Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
juin 2006
09/06/2006
 

En Salle : Marchienne de vie et petits meurtres ordinaires de Richard Olivier

Petits meurtres ordinaires sort en salles, à l’Actor studio, le 21 juin prochain avec Marchienne de vie. Nous vous proposons un entretien avec Richard Olivier ainsi qu’un entretien filmé.

Petits meurtres ordinaires est un de ces films singuliers qui porte la marque de Richard Olivier. Toujours prompt à saisir les aspérités de la vie quotidienne, ses bifurcations imprévisibles, ses polaroïds incessants qui, sitôt esquissés, s’estompent et disparaissent. Richard Olivier est scotché au menu de notre quotidien. Cela lui permet de flasher, il y a trois ans, sur un double meurtre commis rue de Flandre, à l’encontre de deux femmes âgées. Il dresse ainsi un portrait des habitants d’un des plus vieux quartiers de Bruxelles, et esquisse celui d’Annie, tuée de sept coups de couteau et de Luce assassinée, le lendemain, dans le parking voisin devant sa voiture. L’insécurité est à son comble dans le quartier. Une figure se détache, celle de Thierry, l’un des quatre fils d’Annie. Thierry cumule les handicaps : drogué, bagarreur... et il est vite soupçonné par la police d’avoir assassiné sa propre mère. Un raisonnement un peu simpliste qui s’apparente à la paresse d’un raisonnement du genre arquebusier lesté de plomb : Tudieu-collègue-il-a-la-gueule-de-l’emploi. En effet, Thierry est particulièrement velléitaire et explosif, au point d’avoir subi quelques heures de camisole chimique lors d’une confrontation avec les policiers désarmés par un langage si peu policé. C’est la grande force du cinéma de Richard Olivier que de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais, ceux qui sont exclus de l’ordre du discours, et de les laisser exprimer leurs émotions avec leur propre langage corporel et verbal. Ainsi, ce portrait de Thierry (surnommé « Monsieur catastrophe » par des voisins bienveillants tant il maîtrise l’art de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment) est d’une rare justesse. Le réalisateur de Marchienne de vie a un feeling du bon tempo à adopter. Les choses se déroulent jusqu'à l’absurde, c’est la vie. Emblématique, à cet égard, est la scène du cimetière où Thierry fait des crises à répétition pour repérer la tombe de sa mère (une concession à cinq ans non payante ou une concession à 12 ans payante). La séquence chez la fleuriste du cimetière nous entraîne dans une chorégraphie quasi burlesque. C’est une autre qualité de Richard Olivier que de ne pas hésiter à aller jusqu’au grotesque s’il le faut : son côté Jérôme Bosch.

Inutile de dire que Thierry n’a rien à voir avec l’assassinat de sa mère  : on se doute bien, depuis le début, qu’il a la tête de l’innocent victime des apparences.

Les amateurs de la musique d’Arvo Pärt seront comblés de retrouver, une fois plus, les phrases musicales d’un compositeur que le réalisateur affectionne particulièrement.

 

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