Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Derrière la forêt d'Ulrike Knorr

La réalisatrice, Ulrike Knorr, entreprend un voyage dans l'histoire, celle de l'Allemagne de ses grands-parents et la sienne. À travers cette promenade dans le temps passé-présent, on découvre un monde encore caché par la honte, des lieux marqués par l'histoire : les autoroutes construites sous Hitler, la station balnéaire Prora, la base secrète de Peenemünde et les villages typiques des colons de Silésie.
Un film sur la mémoire, sur des générations séparées par la guerre. La petite-fille, la réalisatrice du film, tente d'approcher l'histoire de ses grands-parents dont elle est l'héritière. Difficile de parler du passé, de parler de ces années de guerre, et de la suite...
La question revient : « Qu'est-ce que vous faisiez à ce moment-là ? ». Les journaux intimes, les albums de famille et les souvenirs personnels lui répondent. Le film nous dit par son rythme lent et contemplatif, qu'il faut passer du temps, créer du lien avec quelqu'un pour que les souvenirs refassent surface et que les vannes de la mémoire s'ouvrent.
Et c'est ce que la réalisatrice fait auprès de ses grands-parents. Elle recueille des témoignages en les imaginant sous le régime nazi, puis dans la vie en RDA.
On peut voir le film comme une sorte de caisse de résonance entre les plans fixes installés comme des photographies : l'immensité d'une gare vide, un train qui ne vient pas et où jadis s'enlisa l'histoire deuxième guerre mondiale, celle d'une époque pas si lointaine de la jeunesse des grands-parents de la réalisatrice ; et les travellings de paysages qui se déroulent devant nous.
Les témoins de ce passé sont cadrés au sein de leur environnement familier. La caméra suggère plus qu'elle ne scrute ces visages qui détiennent encore des secrets.
Les séquences de forêt jalonnent toute la durée du film. Elles structurent et encadrent le voyage dans l'histoire comme une phrase récurrente dans un poème. Ces passages romantiques (la forêt), en clin d'oeil au peintre Friedrich, sont des pauses de respiration, de contemplation. Et ce n'est pas sans humour que la réalisatrice utilise l'image de la forêt pour rappeler ce qu'elle symbolisait pour le IIIème Reich : la force et la pureté du chêne allemand.

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