Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2000
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Félix de Jean-Henri Compère

Le jeu cruel des sentiments
Félix de Jean-Henri Compère Un couple dans le jardin d'une demeure patricienne, par une belle après-midi d'été. La jeune fille dans un hamac fait la sieste, le garçon la contemple endormie. La caméra se substitue à son regard dans la lumière dorée, caressant le visage de la belle avec une sensualité amoureuse, s'attardant sur un battement de paupières, un frémissement de lèvres. Elle glisse le long du cou, jusqu'à la main aux ongles rouges qui tient une photo. Entre celles du jeune homme, une lettre qui visiblement l'embarrasse. C'est un faire-part de décès. Un décès qu'il va lui falloir annoncer...
"J'ai aimé cette histoire pour sa cruauté", nous explique Jean-Henri Compère. "Surtout à cause du jeu qui se noue entre ce garçon et cette fille autour des sentiments. C'est involontaire. Au départ ni l'un ni l'autre n'a envie de jouer. La jeune fille plaisante en toute innocence, dans l'atmosphère d'une belle après-midi et, malgré lui, il se laisse entraîner dans ce qui devient un badinage de plus en plus malsain qui, finalement, tournera mal. La vie des deux personnages s'en trouvera changée à jamais."
Le père de Lulu est un auteur féroce. En adaptant une de ses nouvelles pour son premier essai de réalisateur, Compère s'attaque à forte partie quant à l'expression trouble des sentiments. En plus, les conditions sont plutôt intimistes: 8 minutes, un seul lieu, deux personnages qui se répondent. Mais le réalisateur parvient, sur ces éléments réduits, à dépasser le stade de la confrontation théâtrale filmée pour poser les bases d'une écriture cinématographique. Le plan large du départ pose l'action. Tout suggère la paix et l'harmonie: longues séquences, lents mouvements d'une caméra posée, lumières léchées, travellings caressants. Ensuite le rythme s'accélère, l'image est bousculée, les plans hachés au fur et à mesure qu'entre les deux personnages, la belle harmonie se dérègle. C'est sans difficulté qu'on suit la déglingue mentale qui envahit l'esprit du pauvre Thomas.
Découpage, photo, son, montage, mixage, Compère bichonne son film avec amour. Son cinéma carbure à l'émotion sur un canevas, sans doute académique, mais maîtrisé avec à propos. Le réalisateur y montre d'indéniables qualités de conteur en images. Espérons qu'elles puissent un jour se développer dans un projet plus long et plus ambitieux.

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