Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Bref 104-105

Bref, la revue du court métrage, a dépassé les 100 numéos. Dans le numéo 104-105, elle conserve cette ligne éditoriale qui privilégie l'analyse sur les films courts (1) et la pratique du cinéma que les cinéastes, d'une génération à l'autre, utilisent ou inventent (des jeunes tigres aux vieux éléphants). Bref nous envoie dans les champs du septième art qu'elle parcourt et dont elle chante le rayonnement dans des partitions de 96 pages. Parmi celles-ci, on y trouve des brèves, mais surtout le magazine propose des chroniques écrites plus pérennes comme Rétrovision, Experimental ou Effets. D'autres articles passionnants sont rédigé comme de petits dossiers. Ce trimestre propose aux lecteurs : l'animation en fête (du Festival d'Annecy, au Canada en passant par la Croatie) et l'expérimental autour de Light Cone, coopéative europénne ayant 3.600 films dans son catalogue. Une séquence écrite par Luc Moullet nous signale l'existence d'un film de Christian Boltanski (photographe, sculpteur et peintre) intitulé Essai de reconstitution des 46 jours qui précèdent  la mort de Françise Guiniou (1972). Le film montre l'enfermement dans un appartement de Françoise G. vivant le désenchantement de l'après mai 68.

bref amgazineAutre séquence sur le septième art comme outil de travail pour les cinéphiles et la nouvelle génération de cinéastes : des entretiens. Dans son numéo spécial, le centième de Bref avait déjà joué le dialogue générationnel : auteur connu et débutant avec une thématique qui s'articule autour de « qu'est-ce qui nous intéresse dans le parcours du cinéma ? Parlons-en dans une sorte de dialogue socratique ». Cette fois, ce sont des lettres que deux cinéastes s'envoient d'un territoire à l'autre : l'Espagne et les Etats-Unis via la Lituanie. Cette correspondance entre José Luis Guerin, filmeur de la nouvelle garde du cinéma espagnol (En la ciudad de Sylvia) et Jonas Mekas (90 ans), joyeux filmeur underground, auteur de plus de 80 films, sera bientôt montré au Centre Pompidou (écrits et images des films de chacun des deux).
Autres séquences, celles de Michel Chion avec cette façon "à suivre" des serials - en souvenir des films muets de Louis Feuillade - mais aussi d'un homme de son et de plume qui publie ensuite des livres sur ses chroniques au-delà des fragments sans suite de l'espace "du village global". Dans ce double numéo, la suite du feuilleton théorique de Michel Chion est consacré à l'esprit d'escalier à partir de films connus comme Le Goût du sake (Ozu), Monika (Bergman) en passant par Je vous salue Marie (Godard).
Comment, aujourd'hui, découvrir ces films courts ? La diffusion de ces petits joyaux (2) a bougé. Dans les salles obscures, la publicité a remplacé une première partie du programme destiné initialement au court métrage. On peut donc les voir désormais dans les festivals et dans les diffusions télévisuelles (la nuit plus souvent que le soir) : ce qui est d'autant plus surprenant puisque les courts ont souvent plus d'audience que les longs.
Dans le chapitre Internet, l'heure est au "mashup" musical dont certaines œuvres (il s'agit de produits ou peut-êre de "créer" des produits) n'ont aucune image originale, en somme, à notre avis, la mémoire clippée.
Plutôt que le recyclage en copié collé, découvrons sur notre écran l'originalité des courts métrages de La petite collection (sélection de 7 courts métrages en DVD) : Armand, 15 ans d'été(50') de Blaise Harrison et Mao (11') de Jean-Christophe Villard. On y trouve aussi Serge Avédikian, un habitué de la revue (n°71 et 93), Palme d'Or au Festival de Cannes 2010 du court métrage avec Chienne d'histoire (15'), un film d'animation. Du même auteur, Bref a ajouté Un beau matin (12') et en Bonus une rencontre avec le réal dans le magazine d'Arte France, Court-circuit.
Enfin, pour la technique, Bref nous présente la nouvelle caméra Sony F65 pour une distribution et une projection dans les salles disposant du DCP4K. Essais sur des courts métrages avec utilisation d'optiques Leica Summilux (filtrés lorsqu'il y a de la brume). La carte-mémoire étant SR-memory 512 Co, possibilité d'utiliser cette nouvelle caméra, nous explique Guy-Louis Meier, pas seulement pour les longs métrages mais aussi pour les courts dans les salles équipés en 4k plutôt qu'en 2k. Ce style de court ne sera donc pas destiné aux seules salles IMAX.

Tout en ayant des pages d'événements, d'actualité("la vie en bref"), la revue au long court joue donc à la fois sur le présent le passé et l'avenir.
La crise de la presse papier oblige Bref magazine à devenir trimestriel plutôt que bimestriel, on lui souhaite bonne chance et longue vie.


(1) En France, depuis 1964, administrativement, le court métrage correspond à une durée de moins de 60 minutes, 1.600 mères de pellicule. Raison pour laquelle parmi les films analysé par Bref, nous avons Fairy Queen de Jean-Paul Ceyrac de 43 minutes.
(2) Lire, Une Encyclopédie du court métrage français, de Jacques Evrard et Jacques Kermabon aux éitions Yellow Now/Côté cinéma.

Bref est disponible à Bruxelles dans des librairies comme Filigranes, Tropismes ou Darakan.

 

 

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