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Passage du cinéma, 4992 d'Annick Bouleau

Passage du cinéma 4992 d'Annick Bouleau

« Il est vrai que vous autres Français êtes si bons médecins de l'ennui que vous arriverez peut-être même à faire parler des gens immobiles pendant une heure dans un boudoir, sans que ça nous rase... » Cette citation de Charles Chaplin date de 1930 et constitue le 882e fragment d'un pavé à la sobriété remarquable qui en compte 4992. Projet colossal et un peu dingue, Passage du cinéma 4992 devrait facilement se trouver une place dans les bibliothèques des cinéphiles.
Début des années 90. Annick Bouleau est chargée de cours de cinéma à l'université Lumière-Lyon 2. Pour étayer ses interventions, elle rassemble des fragments d'entretiens piochés dans les revues. Un petit jeu qui va durer dix-neuf ans et l'emmener dans les archives de la Bibliothèque nationale de France afin de couvrir la période 1895-2000. Annick Bouleau recueille ainsi des milliers de fragments numérotés au fur et à mesure de ses découvertes. Puis, vient le temps du montage, des coupes et de l'ordonnance de ces extraits vus comme des plans et rassemblés sous 542 intitulés tels que "apparence", "éclairer", "gros plan" ou "virtuel".

L'un des grands intérêts du livre réside dans la diversité des paroles proposées. L'ensemble de la filière cinématographique est convié de façon égalitaire, les propos d'un exploitant côtoient ceux d'un cinéaste, d'un preneur de son ou d'une productrice. De même, les personnalités les plus célèbres répondent aux gens de l'ombre. Seule la pertinence de leurs déclarations comptaitpour Annick Bouleau. Le rythme impulsé par l'auteur est à défaire par le lecteur à coups de flash-backs et de flash-forwards littéraires, au grès des envies et de sa curiosité.
Cet ouvrage unique et passionnant offre une autre manière de penser le cinéma avec celles et ceux qui l'ont vécu et de remettre en perspective certaines des thématiques contemporaines mais pas nécessairement récentes. Ainsi du fragment 568 concernant la co-production : « Les co-productions avec l'étranger sont évidemment fort intéressantes en principe, mais elles doivent être strictement réglementées. Pour l'Italie, nos accords ont réglé la question. Reste donc le cas de l'Angleterre et des Etats-Unis. Mais pour ces pays, on a le droit de se demander si les films qu'ils viennent faire chez nous sont bien des co-productions, ou si ce ne sont pas plutôt des productions étrangères entreprises en France parce que le prix de revient est moins élevé. Si c'était cela, nous assisterions à un véritable dumping dont nous serions victimes sur tous les marchés, y compris le nôtre. Pour cette raison, je suis d'avis que les co-productions doivent rester des exceptions et que la profession devrait avoir à connaître chaque cas particulier qui se pose... C'est une affaire de défense intérieure du film français, qui doit primer sur tous les intérêts particuliers. » Une déclaration de Pierre Frogerais, Président du syndicat français des producteurs de films en... septembre 1949.


Passage du cinéma, 4992 d'Annick Bouleau. Ansedonia Editions. 2013. 992 p. 35 euros.
Le livre n'ayant pas trouvé d'éditeur, Annick Bouleau a créé sa propre maison d'édition. Vous pouvez vous procurer le livre via le site www.ouvrirlecinema.org ou dans les librairies suivantes : Filigranes, Ptyx et Tropismes à Bruxelles, Pax à Liège.

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