Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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avril 2007

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05/04/2007
 

La Monique de Joseph de Damien Chemin

Pour atteindre le coin vert d’Haulchin (Haulchin, sa bière blonde, son vignoble des Agaises et son non moins fameux concours annuel de jeunes tamboureurs), il faut passer par Binche. Point de plumes d’autruches et de zestes d’oranges dans les rues : la saison est passée. Par contre, pour la distraction, il y a le tournage de La Monique de Joseph, le cinquième court métrage de Damien Chemin.

L’histoire de cette comédie poétique et visuelle : les fermiers Monique et Joseph entretiennent mal leur couple à l’inverse de leur champ de pommes de terre. Un matin, Monique se réveille transformée en biche mais cela ne l’affecte pas trop. Joseph, par contre, ne veut pas profiter du doux pelage facial et des grands beaux yeux alertes de sa compagne…

Une pensée pour Le Généraliste, le précédent court de Damien, qui croquait drôlement un Cerf nommé Richard (« je ne me suis jamais senti aussi bien »), sa soucieuse de Monique (« il n’a pas touché au gigot ») et leur médecin, professionnel au possible (« bon, alors, qu’est-ce qui se passe ? ») ?

La Monique de Joseph emprunte, en effet, en partie au thème et au casting du Généraliste (Vera Van Dooren, Carlo Ferrante, Alexandre von Sivers). Mais il y a des différences aussi : pour rendre visite au Généraliste, comptez six minutes (produites par Benzine Production) et plus ou moins une demi-heure pour La Monique (Tarantula). De plus, Damien estime que son avant-dernier projet était plutôt réaliste (découpe, cadre) à l’inverse des idées surréalistes qu’il manipule pour l’instant (voir interview).

Retour à Haulchin où l’équipe de La Monique de Joseph tourne pendant une semaine dans une ferme de la région. Pour rejoindre le plateau, des repères : une porteuse de permis B de Tarantula, des panneaux « Film » et une file de véhicules garés le long de la route et des champs labourés. Encore heureux que le jour de l'article n’était pas un dimanche : dans la confusion, il aurait pu porter sur le déjeuner de (grande) famille du voisin ! (« Plateau jamais trouvé. Par contre, dans la famille de Monsieur Léon, on est fin tamboureur de génération en génération ! »).

L’équipe s’est donc installée dans le décor en place. Le coin bûches est reconverti en régie; la table de maquillage, les portants à vêtements et les accessoires ont été placés dans une petite pièce privée. L’objet probablement le plus fameux de cette aventure, posé délicatement dans une caisse en carton, s’y trouve aussi : la fameuse et imposante (vraie) tête de biche que Vera doit enfiler dans de nombreuses scènes.

En attendant sa scène, Vera, vêtue d’un tablier bleu de fermière et d’un pull orange à poches, se repose dans un coin. Dans la pièce d’à côté, la chambre à coucher, la caméra filme de dos Jan Hammenecker (Joseph), assis sur le lit, les bras ballants. Tout doucement, il se couche. Son regard s’arrête sur des lunettes rafistolées avec du sparadrap : ce sont celles de Monique (Vera).

Damien, accroché au combo, réagit : « La pomme de pin, mettez-la plus au bord de la table de chevet. Et Jan, est-ce que tu peux mettre les mains sur les genoux ? C’est plus émouvant comme ça. Allez, moteur. » Quelques secondes plus tard, le verdict tombe, positif : « Coupez, c’était pas mal. »

Nouveau plan à tourner : Vera, transformée, doit ouvrir la porte de la maison et faire quelques pas à l’intérieur. Avec une petite brosse, la maquilleuse lisse le poil de la tête de biche qu’elle refile délicatement à Vera. La métamorphose est saisissante : la comédienne n’est reconnaissable que par sa tenue et son charmant accent flamand dont la richesse est atténuée par l’épaisseur du masque !

