Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Les Lions de Jean-Frédéric de Hasque

Pour son cinquième film, Jean-Frédéric de Hasque retrouve le Bénin où il avait déjà tourné Trois petites maisons en 2007 et explore le fonctionnement et les enjeux des Lions Clubs de ce pays. Organisation philanthropique la plus importante du monde, Les Lions Club sont présents sur le continent africain depuis les années 50. Le Lions Clubs béninois s'apprête à recevoir la visite d’un haut responsable qui vient contrôler le bon fonctionnement des 30 clubs du pays. Le cinéaste accompagnera, tout le long du film, cet important dirigeant surnommé « le Gouverneur » lors de ses trajets et au coeur des réunions qu'il dirige.

 

Les lionsLa voiture de ce personnage étonnant devient moyen de transport, lieu de réunion et surtout habitacle d'observation d'un pays marqué par la pauvreté. Derrière les vitres, nous verrons des paysages désolés, beaucoup de mendicité et à l'instar de cet homme, nous n'irons jamais à la rencontre des populations. Car ce portrait est aussi celui d'une élite africaine prête aujourd'hui à prendre des responsabilités et des places de pouvoir. Cette élite, essentiellement masculine, composée d'hommes d'affaires, de professeurs d'université, de médecins ou encore d'avocats, traverse le pays avec aisance, l'observe avec distance et souvent, avec un mépris assez paradoxal. En effet, sous couvert de rendre service à leur prochain et de récolter des fonds pour des œuvres caritatives, les membres du Lions Club béninois ne semblent jamais réellement en empathie avec les causes qu'ils défendent, ces dernières étant souvent un prétexte pour se glorifier. Ce club prestigieux constitue avant tout un réseau professionnel et politique par lequel ils peuvent s'appuyer les uns sur les autres et augmenter ainsi leurs sphère d'influence. Aujourd'hui, ce Lions Club est constitué de 1300 membres au Bénin et l’effectif ne cesse de grandir dans ce pays-modèle de la branche africaine de l’organisation. L’expansion et l’accroissement de l’effectif dévoile une facette inédite des « riches Africains » qui désirent être trente mille membres dans les prochaines années pour pouvoir « décider eux-mêmes », et ainsi ne plus dépendre du siège américain.
Jean-Frédéric de Hasque a réalisé ce film en même temps qu’il a mené une thèse en anthropologie sur le sujet, s'attelant également à montrer l'importante ritualisation qui imprègne le fonctionnement de l'association. Le montage rythme ce fonctionnement, alternant les voyages d'un club à l'autre, les réunions, les rencontres avec les leaders locaux et où chaque fois « le Gouverneur » contrôle les présences, la bonne tenue du carnet de comptes et des cotisations. Ce principe de montage donne une très grande force à ces gestes réalisés immuablement et dont les codes précis (tenue vestimentaire, hiérarchie entre les membres, l'hymne chanté comme une prière) lient les membres entre eux et forgent leur identité collective. Le film montre enfin leur volonté de dépasser l'image d'une Afrique à la traîne, et de professionnaliser leur mission caritative afin d'asseoir leur statut de nouvelle bourgeoisie.

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