Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Confituur de Lieven Debrauwer

Le mythe de la jeunesse est devenu un culte (merci à Dorian Gray !) et le cinéma ne pouvait qu'accompagner cette tendance. Les personnages âgés sont de plus en plus éloignés des histoires qu'on voit sur grand écran ou alors ils n'occupent qu'une petite partie des scénarios. Pourtant, cette année, Cinéart a déjà sorti The Mother - où une grand-mère anglaise redécouvre les plaisirs de la vie - maintenant c'est Confituur qui nous montre un couple âgé au bord de la rupture. Après le court Leonie et l'intéressant Pauline et Paulette, le flamand Lieven Debrauwer (voir webzine 52) revient à ce type de personnage marqué par le passage des années. Le choix, assure-t-il, a été inconscient, mais, ne dit-on pas que l'inconscient est tellement fort qu'il donne, qu'il a donné, ou qu'il donnera (?) une forme à son style en tant que réalisateur.
Lieven Debrauwer est peut-être le cinéaste qui aime les vieux, mais il préfère les vieilles dames. Après deux collaborations réussies avec Dora van der Groen, on découvre Marilou Mermans, Viviane De Muynck et Chris Lomme dans trois interprétations exceptionnelles. Elles jouent respectivement, Emma, Gerda et Josée, la femme et les deux soeurs de Tuur, interprété par Rik Van Uffelen. Ensemble, les quatre personnages forment le coeur d'une histoire de famille construite à partir des petites faiblesses et des petites réussites quotidiennes.
Paradoxalement, Confituur démarre dans une situation de crise au cours d'une célébration. Ce sont les noces d'or d'Emma et de Tuur auxquelles est invité tout le village à faire la fête avec eux. Mais Tuur, après l'ennui infini des clichés d'anniversaire, s'en va. Le lendemain, on apprend qu'il est parti pour vivre chez sa soeur Josée, propriétaire d'un cabaret. Emma doit désormais s'occuper à la fois de Gerda, sa belle soeur alitée et de la cordonnerie familiale, appelée Tuur, plus tard renommée Confituur. Le drame familial est simple et peut-être qu'il n'apporte rien de nouveau. On a tous vu des histoires pareilles où les crises sont dépassées avec espoir et fierté. Pourtant, ce qui frappe ici, c'est le fait que Lieven Debrauwer filme tous ces rapports avec la même sensibilité qu'on a pu voir dans Pauline et Paulette. Avec une mise en scène soignée, la caméra explore les émotions des personnages sans jamais insister. Parfois, l'ironie est même utilisée dans les situations les plus inattendues. Remarquable et cruel le moment où Josée visite Gerda à l'hôpital avec les rideaux qui s'ouvrent et se referment à la fin de la scène, comme dans le spectacle de cabaret qu'on assiste presque en simultané grâce à un impeccable travail de montage de Philippe Ravoet.
Esthétiquement, Confituur comporte aussi le même style visuel que le film précédent. Le magasin et l'Opérette de Paulette sont maintenant remplacés par l'appartement et le cabaret de Josée. Ces espaces fonctionnent comme une sorte d'abris d'une réalité étouffante dont Tuur veut absolument s'échapper. L'énergie de quelques couleurs flash plonge certaines séquences dans une ambiance kitsch, tout a fait opposée à la sobriété grise du village où le couple habitait. Ce sont deux mondes différents, clairement montrés, qui n'ont aucun point en commun, sauf peut-être la solitude des personnages qui l'habitent. Le choix des décors offre au film une dimension temporelle indéfinie et une ambiance ambiguë qui, pourtant, fonctionne très bien dans son ensemble.
Sélectionné au dernier festival de Venise dans la catégorie Giornate degli autori, Confituur fera la clôture du Festival International du film de Flandre à Gand le 16 octobre prochain, avant de sortir en salles le 20, il est distribué par Cinéart.

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