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Novembre 2017

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La Part sauvage de Guérin Van de Vorst

La liberté a ceci de difficile : elle est une énorme responsabilité pour celui qui la possède, ou croit la posséder. Dans son premier long-métrage, Guérin Van de Vorst nous fait le portrait nuancé et complexe d’un homme qui, au sortir de prison, peine à gérer son autonomie nouvellement acquise, tiraillé qu'il est par ses désirs, ses pires impulsions et les dangereuses promesses de sa religion.

Lorsque Ben (Vincent Rotiers) sort de prison, il n’est pas complètement dépourvu de moyens  : il a un appartement meublé, il peut encore compter sur certaines connaissances, et quelques anciens amis. L’un d’entre eux lui procure d’ailleurs un travail, et accepte même de lui faire quelques avances sur salaire. Il a aussi un fils de dix ans, qu’à son grand désespoir son ex-femme refuse de le laisser voir, et qu’il essaie d’amadouer par des cadeaux onéreux. À l’observer, personne ne qualifierait sa situation d’idéale, mais tout ne semble pas complètement perdu pour ce repris de justice  : les vides qui parsèment sa vie nécessitent simplement d’être remplis. Et pour ce faire, il lui suffirait de rentrer dans le «  droit chemin  ».

Malheureusement pour lui, la meilleure route à prendre est très incertaine, et les voies qu’il emprunte s’avèrent... malavisées. Le film est ainsi en grande partie consacré à la relation qu’il entretient avec la religion, et plus particulièrement avec un prédicateur islamiste. Sûr de lui et convaincant, ce dernier apporte un sens à la vie de Ben  : les différents rituels donnent un rythme à ses journées (Van de Vorst est particulièrement soucieux de décomposer leurs gestes et de souligner leur répétition), l’entourage de ses nouveaux amis de prière comble quelque peu son vide affectif, et les objectifs du groupe lui donnent une direction précise. Des éléments positifs à ses yeux donc, mais il sera sans doute clair pour le spectateur que ce cadre est tout sauf salvateur  : c’est une inexorable plongée dans le radicalisme auquel le film nous fait assister, celle d’un homme vulnérable et à la recherche de repères.

Si ce rapport à la religion constitue un des sujets majeurs du long-métrage — et la raison pour laquelle il fera probablement parler de lui —, Guérin Van de Vorst est attentif à ne pas limiter son film à cet aspect. Ben est un personnage que l’on pourrait plutôt définir par son impulsivité et son irréflexion. Ses efforts pour se racheter et se réintroduire dans la société sont sincères, tout comme ceux de se rapprocher de son fils, mais replonger dans la criminalité et les mauvais coups semble presque une seconde nature pour lui. C’est la part sauvage à laquelle le titre du film fait référence, cette tendance à l’autodestruction qui abîme si facilement sa vie. Enfantin dans nombre de ses actes (ses achats compulsifs par exemple), dangereusement adulte à d’autres occasions (sa violence et son machisme), il se montre capable du meilleur comme du pire. C’est un homme dont la rédemption ou la déchéance se joue à chaque instant, et le film fait de son salut l’enjeu principal du récit.

Un tel personnage n’est évidemment pas facile à aimer. L’excellente performance de Vincent Rotiers (qu’on a notamment pu voir dans Le monde nous appartient et Dheepan) est à cet égard particulièrement intéressante, dans le sens où elle n’a pas pour objectif de nous rendre Ben sympathique, mais simplement humain, avec tout ce que cela implique de failles et de vulnérabilités. Rotiers parvient à faire remarquablement bien transparaître les états d’âmes de cet homme taiseux et colérique : son bouillonnement intérieur se lit dans son regard, ses lèvres pincées, et ses gestes vifs. Il est prêt à bondir, dans un mouvement inattendu de bonté ou d’agressivité.

Il y a indéniablement un certain jugement dans la façon dont le long-métrage approche le personnage  : le récit est construit pour mettre en avant l’erreur des choix du protagoniste, sans pour autant lui donner l’opportunité d’en prendre vraiment conscience, ce qui est assez regrettable. Fort heureusement, La Part sauvage ne se place pas uniquement dans une position de jugement moral  : c’est un film qui reste à hauteur d’homme. La caméra à l’épaule, Van der Vorst suit inlassablement son personnage dans sa quête d’une meilleure vie, et nous livre ainsi un portrait fort  : celui d’une personne «  libre  », mais prisonnière de ses impulsions et de ses failles.

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