Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/01/2009
 

Dictionnaire du cinéma asiatique

dictionnaire du cinéma

Pourquoi le cinéma asiatique a-t-il réussi à s’imposer dans le monde entier comme jadis le cinéma hollywoodien ? Tout d’abord, il y a la rencontre (devenue une liaison et non un conflit) entre la tradition orientale et la modernité occidentale. Une liaison étrange et paradoxale qui voit les formes traditionnelles de leur culture rejoindre la révolution du cinéma moderne occidental. Si on y ajoute le développement de la mondialisation économique et des technologies numériques permettant la réalisation de films à petit budget on comprend mieux l’impact d’un cinéma qui ne cesse de prospérer dans le monde entier. Enfin, contrairement à Hollywood le statut du réalisateur est primordial comme nous le décrit John Woo, « à Hong Kong, le réalisateur est le Roi, le réalisateur est un auteur. On rencontre le responsable du studio une fois, sans même avoir besoin d’un scénario terminé ». 

On ne peut donc que saluer le premier dictionnaire asiatique, un imposant ouvrage, parcourant un nouveau territoire du cinéma à travers un puzzle colossal fragmenté dans un fil rouge entre Bombay et Tokyo en passant par Hong Kong. A partir de deux grands pôles culturels : la sphère indienne et la sphère chinoise.

Entre Kung-fu hongkongais, mélodrames coréens, érotiques japonais, ballets de la Chine pop., comédies musicales indiennes, le cinéma asiatique rayonne sur toute l’extrême-asie (Taïwan, Singapour, Malaisie, Birmanie), la Corée, Hong Kong, le Japon et l’Inde.
Le cinéma asiatique a émergé en Europe, surtout en France et en Italie, à partir des années 70. Avec Bruce Lee, Jacky Chan et les arts martiaux d’Hong Kong, puis, à travers le Japon, l’Inde, la Chine, les cinéastes-auteurs d’Hong Kong (Wong Kar Waï) ou plus récemment la Corée et Bollywood. Le réseau des Chinatown et une série de cinéastes occidentaux, comme Quentin Tarentino ont contribué à la découverte et à la propagation de films qui n’étaient connus que de quelques critiques spécialisés comme Pierre Rissient ou Tony Rayns.
Adrien Gombeaud qui a coordonné les 636 pages de cette cathédrale aux entrées chorégraphiques dans l’arc de cercle du A à Z, a 1.100 noms propres et 2.400 titres de films, nous signale d’emblée dans un étrange propos que « si l’Asie est en perpétuelle mutation, si le cinéma asiatique n’est qu’une fabrication de l’Occident…cette notion est passionnante parce qu’elle est artificielle. Elle est une sorte de miroir. » Chaque spectateur/amateur inventerait son Asie personnelle et la plupart d’entre eux vivent un paradoxe. Ils savent, et cela les angoisse, que si le cinéma asiatique existait en Occident comme les autre cinémas (américains ou européens) ils perdraient « l’objet de leur passion, l’importance du rôle que celui-ci leur a permis d’endosser et la supériorité d’être propriétaires de trésors cachés». Merci à Adrien Gombeaud d’avoir compris notre imaginaire de ciné-fils attardés, d’éternels adolescents, qui survit grâce à un cinéma que les adultes n’ont pas encore pu vampiriser dans leurs salles multiplexes pour films américano-européens.
Dans ce livre qui rapidement va devenir la bible des amateurs des films asiatiques les articles font deux pages ou moins (celui sur Hou Hsia Hsen est maigre par rapport au brillant ouvrage de Jean-Michel Frodon) et parfois (rarement) trop brefs (3 lignes sur le brillant Brillante Mendoza) ou carrément ignorant vis-à-vis de Vimukthi Jayasundara, caméra d’or au Festival de Cannes, mais il y a plein de pépites sur des réalisateurs ou des films que vous n’avez pu voir ni en salles, ni à la cinémathèque, ni en dvd.
Enfin, on ne passer sous silence les photos, les affiches asiatiques originales, inconnues en Europe tout comme les stars féminines en cover des éditions chinoises de Elle et de Marie-Claire. 

Dictionnaire du cinéma asiatique, sous la direction d’Adrien Gombeaud d’après un collectif de 21 collaborateurs – Nouveau Monde éditions (Paris, 2008) – 600 photos – 49 euros – ISBN : 978-2-84736-359-3.

commentaires propulsé par Disqus