Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2001
 

Degotte Ferdoum de Thierry De Coster

Crève l'artiste

Charlie Degotte est un sacré lascar. Dans le paysage de notre culture théâtrale, il nous fait l'effet d'une peau de banane arc-en-ciel dans la grisaille d'un couloir ministériel.

Iconoclaste pétri d'humour, champion d'un non-sens tonique, illuminé habité de rêves loufoques, cet incroyable touche-à-tout se double d'un créateur infatigable ayant développé une façon de travailler unique et passionnante. C'est dans sa manière de revisiter la notion de revue que son art de l'invention apparaît le plus clairement. Atelier de création autant que laboratoire de recherche, ses revues font appel à toutes les magies du théâtre et de la musique pour porter au mieux comédiens et musiciens dans une unité d'ensemble qui n'est pas la moindre de leurs qualités. À suivre, sur une année, quatre revues toutes plus pétaradantes de trouvailles et d'intelligence les unes que les autres, le spectateur légèrement éberlué se demande comment ce diable d'homme fait pour trouver le temps, l'énergie et l'imagination d'un tel tour de force.
Le film de Thierry de Coster, Degotte Ferdoum, tente de répondre à cette question. À partir du dernier spectacle de Charlie Degotte, la Revue Lyrique, il interroge comédiens, musiciens, scénographes, producteurs et chorégraphes afin de percer le secret d'une telle réussite. Conçu comme un témoignage à mi-chemin entre le portrait et l'enquête, Degotte Ferdoum pénètre l'envers du décor et nous fait participer aux répétitions, essais, préoccupations des divers initiateurs de cette revue. Ainsi, le travail de Charlie Degotte apparaît avant tout comme un travail d'équipe basé sur la complicité et l'échange entre partenaires appelés, dans l'urgence de la création, à donner le meilleur d'eux-mêmes tout en s'impliquant au-delà de leur propre rôle.
C'est cette alchimie étrange que Thierry de Coster parvient à nous communiquer en multipliant les allers-retours entre la scène et l'espace privé ou chacun oeuvre pour le succès de la revue. L'intention est excellente et certaines idées d'écriture judicieuses ; pourtant Degotte Ferdoum nous laisse un rien sur notre faim. Éclaté, sans unité, le film court trop de pistes à la fois, ne faisant que survoler des sujets qui demanderaient plus de temps. Il lui manque un centre autant que l'enjeu d'un point de vue, succombant trop facilement à cette démarche télévisuelle qui, à vouloir tout couvrir, ne nous donne qu'une succession d'illustrations dont le propos se perd et apparaît trop souvent anecdotique. Cela dit, Degotte Ferdoum a le mérite de faire exister l'aventure Degotte et prolonge, bien souvent avec brio, la charge critique dont se nourrit la Revue Lyrique. À savoir cette mise en cause au vitriol de la politique culturelle de la Communauté française de Belgique en matière d'aide aux créateurs. Car en définitive, il est effrayant de découvrir l'avenir incertain dans lequel se débat l'équipe de Charlie Degotte qui vit au jour le jour ce qu'elle considère comme le mot d'ordre ministériel, " crève l'artiste ". De nous le rappeler fait de Degotte Ferdoum un témoignage plus que salutaire.

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