Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2001
 

Indépendance Cha Cha de Jean-François Bastien et Isabelle Christiaens

L'histoire enchantée
Indépendance Cha Cha de Jean-François Bastien et Isabelle ChristiaensComment raconter l'indépendance du Congo, sa décolonisation et ce qu'il en est advenu, sans verser dans le didactisme scolaire ou l'historiographie ronflante et sans sacrifier à la mauvaise conscience des pièges culturels ou à la pseudo-vérité d'un point de vue objectif, voilà un enjeu qui a de quoi titiller bien des documentaristes. La réponse que Jean-François Bastin et Isabelle Christiaens apportent à pareil problème, en réalisant leur dernier reportage Indépendance Cha Cha, est tout simplement géniale. En 1960, un orchestre congolais, le mythique African jazz, séjourne en Belgique alors que se déroule le sommet belgo-congolais qui va être déterminant pour l'indépendance du Congo. À cette occasion, l'African jazz va créer la chanson Indépendance Cha Cha qui va devenir très rapidement le tube politique que chanteront toutes les bouches africaines rêvant d'indépendance. A partir de là, Jean-François Bastin et Isabelle Christiaens imaginent qu'en cherchant à retracer l'histoire de cette chanson dans le Congo d'aujourd'hui, ils seront appelés de quelque manière que se soit à faire le récit des espoirs et des illusions de ceux qui ont vécu l'Indépendance. Et ils ont raison. Leur film est une réussite passionnante pour ce type d'approche. Car cette chanson est plus qu'un lien culturel, c'est une émotion collective qui des anciens aux jeunes d'aujourd'hui fonctionne comme une mémoire vivante de l'indépendance. En retrouvant ceux qui ont créé, chanté, dansé, aimé cette chanson, en les confrontant aux réalités du présent congolais, Bastin et Christiaens pénètrent avec beaucoup de pudeur les rêves et l'imaginaire de toute une nation. Ils nous donnent à ressentir de l'intérieur cette formidable bouffée d'espoir que fut ce mouvement de libération et dans le même temps nous amènent à comprendre pourquoi aujourd'hui comme hier une telle chanson appelle la venue de lendemains qui chantent.
Construit comme une enquête ludique et musicale, Indépendance Cha Cha, même s'il souscrit encore au principe du reportage et de l'interview, en atténue la portée informative par un travail de la caméra tout en proximité. Et il n'est pas une rencontre, l'évocation d'un lieu, d'une personne qui ne soit vécue dans une sorte d'intimité complice renvoyant à un travail de préparation qui dit assez la qualité du regard de nos deux réalisateurs.
Indépendance Cha Cha est exemplaire de ce qu'il peut y avoir de meilleur dans cette démarche si galvaudée du reportage à tel point que la frontière avec le documentaire dit de création en devient quasi inexistante.


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