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Compte-rendu du Festival Travelling Bruxelles & Junior

Du strass et des galettes

 

Il y a quatre ans de cela, émigré de mon Nord/Pas-de-Calais natal, je déposais mon bagage plein d'aspirations et de casseroles à Rennes, porte de la Bretagne, ville étudiante et Mecque de la galette saucisse. Je découvrais ainsi pêle-mêle, la ville, Alan Stivell, les fest-noz (singulières festivités cabalistiques durant lesquelles on tourne en cercle des heures durant en se tenant par le petit doigt), la rue de la soif, ses punks à chiens et le festival Travelling. Je m'engageais alors comme bénévole régie, chouette souvenir pour l'édition Jérusalem, lors de laquelle, en plus de m'être initié à l'heureux concept nutritionniste du régime café/clope, j'avais surtout découvert, au fil des séances et des rencontres, un cinéma dont je ne connaissais quasiment rien. Fenêtres ouvertes sur une partie du monde, quantité de films comme autant de points de vue sur deux cultures, leurs singularités, les tensions et les liens qui les unissent. Conquis, je renouvelais l'expérience l'année suivante, et découvrais Istanbul, son Bosphore, Nuri Bilge Ceylan, Fatih Akin ou encore Pelin Esmer. Nouvelles rencontres, nouveau voyage en terres inconnues à travers le grand écran, Travelling portait décidément bien son nom. Exilé depuis en Belgique, c'est donc fort enjoué que je retournais en terre bretonne pour cette nouvelle édition.

23e édition du festival Travelling de Rennes, large rétrospective annuelle se penchant sur une ville pour élargir le champ à un pays et son 7e art. Après avoir arpenté des villes comme Londres, Tokyo ou plus récemment Mexico, c'était Bruxelles et le cinéma belge qui, cette année, furent mis à l'honneur, choix significatif de la dynamique en œuvre depuis plusieurs années dans le plat pays.

Quelques chiffres révélateurs de la bonne forme du festival, une fréquentation estimée à trente neuf mille spectateurs, plus de cent films programmés pour deux cent trente projections dans quinze salles à Rennes et les communes environnantes, quarante six invités, et moult rencontres, leçons de cinéma, conférences, ciné-concerts, et autres débats. Heureuse aventure pour une ville qui ne compte à l'année qu'une seule salle d'art et essai pour plus de deux cent mille habitants.

Loin des fastes des grands festivals qui se la racontent à force d'autocongratulations hyper médiatisées et généreux épandages de Palmes, Césars et autres Magrittes, l'ambiance se voulait ici conviviale. Le public a ainsi pu rencontrer nombre d'invités, tels qu'Olivier Masset-Depasse, Bouli Lanners, Alex Stockman, Jaco Van Dormael, le jeune Cédric Robert (bringuebalant, avec panache, son enthousiasme au gré des comptoirs), Aubier et Patar ou encore Boris Lehman. Ils étaient présents parmi d'autres dans l'enceinte du Liberté, centre névralgique du festival composé d'un vaste espace joliment décoré avec salons, tables à manger, salle de projection et d'un bar aux tarifs prohibitifs ne servant que de la Grimbergen (au grand dam de certains invités belges dont ce fut l'unique sujet d'indignation à ma connaissance).

Bref ! Près de la moitié de ce que la Belgique fait de « bankable » pour accompagner une large programmation mettant en avant les films contemporains, bien sûr, mais également plusieurs des œuvres de ceux qui ont écrit l'histoire du cinéma belge comme Jacques Feyder, Paul Meyer ou Henri Storck, dont une série de courts métrages fut notamment accompagnée par une création originale au piano de David Euverte, qu'on espère voir se produire bientôt à Bruxelles vu le succès qu'a remporté son ciné-concert.

Si la programmation faisait forcément la part belle à ce qui se fait de plus connu en cinéma belge, plusieurs cycles spéciaux ont été organisés, dignes représentations de sa diversité et de sa singularité. La réjouissante présence de Noël Godin et sa programmation spéciale sur ce que « le cinéma belge a fait de plus mal léché », ont permis par exemple de révéler à un public incrédule l’existence du réalisateur Jean-Jacques Rousseau, via un medley d'extraits de ses films conçu spécialement pour le festival (les organisateurs ayant malheureusement considérés que l'étranger n'était pas encore prêt pour la vision d'un long métrage du cinéaste de l'absurde). Dans un autre style, mais également à la fois engagé et teinté d'humour (notons qu'aux yeux du Français, tout ce qui a trait à la Belgique est forcément drôle, un doute seul subsiste à propos des frères Dardenne), une carte blanche était réservée au Nova. Gwenaël Breës, accompagné de Victor Brunfaut, architecte, et Pierre Meynaert, chargé de mission en urbanisme pour Inter-Environnement Bruxelles, a présenté une série de films traitant des questions d'urbanisme au sein de Bruxelles, l'occasion de voir quelques films pas forcément faciles à trouver, et démarche intéressante quant à ce qui est d'ancrer aux yeux des spectateurs la ville dans une réalité politique et sociale.

Travelling, dans le texte et sur les écrans, c'est aussi la mention « junior », point d'orgue d'une démarche d'ouverture auprès des jeunes de maternelle, collège et lycée, mise en place tout au long de l'année par Clair Obscur, l'association organisatrice du festival. Appel à concours de scénario, ciné-concerts, rencontre d'éducation à l'image, et jury de collégiens furent autant d'événements apportant une implication intelligente des cinéphiles de demain, riche idée aux vues de la moyenne d'âge du public présent sur l'ensemble du festival. Spectateurs engagés mais aussi choyés puisque Travelling junior avait la chance d'avoir cette année, pour parrain et marraine, Abel et Gordon, dont les rencontres avec les petits et les grands furent sans doute le plus grand succès du festival.

Cette édition, au même titre que les précédentes, aura eu le mérite de faire mieux connaître à un public français un cinéma qui, bien que géographiquement proche et très accessible culturellement et linguistiquement, est en grande partie méconnu. On le sait et le répète à l'envi, le cinéma belge a moult choses à apporter, rares sont cependant les occasions de le voir s'illustrer à l'étranger de manière aussi pléthorique. Bien que de récents succès internationaux comme ceux des frères Dardenne ou de Jaco Van Dormael aient ouvert la voie à davantage de reconnaissance internationale, beaucoup considèrent encore le cinéma belge comme quelque chose de gentillet, doucement rigolard (une fois !), à la sauce andalouse style C'est arrivé près de chez vous ou Dikkenek. Ce fut donc une belle expérience, pour beaucoup, de découvrir ce que ce cinéma, dans sa diversité, pouvait apporter de profond et de beau.

Finalement, au terme de ce concert d'éloges et pour préserver l'apparence d'une déontologie journalistique, précisons cependant que la bouffe était aussi infâme que le DJ des afters était à pendre. Ce qui ne nous empêchera pas d'attendre avec impatience la prochaine édition consacrée à l'Ecosse.

Palmarès de la Compétition courts métrages belges

Parmi les diverses compétitions organisées par le festival notons finalement le franc succès de Kin, le film de l'Atelier collectif Zorobabel qui poursuit sa moisson de prix entamée, il y a près d'un an.

Voir la critique cinergie

Prix Collège au cinéma : Kin de L’Atelier Collectif

Prix Foyers des jeunes Travailleurs et des amitiés sociales : Badpakje 46 de Wannes Destroop

Mention spéciale du jury : Kin de L’Atelier Collectif

Prix du public : Kin de L’Atelier Collectif

 

 

Sylvain Gressier
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