Pendant les préparatifs, on élague le champ en arrangeant les rideaux et en ôtant les bibelots qui traînent. Concentration. Le seul bruit est le tic de l’horloge (le tac a préféré rester discret). Damien livre les dernières consignes : « Donne un peu d’air, Marc : n’oublie pas qu’avec cette tête, elle est plus grande. Et c’est bien, Vera : 2 ou 3 petits coups sur le paillasson, c’est rigolo. Et comme toujours, si tu as le museau un peu plus bas, on y croit plus. »
La prise est bonne. La pause déjeuner se profile. En file belge, on se rend dans une cantine aménagée dans une salle de fêtes. Sur le mur, une pancarte annonce les dates des prochaines représentations des jeunes fanfares locales. Il y a bien une scénette, mais personne ne veut s’y produire car les blagues animent déjà la salle : Vera parle de son facteur préféré [Carlo Ferrante] dont c’est le premier jour de tournage pendant que Jan s’incruste dans les interviews !

Retour au plateau et au plan de travail. La prochaine scène nécessite la présence et le jeu de Vera et de Carlo : Monique, assise à table, répare ses lunettes et les met sur ses oreilles de cervidé quand elle reçoit une visite. Tiens, v’la le facteur, amoureux d’elle, qui se pointe, devant la fenêtre. Mais c’est une vraie mobylette de la Poste ! Et un magnifique dérapage digne de celui de Jean-Paul Rouve dans Un Long dimanche de fiançailles !

Pendant les répétitions, Vera, qui n’a absolument aucun repère visuel à cause de son déguisement, tente, avec difficulté, de mettre correctement ses lunettes sur ses nouvelles oreilles. Avant que le moteur ne soit demandé, Damien livre ses dernières  recommandations à Vera : « Joue bien l’anticipation devant la fenêtre ». Idem à Carlo, à l’extérieur de la maison (c’est la première assistante réa., Valérie Houdart, qui lui transmet l’info par talkie-walkie) : « Il faut que Carlo se rapproche encore plus de la fenêtre. C’est plus rigolo s'il se hisse sur la pointe des pieds. » Concentration, silence : ça tourne. Vera chausse finalement ses lunettes complètement de travers, ce qui déclenche des petits rires très discrets du côté du combo, installé cette fois dans le couloir. Damien : « Coupez, elle était bonne, celle-là. Très bonne.» Vera enlève rapidement sa cagoule-bouillotte et se renseigne : « Ça allait, malgré le fait que les lunettes n’étaient pas bien mises ? Un technicien lui rétorque, en un clin d’oeil : « ça, c’est un casse-tête chinois ! ». Damien enchaîne : « Ah, un Poulet-Poulet visuel ! »

Pendant qu’on change l'axe de la caméra pour travailler avec Carlo, Vera se renseigne auprès de la deuxième assistante réa. : « On peut voir quelque chose sur le combo ? Pour une fois que je me vois juste après une scène! Oh, quel beau facteur ! ». Devant l’image des lunettes de travers, elle éclate de rire : « Ah, c’est génial, c’est comique à mort ! Ah ben, merci, c’est chouette. Comme ça, j’ai une idée de ce que j’ai fait. »

 

En attendant d’y retourner, Carlo blague dehors avec Louis-Philippe Capelle, le directeur photo. Le premier : « Tu vois, c’est pour ça qu’on aime bien les comédiens italiens : c’est parce qu’ils sont mieux cadrables. » Le second : « Ah, c’est pas parce qu’ils sont petits ?! »
Pour la séquence suivante, il faut revenir dans la pièce initiale, la chambre à coucher. L’assistante réa. s’exclame : « Ah, c’est là que Jan s’est endormi ! » et Vera en rajoute : « Il est dans le lit nuptial ? Je vais le réveiller, alors ! Djù ! »
On s’éclipse pour ne pas voir ça. Dans l’enceinte, la propriétaire de la ferme, en tenue bleue de travail, pousse une brouette remplie de foin en regardant de loin l’équipe s’activer. Tout va bien : elle ne trouble pas l’image. À la différence de certaines petites journalistes parties piquer discrètement des bonbons dans le coin bûches et grillées par un « plus personne dans le champ »!


Note 1 : Toute ressemblance…ne saurait être que purement fortuite !

Note 2 : Retrouvez également l'interview de Damien et celle de ses comédiens Vera, Jan et Carlo sur Cinergie.

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