Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/05/2006
Mots-clés : court métrage,
 

Le Court métrage - Nathalie Meyer (La Big Family)

Nathalie Meyer a lancé La Big Family, une maison d’accueil de courts métrages belges francophones et néerlandophones en 2002. Pour distribuer et faire connaître ces réalisations en Belgique et à l’étranger, elle croit en trois mots : festivals, télévisions et DVD. Après 4 ans d’activité, son catalogue compte 150 titres.

C : Quelle est  l’histoire de La Big Family ?

N.M. : L’idée, c’était de créer une structure d’accueil pour les courts. Dans un long métrage, il y a des agents de vente ou des gens qui assurent la promotion. Pour le court, ça n’existait pas. On s’était rendu compte que les courts métrages étaient vus lors des premières par les gens de l’équipe, les copains et un peu de public. C’était plus une visibilité technique que professionnelle. Le public belge n’accédait pas vraiment aux courts et l’autre souci était de savoir comment exporter le court métrage belge à l’étranger. Au départ, j’avais cinq films et six mois après, vingt. Et maintenant, quatre ans après, on en a cent cinquante : ça a pris. (…) J’ai appelé cette structure ainsi parce que j’étais toute seule. Maintenant, ça n’a plus le même sens, parce que La Big Family, c’est 150 films aussi. Ça n’a plus le même humour, mais ça reste quand même quelque chose d’artisanal. On n’est pas dans l’industrie non plus : il doit y avoir 400-500 courts métrages qui sont produits chaque année dans toute la Belgique mais on ne les accueille pas tous. L’idée, c’est que les films qui arrivent ici soient défendus. Ce n’est pas juste remplir une fiche d’inscription mais c’est aussi soutenir un film, un réalisateur.

C : Te rallies-tu à l’idée usuelle selon laquelle le court est un passage obligé, une transition avant le long, une niche dans la création ?

N.M. : Ça, je pense que ça restera toujours. Je ne pense pas qu’il existe un producteur qui rencontre un réalisateur et qui part sur un long tout de suite. C’est rare ou alors, ça se fait de manière très intime. Même au niveau des institutions, on demandera de faire ses preuves avec un court. Malheureusement, ça reste aussi une carte de visite, un exercice, mais je pense que depuis deux ans maintenant, avec tous les nouveaux supports qui sont arrivés sur le marché comme la Vidéo à la demande, le DVD, le téléphone mobile, on arrive à du vrai court métrage. (…) Après, je ne sais pas comment c’est arrivé, mais j’ai senti à La Big Family que depuis un an et demi, deux ans, il y a un vrai intérêt pour le court. Par exemple, le festival du court de Bruxelles a doublé chaque année de spectateurs. C’est dingue ! Moi, je suis vraiment contente parce que je me dis qu'il y a un public.

C : Pour maximiser les potentialités de diffusion des films, les festivals demeurent des plate-formes incontournables. Peux-tu me décrire l’action que tu y mènes et l’accueil que tu y trouves?

N.M. : On en a choisi une cinquantaine : ce sont de très gros festivals où il y a un réel potentiel pour le réalisateur et pour nous aussi puisqu’ils sont couplés à des marchés. Dans ces marchés, il y a des acheteurs, d’autres directeurs de festivals, des éditeurs DVD, des gens qui ont des sorties salles,… Donc, on peut vraiment faire un travail de fond sur le film qui est sélectionné et pour les autres aussi puisque le premier va servir de locomotive à ceux du catalogue. (…) En fait, un film a une durée de vie de deux ans pour participer aux compétitions dans les festivals. Cette année, on a des très bonnes sélections et des cartes blanches dans les festivals. Si par exemple, on est invité par un festival aux États-Unis, on essaye de faire une programmation de films qui n’ont pas encore été vus là-bas pour les lancer, sans passer par un festival en compétition. Donc, ils ont une visibilité dans une programmation et on invite les gens à venir découvrir ces films. (…) Je vais te dire : le court métrage belge s’exporte à l’étranger et est super bien reconnu.

C : L’essor du DVD a offert un nouveau support de diffusion à ces films. Avant, le court était apparenté à un bonus, mais c’était le long qui était mis en perspective. Désormais, des DVD exclusivement dédiés aux courts sont apparus avec des suppléments dont la longueur dépasse parfois celle du film.

N.M. : Oui, c’est nouveau. C’est assez audacieux d’ailleurs, parce que sortir un produit DVD en court métrage a le même coût qu’un long métrage. Le problème, c’est que les gens ne savent pas qu’il y a du court car il n’y a pas trop de cases télé et que les diffusions passent super tard le soir. Le public doit savoir ce que c’est qu’un court métrage avant de pouvoir acheter un DVD de courts. Il lui faut une initiation, je pense. (…) L’idée de Flatlife et d’Alice et moi, c’est d’avoir mis le court en évidence avec des bonus permettant de découvrir les réalisateurs : qui se cache derrière ces deux films qui ont eu beaucoup de succès ? Par la suite, j’ai envie de sortir la plupart des films qu’on a en édition DVD, d’en faire une collection La Big Family.

C : Quels sont tes rapports avec les télés ?

N.M. : Bizarrement, il y a un intérêt plus grand pour ce format mais certaines télés ont des cases bouche-trous, c’est-à-dire que quand il y a un petit interlude de 10 minutes, hop, on cale un court. Par exemple, sur la Une, c’est ce système, et sur la Deux, il y a une vraie case de courts métrages. Alors, la difficulté, c’est de dire : ça, c’est un court qui peut passer sur la Une et ça, c’est un film qui est un peu plus auteur, plus fragile ou plus engagé qui pourrait passer sur la Deux. Le problème, c’est qu’il y a un achat pour les deux chaînes donc, ça va être un certain type de films et souvent, dans les télés, le format idéal, c’est 10 minutes, une blague et une bonne chute. Après, pour le cinéma d’auteur, on entre dans des cases comme celles de France 3, France 2 et ARTE. Mais les deux premières sont des chaînes publiques qui doivent soutenir les productions françaises et qui achètent ainsi 95% de films français; français mais pas francophones. Nous, on a de la chance, parce qu’on parle français et qu’on peut caser les films francophones dans ces chaînes. (…) Parallèlement, on est arrivé à exporter les films néerlandophones en France. Ils étaient hallucinés parce qu’ils pensaient que la Flandre, ça faisait partie de la Hollande ! Ben non, c’est du belge !

 

 

 

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