Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2002
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Khorma, l'enfant des cimetières de Jilani Saadi

La dernière édition du Festival International du Film Francophone de Namur nous a fait découvrir, une fois de plus, des films singuliers issus de la francophonie. Dont certains coproduits par la Belgique. C'est le cas de Khorma, l'enfant des cimetières, du réalisateur tunisien Jilani Saadi co-produit par K2.
Celui-ci nous propose un film qui nous rappelle (actualité oblige) que la religion musulmane ne se confond pas avec le terrorisme, que tous les musulmans ne sont pas des intégristes mais simplement des hommes et des femmes qui vivent comme nous. Avec des individus tiraillés par des pulsions contradictoires, comme tout le monde. Hélas, les préjugés sont difficiles à changer. Raison de plus de voir ce film pour mieux appréhender l'autre dans sa réalité.
Jilani Saadi puise dans l'histoire de la Tunisie, son pays et de ses traditions pour nous raconter le parcours d'un jeune homme, un peu simplet, qui a pour mission d'annoncer les mariages et les enterrements. Il fait partie des plus pauvres qui ne survivent que grâce à la générosité de la communauté. Khorma et ses acolytes viennent prier sur les tombes et organisent les cérémonies quotidiennes se déroulant dans le cimetière. Ils chantent aux mariages et pleurent aux enterrements. Le spectateur découvre ainsi une part de la vie des musulmans : Des traditions préservées qui manquent parfois dans nos religions occidentales. Par exemple, chaque semaine les familles se rassemblent sur la tombe de leurs ancêtres pour les fleurir. Toutes les étapes qui marquent la vie des musulmans sont en fait ritualisées de telle façon qu'elles impliquent aussi bien la famille que les étrangers. Tout le monde y participe, ensemble, peu importe sa condition.
Khorma, l'enfant des cimetières nous montre aussi que les traditions sont, quand même, parfois difficiles à changer et qu'un manque de respect peut mener à l'exclusion. Car certaines traditions ne sont pas faites pour disparaître. Par exemple, quand Khorma prend la direction des « affaires » (suite à la maladie de son maître), il va être confronté aux anciens. Car le simplet est aussi complexe que tout le monde. Il ne cesse d'osciller entre générosité et abus envers les personnes plongées dans la détresse. Heureusement, les guides spirituels de la communauté sont là et veillent au bon déroulement des choses.
A l'image de Khorma, le réalisateur nous parle avec simplicité. Il utilise des plans simples, sans effet de caméra. Comme la vie quotidienne de son peuple. C'est-à-dire une vie simple et le plus souvent identique à la nôtre. Faite des mêmes sentiments, des mêmes désirs et des mêmes attentes. A chaque instant nous sommes imprégné de la lumière et des couleurs chaudes qui caractérisent l'univers des pays du Sud.
Jilani Saadi est un réalisateur peu connu chez nous. Il a fait ses études de cinéma à Paris et a déjà réalisé deux courts métrages. Khorma, l'enfant des cimetières est son premier long métrage. Avant le Festival de Namur, il a été montré dans de nombreux festivals dont celui de Toronto.

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