Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Cinéma et mémoire, sur Atom Egoyan

Cinéma et Mémoire

Un livre très intéressant de Marie-Aude Baronian sur les films d’Atom Egoyan, cinéaste canadien d'origine arménienne, vient d'être édité par l'Académie Royale de Belgique. Parmi les dix-sept longs métrages du réalisateur, parcourons-en trois.

couverture du livre Cinéma et Mémoire sur Atom Egoyan de Marie_Aude BaronianDans The Adjuster, un expert pour une compagnie d'assurance, Noah, rassure ses clients après les pertes de leurs biens matériels et répertorie leur valeur immobilière. Hera, sa femme, travaille dans un bureau qui examine et classe les films pornographiques. Elle-même filme en vidéo la projection sur l'écran de ces films pour les montrer à sa sœur. Sous le regard de Noah, leur propre habitation (un pavillon témoin dans un terrain vague) va prendre feu lors du tournage d'un film. Métaphore sur l'instabilité permanente du monde qui se déconstruit et se reconstruit sans cesse ?

Dans de Beaux lendemains,adaptation d'un roman de Russel Banks, une collectivité est endeuillée par la mort d'un groupe d'enfants dans un car scolaire. On ne verra pas l'accident, mais l'après-coup. La mort de ces enfants devient le ciment d'une communauté frappée par ce deuil, l'interruption de la filiation, d'un avenir assuré. Cette sorte de « massacre des innocents » se termine par un procès pour découvrir le ou les coupables. L'incapacité à témoigner de la seule survivante nous montre les difficultés de découvrir la vérité.

Avec Ararat (2002), son huitième long métrage, l'indicible secret qui ne cesse d'être filtré d'un film à l'autre se dévoile. Il s'agit de la catastrophe collective d'un million et demi d'Arméniens, morts sans sépulture, en 1915. Une seule histoire réunit les six personnages du film, celle de l'Arménie.

Comment faire le deuil du passé (privé et collectif) si on le laisse dans l'anonymat du silence, si on reste hanté par des images-écrans. La conséquence du déni est de provoquer une répétition du passé d'un drame qui devient traumatique. Comment le cinéma peut-il représenter la destruction massive d'une population et montrer l'histoire des génocides ? Avec Ararat, Atom Egoyan met en scène la les images que veut réaliser Saroyan (un cinéaste français d'origine arménienne, interprété par Charles Aznavour). Celui-ci veut mémoriser, avec des images, le passé, et le restituer dans le présent. « L'image ne ment pas, mais elle rappelle inlassablement la dislocation et la perte qui sont à l'origine de sa fabrication, de son émission », écrit Marie-Aude Baronian. « En ce sens, elle ne peut être que prothèse ».

Dans presque tous ses films, Atom Egoyan utilise le medium de la vidéo - comme image-archive -

ce qui lui permet de montrer le pouvoir sélectif de la mémoire. L'oubli ou la transformation de l'histoire. L'image est une prothèse technologique qui sert d'outil mémoriel et, aujourd'hui, la vidéo a remplacé l'usage des photographies dans l'album de famille.

Le livre de Marie-Aude Baronian aborde les thèmes choisis par Atom Egoyan et la mosaïque d'images de fragments de vie qu'il propose pour leur donner un sens, à la manière d'un roman policier. 

Cinéma et mémoire, sur Atom Egoyan, édité en poche par l'Académie Royale de Belgique, 122 pages. 


commentaires propulsé par Disqus