Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2008

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07/07/2008
 

Collection Yellow Now : Côté films

Un désordre savant

De mémoire de lecteur de livres de cinéma, Yellow Now, c’était, entre autres, ce plaisir de retrouver au gré de la collection Long Métrage, une certaine manière de parler des films tout en quittant le domaine clos d’une exégèse du cinéma pour entrer de plain-pied dans ces questions qui étaient au centre de nos vies. 

Et puis, un jour, Long Métrage fit silence, et les lecteurs de ces livres oblongs et précieux vécurent un manque douloureux, la disparition d’une façon de se penser dans la mouvance d’un présent toujours interrogé.

yellow now monika

Aujourd’hui, Yellow Now nous revient avec plein de livres, mais surtout une collection Côté films reprenant cette idée passionnelle du coup de cœur comme tremplin à un essai qui, souvent, dépasse le lieu de la critique pour nous proposer une façon de vivre le cinéma 100 % d’aujourd’hui avec soucis d’écriture personnelle, points de vue surprenants et partis pris novateurs.
La collection s’ouvre avec un texte d’Alain Bergala consacré à Monika d’Ingmar Bergman. D’une facture assez classique dans sa conception, le propos de ce livre captivant est d’interroger l’acte de création et montrer comment derrière l’histoire d’une rencontre amoureuse, se joue l’émergence d’une autre façon de penser et de faire du cinéma. Alain Bergala approche, avec beaucoup de finesse, la relation amoureuse entre Bergman et sa comédienne, et nous fait progressivement comprendre le subtil processus où cette relation devient l’enjeu réel du film. Rebondissant sur le cinéma de Rossellini à la même époque, il nous entraîne dans une réflexion sur cette métamorphose de la fiction en aventure de la réalité où utopie insulaire, indépendance féminine et désir comme instant créatif conjuguent une éducation sentimentale qui s‘impose par son rapport au réel.
Le numéro deux de Côté film est signé par Jean-Paul Fargier, éminent connaisseur de la création vidéo et qui, à partir du court métrage de Bill Viola, The Reflecting Pool, tente d’approcher la spécificité de l’art vidéo. Analyse, prise de tête, délire, invention, tout se bouscule dans ce texte dense et décapant pour nous faire ressentir l’importance d’un changement, l’évidence d’une révolution qui transforme autant le regard que l’acte de montrer, autant chez celui qui propose des images que chez celui qui les voit. Dans ce livre fondateur aux allures de naissance, Jean-Paul Fargier a le style d’une sage-femme allumée accouchant d’un monde nouveau et perturbant avec cette sensibilité partisane et cette passion communicative qui rendent son propos joyeusement essentiel.
Hétéroclite, ludiquement sauvage, cartonnant tous azimuts dans un désordre savant et réjouissant, Côté film propose d'autres titres tous plus intéressants les uns que les autres. Impossible ici de parler de chacun, mais épinglons, en passant, (comme si dans le foisonnement d’une qualité sans cesse renouvelée certaines aventures nous touchaient plus que d’autres) le livre d’Aurélien Py qui, partant d’Amsterdam Global Village de Johan Van der Keuken, va au cœur de ce qu’implique l’acte de filmer quand on filme ce que l‘on vit, cette façon d’être « une forme qui pense » et qui loin des distinctions fictions documentaires trouve le ton juste  pour parler des expérimentations d‘un cinéaste sans cesse en recherche.
Retenons encore le livre d’Hervé Aubron à propos de Mulholland Drive de David Lynch qui ouvre une réflexion sur la mort de la cinéphilie, enchaîne avec les sites Internet consacrés à ce film culte, et succombe aux charmes de la métempsychose quand elle nous entraîne en un pari truqué dans cette fantasmagorie crépusculaire où évoluent des corps sans âmes, des âmes sans corps, des absences qui, devenues présences, s‘incarnent dans des images en voie d‘autonomie. Retenons toujours cette lecture nietzschéenne et totalement revigorante de la Horde sauvage de Sam Peckinpah par Fabrice Revault qui, entre geste amoureux et coup de gueule malin, se lâche en un véritable cri dionysiaque complice de cette joie radicale qui selon lui anime ce western mythique.
Retenons enfin cet étonnant « récit critique du dedans » que propose Rochelle Fack à partir du film de Hans-Jürgen Siberberg, Hitler un film d’Allemagne et où l’écriture de l’essai semble naître directement du film et trouve dans une référence constante à l’œuvre de Chaplin l’opportunité d’interroger le devenir du spectateur une fois captif des méandres rhizomiques d’un film se voulant expérience totale.
Sans oublier Vaudou de Jacques Tourneur revu par Marcos Uzal, Sayat Nova de Serguei Paradjanov déplié par Erik Bullot, Rio Bravo d'Howard Hawks, hommaginé par Pierre Gabaston, En présence d’un clown d'Ingmar Bergman accompagné par Jean Narboni et Cœur fidèle de Jean Epstein retrouvé par Prosper Hillairet.
En tout onze titres qui, en attendant la venue d’un douzième et plus, forment un formidable puzzle cinématographique où rire jouissif et intelligence subversive s’allient dans le plaisir d’une lecture que l’on voudrait sans mot fin.

 

 

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