Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2007

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11/12/2007
 

Paul Meyer et la mémoire aux alouettes de Jean-Claude Riga

Un hommage   
 

  Paul Meyer n’est plus. Il a cassé sa pipe, il est mort, il n’est plus là. Plus là pour nous faire partager avec ce regard lucide et chargé d‘émotion, cette leçon de vie qu’est la condition ouvrière quand elle pense ses luttes à partir de son quotidien, quand elle invente des mondes à partir de la beauté de ses rêves.
Un grand cinéaste nous a quitté et, comme pour déjouer le lourd travail de la mort, nous reste la permanence de son œuvre, la force d‘une parole essentielle dont la vérité est inscrite dans cette nécessité de révolutionner nos vies.

Pourtant, insister sur cette banalité que les films survivent à leur créateur n’est en rien innocent. Tout un pan du combat de Paul Meyerse trouve ainsi mis en évidence. Cette volonté de transmettre, de faire mémoire, de tisser des lignes de force entre générations autour de cette idée fondamentale et que Meyer résumait si bien : « Si tous les pauvres avaient leur mémoire et si cette mémoire était transmise de parents à enfants, il n’y aurait plus de pauvres ».

Quelques mois avant sa disparition, Jean-Claude Riga réalisait Paul Meyer et la mémoire aux alouettes, film documentaire centré sur l’homme Paul Meyer, portrait complice construit en empathie à partir de ses mots, à partir de ses souvenirs, un hommage.

Le moment n’est pas opportun pour livrer ici la critique d’un film. La seule présence de Paul Meyer en fait déjà un document important pour qui veut comprendre et la force du cinéma et l’enjeu d’une époque, cette seconde moitié du vingtième siècle qui n’a pas fini de nous interroger. La qualité première de cette Mémoire aux alouettes tient dans cet aller-retour que fait Paul Meyer en jouant de ses films entre ce borinage qui a vécu mais reste lourd d’un témoignage capital et ces instants derniers où il fait le point sur tout son parcours. 

paul meyer deja s'envole la fleur maigreAinsi, nous le suivons en Italie où il lègue son film Déjà s’envole la fleur maigre à une association qui garde vive cette mémoire des mineurs italiens venus dans les années cinquante travailler en Belgique. Nous le retrouvons lors d’une séance d’hommage à la Cinémathèque Royale de Belgique  où s‘exprime avec beaucoup de sensibilité sa passion de filmer. Moments rares qui, à rebours, font l’effet d’une parole testamentaire, d’un legs entre désir et réflexion, entre envie d’aller jusqu’au bout de cette question de l’immigration, de l’identité, de l’enracinement et pensée de ce qui nous fonde comme collectivité. 

Mais ce qui est sans doute le plus touchant, ce qui nous rend Paul Meyer si proche, si humainement proche et le film de Jean Claude Riga réussit cela, c’est cette étonnante modestie qu‘il a, cette manière d’être de nous, d’être notre prochain sans artifice ni affectation, de nous parler d’égal à égal, dans ce mouvement de rapprochement qui donne envie de ne plus le quitter.

Et nous savons en gardant en nous ce souvenir terrible de Klienkaart, en retrouvant cette spontanéité de Déjà s’envole la fleur maigre, en parcourant la Mémoire aux alouettes, que Paul Meyer ne nous quittera pas, qu’il restera une part de nous, que cela est bien et que cela sera toujours nécessaire comme nous est indispensable la mémoire de nos révoltes et de nos coups de cœur.

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