la masse d’informations qu’elle collationne, et de l’impressionnant geste d’affection à l’égard de son propre métier et de ceux qui le font qu’effectue Richard Olivier. N’être pas un connaisseur particulièrement averti de l’histoire du cinéma belge (même si la lecture des trois volumes de référence que lui a consacré Frédéric Sojcher (1) offre d’indispensables repères) permet d’être en effet d’autant plus sensible à la valeur d’ensemble du projet, à ce qu’il porte à son tour, au-delà de l’addition de ses composants.

Richard Olivier se devait impérativement, dans ce contexte, de ne pas choisir entre les réalisateurs, de viser moins une exhaustivité qu’un infini. Quiconque a filmé, filme ou filmera en Belgique est éligible pour Big Memory, et si ce n’est plus, un jour, Richard Olivier qui le filme, quelqu’un prendra la relève. Se départir ici du point de vue critique, qui garde pourtant toute sa légitimité, c’est parier sur les ressources d’une composition conçue pour tout accueillir, et qui prend son sens de cet accueil illimité. Si la manière apparemment univoque de filmer (ou, dans le livre, de présenter chaque réalisateur), si, ce qu’on appelle le dispositif, obéit à un nécessaire égalitarisme formel, c’est pour mieux faire place à ce qui singularise chacun. Pour mieux laisser entendre la petite musique personnelle d’hommes et de femmes aux parcours singuliers et souvent étonnants, et ainsi donner à ce motif individuel toutes ses chances de se fondre dans la composition d’ensemble, en restant parfaitement audible pour elle-même tout en pouvant devenir partie prenante d’une immense symphonie. Symphonie inachevable.

1) La Kermesse héroïque du cinéma belge, L’Harmattan. 

commentaires propulsé par Disqus