Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Gourmandises de Roland Lethem

Miam Miam

Le nouveau film de Roland Lethem est une histoire d'amour physique, sensuelle. Une femme (une forme humaine de sexe féminin ?) est étendue sur un lit et un homme va l'aimer, avec sa bouche, avec sa langue, son nez, ses oreilles ( l'emploi extrêmement dynamique de la bande son confère au film une importante dimension supplémentaire), avec son estomac, son ventre, tout son corps. Bien entendu, on est dans l'univers fantasmatique de Roland Lethem. On se doute bien que les choses ne seront pas exactement comme elles devraient être dans la morale bourgeoise. Et même, on risque fort de s'attirer les foudres des intégristes de la position du missionnaire. Mais le réalisateur n'en a cure, assénant au début du film un dicton attribué à une certaine sagesse populaire acadienne ( ?!?) : le goût des uns est l'égoût des autres. Goût qui, en l'occurrence, ne se discute pas mais s'apprécie en gourmet (ouais! … enfin, les gourmets des uns sont…) C'est que, selon l'imaginaire du sieur Lethem, la gourmandise et la luxure sont deux péchés capitaux entre lesquels il n'y a que l'espace d'un … fifrelin. Et à voir le héros du film se délecter des succulents produits du terroir de sa gastronomie particulière, on s'absorbe tout entier. Avec lui, on hume, on lèche, on mastique, on absorbe, on salive. On a le coeur au bord des lèvres aussi, parfois (âmes sensibles s'abstenir, évidemment), mais cela fait partie du plaisir du jeu. On en oublie presque d'admirer les très belles lumières, la souplesse des mouvements de caméra épousant la forme et les mouvements des corps, les variations de cadre et les changements de rythme en contrepoint des humeurs, des émotions, des sensations que le réalisateur nous transmet. Voilà dix ans qu'on n'avait plus eu un court-métrage original de Roland Lethem à se mettre sous la papille (remercions l'obstination des producteurs de PBC Pictures auxquels nous devons celui-ci) mais cela valait la peine d'attendre. A sa manière inimitable, l'ami Roland lance une fois de plus un " Merdre " retentissant et plein d'un humour roboratif aux conventions coincées de la société bourgeoise. Au grand dam de quelques escargots qui passaient par-là et n'avaient rien demandé. Cannibalisme ? Mais non, voyons, gourmandises.

 

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