Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Jamais sans mon Bref 100, numéro spécial

100 numéros pour la revue du court métrage. Un quart de siècle pour faire connaître l'innovation  cinématographique et la liberté artistique de films au format court. Créée par François Ode pour un public de cinéphiles six ans après les débuts de la mise en orbite de l'Agence du court métrage, Jacques Kermabon, qui depuis longtemps en est le rédacteur en chef, souligne le rôle singulier d'une revue « ayant un mode d'exposition des films qui n'obéit pas aux contraintes des sorties hebdomadaires » et « échappe à la spirale de la couverture médiatique guidée par les sorties programmées par l'industrie ».  Bref nous parle d'un cinéma artisanal, dans la marge d'une industrie de plus en plus tentaculaire. Un cinéma qui reste proche de l'innovation et de la créativité sans pour autant être loin de l'industrie.

numéro 100 du Magazine du court métrage, BrefLe premier article rassemble le débat entre quelques critiques et enseignants. Fixons la réflexion de Thierry Méranger sur l'un de nos dadas : la pédagogie. Il dit ceci : « Le court métrage offre la possibilité d'un travail sur la critique. Puisqu'à partir du moment où on peut montrer, dans le cadre d'un cours, la totalité d'un film, on peut faire écrire dans le cadre d'un atelier critique un élève ou un étudiant en sachant qu'ils parlent tous à armes égales car ils ont tous tout vu ». Exemple, souligne Méranger : « Montrer Charlotte et son steak d'Eric Rohmer va tout de suite permettre une appréhension très rapide de la Nouvelle Vague à travers l'intégralité d'une œuvre ». 

Le sang circule dans les dialogues de jeunes réalisateurs avec d'autres plus aguerris, ou des philosophes qui sont souvent plus intéressants que la critique en soi. L'article intitulé Je tu … Elles filment, est un échange entre Agnès Varda et notre compatriote Ursula Meier, deux jeunes cinéastes. 

Agnès V. : « Il y a des documentaires purs et durs, où c'est du « vrac » et je n'aime pas ça... Moi, je fais beaucoup de montage et de changements, parce que je trouve que pour mettre en valeur les « vrais gens », il faut se donner les moyens de la fiction ». Autrement dit, documentaire et fiction sont un couple uni, même si certains veulent les désunir.

Chantal Akerman et Thomas Salvador échangent leurs propos sur le cinéma qu'ils aiment et pratiquent. Chantal nous apprend qu’avec son film sur Pina Baush (le plus réussi de tous ceux que nous avons pu voir parce que le plus vivant et le plus incarné), elle a eu bien des soucis. La télé voulait un commentaire off afin que le spectateur endormi puisse se réveiller. Elle a refusé avec raison car il faut toujours laisser dormir les endormis. Sur le montage, elle explique : « J'aime particulièrement le montage documentaire parce qu'on sculpte une matière. On réinvente totalement le film, on l'invente même. Tandis que dans la fiction, on suit chronologiquement ce qui a été écrit. »

À lire et à relire ces cinq pages dont nous extrayons ceci, sur les débuts de l'un de ses films qui sont souvent une (re)naissance du cinéma  : « Saute ma ville a été tourné sans son. J'ai donc créé une bande-son avec ma bouche. C'est parfois le manque de moyens qui pousse à être créatif. Ça oblige à inventer des formes, finalement. »


Bref, bimestriel, numéro spécial + DVD - La petite collection de Bref, en cadeau pour les abonnés. À Bruxelles, on le trouve dans les  librairies Tropismes, Filigranes, Darakan.


Dans le DVD, on découvre Paroles d'auteurs, 14 minutes de la SCAM. Comment faire résonner le souci des auteurs (écrit-film) de manière instructive sans tomber dans la pub ? Avec notamment A.S.Labarthe, J.-L. Comolli ou Stan Neumann qui signale : « Réfléchir, c'est résister ».

Après ce prologue, cinq courts métrages sont proposés (4 réalisatrices et 1 réalisateur, l'avenir est aux femmes, on en est convaincu après avoir vu ces films surprenants). Notre chouchou est l'Invention des jours heureux (26') de Sandrine Dumas. Et, cerise sur le gâteau, l'actrice russe Katerina Golubeva (morte récemment à 44 ans à Paris), interprète des films de Sharunas Bartas, Claire Denis, Leos Carax et Bruno Dumont. Quatre réalisateurs qui ont su saisir la lumière de la présence de Katia Golubeva née à Saint-Pétersbourg.

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