Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2015
10/02/2015
 

Bref 114, le magazine du court-métrage

Nous sommes en 2015 après Jésus-Christ. Toute la presse cinéma est engloutie par Internet... Toute ? Non ! Un petit magazine du court-métrage fait figure d’irréductible, résistant encore et toujours à l’envahisseur (et ce depuis plus de vingt-cinq ans). En effet, le magazine du court-métrage Bref, s’il est disponible sur Internet, s’emploie toutefois à garder une version papier, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Le numéro 114 est désormais disponible et nous l’avons zieuté pour vous.
Couverture Bref 114Le dossier principal La dynamique territoriale est une enquête autour des aides territoriales, véritable roues de secours pour la production et la diffusion du court-métrage, apportant diverses aides variées. Dernièrement, la situation semble prendre une autre direction. En effet, le nouveau découpage de régions, cumulé à la baisse des dotations dont elles jouissent, risquent bien de mettre en péril la sérénité du système. Soucieux des craintes des divers acteurs de l’audiovisuel à l’égard de cet avenir incertain, l’équipe de Bref propose une série de témoignages ainsi qu’une réflexion autour de la question. Le but de cette enquête n’étant pas principalement de creuser les mécanismes politiques qui concernent ce revirement, mais de rendre compte de la richesse culturelle qu’autorise le système d’aide régionale. Si les budgets en cause sont dérisoires à l’échelle planétaire, cette aide régionale apparaît malgré tout comme une alternative intéressante au système mondial. Miguel Torga disait « L’universel c’est le local moins les murs ».

Le premier article est un entretien avec Jean-Raymond Garcia (directeur du département Cinéma et audiovisuel d’Ecla-Aquitaine) et Olivier Meneux (directeur de l’atelier de production Ciclic - L'Agence régionale du Centre pour le livre, l'image et la culture numérique), qui nous livrent leurs inquiétudes face à cette transformation dans le paysage audiovisuel, mais aussi des pistes de solutions, qui pourraient s’avérer décisives pour les années à venir. Tous deux ont contribué au soutien de nombreux films et sont donc en première ligne. Ils évoquent ainsi leurs débuts, les projets qu’ils ont menés à bien ainsi que l’expansion progressive du système de soutien régional depuis son avènement, courant des années 80.

Un deuxième article évoque une filiation surprenante entre deux cinéastes que rien ne semble réunir au premier abord. Le premier, Yassine Qnia, est un jeune réalisateur des banlieues parisiennes (Fais croquerBref n°106) ayant bénéficié d’une aide au court-métrage (Seine-Saint-Denis) ; le second, Pierre Creton, est normand, et ses films traitent principalement des conditions paysannes, à travers des textes à portée philosophique. À travers cet article, les deux hommes reviennent sur leur rencontre et la richesse qu’ils en tirent.
Le dossier est ponctué par des articles portant sur la création et la diffusion du court en Ile-de-France (région qui investit le plus dans le septième art), le festival du cinéma documentaire de Jihlava ou encore la 4e édition du Festival du jour le plus Court, durant lequel s’est tenue une journée professionnelle autour des enjeux de la nouvelle réforme territoriale.

La petite collection DVD (38e) déplie bagages en Bretagne, très impliquée en termes d’aide au court-métrage. Bref propose une sélection de sept courts-métrages ayant tous bénéficiés d’une aide significative, allant de 25 000 à 32 000 euros.

Parmi les différentes œuvres :

Tempête sur Anorak – Paul E. Cabon

Passé les dessins, au premier abord simplistes, on prend énormément de plaisir à suivre cette fable animée où deux jeunes inventeurs tentent de défendre leur création des mains d’un méchant. Déjanté, décalé, ce film est une petite brise fraîche et fantasque dont le succès n’est pas anodin (primé au Festival Sundance 2015 tout de même).

Du grain à moudre – Sonia Larue

S’il prête souvent à sourire, Du grain à moudre reste un portrait réaliste et acerbe d’une famille - bretonne par excellence - en proie à des mécanismes dramatiques. Le tout servi par des comédiens remarquables et touchants.

15 kilomètres 300 – Stéphane Mercurio

15 kilomètres 300, c’est la distance qui sépare deux jeunes filles d’une fin tragique, préméditée, du haut des falaises du Finistère. Durant ce périple, le film se nourrit de témoignages de leurs proches, filmés avec un sens du réel frappant – ce qui n’est pas surprenant quand on connaît le penchant du réalisateur pour le documentaire, dont il tire sa principale expérience.

Le Père Noël et le Cowboy – Delphine Deloget

Le film suit les premiers pas d’un apprenti Père Noël (Kevin Azaïs – Les Combattants) au cœur tendre, parmi les allées d’une grande surface. La réalisatrice, caméra à l’épaule, capte les différentes séquences avec une approche du réel saisissante. Notamment les scènes de distribution de bonbons qui semblent être saisies sur le vif.

Les rencontres de ce numéro font la part belle à Frédéric Dubreuil, producteur lauréat du Prix Procirep, décerné au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand et Thomas Salvador, qui dix ans après son premier court-métrage, signe enfin son premier long.

Pour achever cette 114e parution, l’équipe Bref propose un article (illustré et très intéressant) de Michel Chion, articulé autour de la question du montage alterné depuis ses origines, principalement à travers la figure œdipienne.

Si la presse écrite se meurt chaque jour un peu plus, espérons toutefois que Bref tienne sur la longueur ; à contre courant, pointu mais décalé, souhaitons qu’ils se laissent encore longtemps « feuilleter ». 

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