Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : documentaire, court métrage, art,
 

Coco Exquis de Yoann Stehr et Stephan Dubrana

Veillée merveilleuse

Pour l'ouverture du Festival du Film sur l'Art, qui s'est tenu du 11 au 14 février 2014, les spectateurs ont pu découvrir Coco Exquis, un film réalisé par deux frangins, Yoann Stehr et Stephan Dubrana. On connaît déjà le premier pour ses films délirants, assemblages chaotiques (même si savamment agencés) d'images et de sons, comme Contre, tout contre en 2010. Coco Exquis est, quant à lui, le fruit d'un coup de cœur mutuel pour Coco Fronsac, une artiste parisienne. Un sacré petit bout de femme. Trois univers qui convergent dans un portrait/collage/cadavre exquis joliment réussi. 

COCO EXQUIS de Yoann Stehr et Stephan DubranaCoco, elle aime flâner dans les allées des marchés aux puces pour dénicher de vieilles photos de famille. Visages usés par le temps, la poussière, l'ennui. Et elle, Coco, une libellule pâle, frêle, douce, gracieuse, élégante, ondulante, précise, timide, elle déambule entre ces morts, ses morts. Elle les frôle du bout des doigts. Elle souffle, elle frotte, elle colorie, elle contourne. Magie noire. Une étoile posée là. Le pinceau tourbillonne. ABRACADABRA. Les morts ressuscitent dans un autre monde, le sien.

Coco vit dans un incroyable musée-mausolée-cabinet de curiosités. On y trouve de tout. Un cœur. Du thé. Des ciseaux. Une photo. Du rose. Un lapin gris. Trois clowns. Un ours défraîchi. Un Christ doré. Des pinceaux, plein de pinceaux. La Joconde qui se marre. De vieilles photos. Une lampe en fer. Une bouteille de vin. Des tomates qui grésillent. Une jolie casserole. Un tas de poissons morts. Des roses. La scarlatine. De la peinture qui gicle. Un crâne. Des fioles. Des perles, de la dentelle. Du vert. Une grande moustache. Un nain zoophile. Des doigts magiques sous un masque. Du rouge. Ubu repu. Des bêtes ailées. Des crânes, un tas d'os enfermés. Des vierges qui pondent des œufs. De tout.

Motifs qui apparaissent et disparaissent sur les photos, au gré des envies de l'artiste. Les personnages sont tantôt cachés par des masques ancestraux venus du monde entier, tantôt rougis par la maladie, tantôt chatouillés par les ailes des lépidoptères. Ils ne seront plus jamais seuls. Coco leur offre un nouveau monde, une nouvelle vie, rêvée, faite d'assemblages de couleurs, de formes, de douceur.

Coco, elle invite ses amis Magritte, Breton, Prévert, Éluard, Ray, Tzara, ses cadavres exquis, à la surprise party. Stehr, et Dubrana les ont suivis. Ils sont tous là. Ils chuchotent. Cacophonie des voix dans la bande son. L'exquise Coco, maîtresse de cérémonie, les accueille. La joyeuse fête funèbre peut commencer. Le mal d'horreurs chante. Les squelettes dansent. Les cadavres s'entassent, les uns sur les autres. Un cadavre exquis peint et un cadavre exquis filmé dans la même boîte, mise en abîme subtile, bien joué les frérots surréalistes. 

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