Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2002
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Les enfants de l'amour de Geoffrey Enthoven

Amour, vous avez dit amour ? Parfois, on a plutôt l'impression que les enfants naissent dans les choux. Mais où est donc passé l'amour ? Est-il si fragile qu'il peut si vite s'envoler ? Et la souffrance remplace-t-elle dès lors l'amour ? Souffrance de ne pouvoir expliquer ce qui arrive. De ne pouvoir partager avec l'autre ses sentiments ? Souffrance de voir les enfants être les victimes innocentes des décisions d'adultes ? Des adultes qui ont des difficultés à gérer leur vie et qui donc ne sont pas toujours attentifs à celle de leurs enfants ?
C'est ce que nous montre Geoffrey Enthoven dans le très réaliste et très émouvant film les Enfants de l'amour. Il nous raconte l'histoire, le temps d'un week-end, de Nathalie et de ses enfants Michaël, Winnie et Aurélie, douze, neuf et cinq ans, qui partent chez leur papa respectif.

Jaquette les enfants de l'amourWinnie et Michaël vont chez Olivier, le premier mari de Nathalie, et Aurélie chez Renaud, le second. Quant à la maman, elle s'apprête à passer un week-end en célibataire avec ses copines. Durant ce week-end, les membres de la famille vont être interviewés pour les besoins d'un reportage sur les enfants de divorcés. Tout au long du film, le réalisateur réussit à donner la parole à tous les protagonistes concernés. Il nous fait ressentir l'amour qu'ils essaient de donner tant bien que mal. Mais surtout toute la souffrance qu'ils ne peuvent malheureusement pas toujours partager. Si ce n'est avec des personnes extérieures, comme un psychologue (que la petite Winnie rencontre) ou à des journalistes (lors du reportage). Alors, ils peuvent enfin se libérer. Tous ont raison, personne n'a tort. Si ce n'est peut être les parents qui sont trop immergés dans leurs propres difficultés pour encore faire attention aux besoins de leurs enfants et être à l'écoute de leurs souffrances.
« Est-ce que je peux pour une fois dormir avec toi ? ». Telle est la question que Winnie lance à sa mère comme un cri de douleur, un appel à l'amour. Un besoin d'amour partagé entre ses parents qui ne forment plus un ensemble. Mais les mots d'amour échangés, tous les gestes d'affections donnés ne sont pas assez forts pour soulager cette douleur. Car l'incompréhension est là.
On ne peut rester insensible aux enfants qui interprètent - à merveille (et spécialement Winnie) la difficulté de gérer une situation qu'ils n'ont pas voulue. Et où les enfants doivent parfois jouer aux adultes comme lorsque Michaël s'occupe de ses soeurs en l'absence de leur mère. Situations souvent absurdes, que le réalisateur réussit à nous montrer, comme par exemple l'échange d'Aurélie qui se fait sur une aire de parking, la voiture de chaque parent à l'opposé l'une de l'autre, et au cours duquel un regard n'est même pas échangé ; Ou encore quand les enfants sont chargés par leur mère de demander pourquoi le père veut diminuer la pension alimentaire. Comme Olivier le dit aux journalistes, ce sont les enfants qui souffrent de la situation. Mais les adultes ne font peut être pas grand-chose pour leur épargner cette souffrance.
Le réalisateur a choisi le style du documentaire pour nous parler d'un sujet délicat et pourtant si ancré dans la réalité : la séparation des familles. La caméra à l'épaule intensifie la réalité des propos et des situations vécues. Tout est gris, les maisons ont l'air pauvre, il pleut, ce qui souligne encore la tristesse du propos. Geoffrey Enthoven réussit à nous émouvoir parce qu'il filme avec justesse et pudeur la souffrance des enfants et de leurs parents.
C'est un film à voir, en famille de préférence, recomposée ou unie, pour mieux comprendre ce que vivent les enfants de divorcés. Et peut être pour que ceux qui sont concernés par le sujet puissent prendre du recul face à leur réalité.
Ajoutons, parce que c'est peu banal, que Geoffrey Enthoven (d'origine anversoise) a réalisé les Enfants de l'amour en français après avoir fait De Aansprecker (un film ayant obtenu le prix du meilleur court métrage au Festival de Bruxelles). La langue est un obstacle que le réalisateur a eu l'intelligence de considérer comme un défi. Pari réussi.

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