Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : distribution, livre, histoire,
 

Progrès films. Un demi-siècle de distribution cinématographique en Belgique

Didier Geluck est une personnalité inoubliable du cinéma d’art et d’essai des années 60 et 70 en Belgique, actif dans le réseau des ciné-clubs à Bruxelles et en Wallonie, le RACC. Il possédait un véritable talent de découvreur. Militant communiste et intellectuel lucide, il sut désobéir et imposer ses choix. Son fils, Philippe Geluck, créateur du Chat, a hérité de son humour. 

Progrès films. Un demi-siècle de distribution cinématographique en BelgiqueLe livre de Morgan Di Salva était au départ une étude universitaire sur la distribution des films en Belgique. Il en conserve le caractère scientifique et quelque peu académique dans le traitement des archives qui permettent de retracer l’histoire de Progrès Films, de sa naissance à sa disparition. Didier Geluck dirigea la maison de distribution de 1955 à 1984. Les témoignages de ses collaboratrices (Gabrielle Claes et Grace Winter) confèrent à l’ouvrage son caractère vivant.

Créé par le parti communiste de Belgique dans les années 50 pour diffuser les films soviétiques, Progrès Films dépendait au départ de l’organisme unique de l’exportation de ceux-ci, Sovexport. C’était l’époque de Quand passent les cigognes de Mikhail Kalatozov (Palme d’or au Festival de Cannes en 1957).

Didier Geluck obtint de son fournisseur étatique de porter à son catalogue les films en langue originale de certaines républiques – la Géorgie, l’Ukraine et l’Ouzbékistan – qui faisaient alors partie de l’Union soviétique.

Il distribue les premiers films d’Otar Ioseliani et de Tengiz Abuladze, Les chevaux de feu de Sergej Paradjanov. Ces réalisateurs usaient d’une liberté de ton et d’un anticonformisme qui détonaient dans le contexte soviétique. La production des pays satellites de l’URSS avait très tôt suscité son intérêt. On lui doit la découverte des premiers films des cinéastes des Nouvelles vagues de l’Est, tchèque, polonaise et hongroise : Milos Forman, Jan Nemec, Véra Chytilova, Polanski et Miklos Jancso.

Certains d’entre eux étaient censurés dans leurs pays, réduits au silence ou à l’exil. À l’Ouest, ils ne rencontraient encore qu’un succès d’estime. Ces choix audacieux sont couronnés par la distribution en Belgique du chef-d’œuvre d’Andrei Tarkovsky Andrej Roublev. Le film fit sensation à Cannes en 1969, mais ne fut montré sur les écrans soviétiques que cinq ans plus tard.

En ce qui concerne le cinéma belge des années 70 et 80, Didier Geluck fut le premier à inscrire au catalogue de Progrès Films Jeanne Dielman de Chantal Akerman (1974) et Le fils d’Amr est mort (1975) de Jean-Jacques Andrien… et cela à une époque où la reconnaissance de ces cinéastes était loin d’être acquise auprès du public.

Didier Geluck révéla enfin au public de jeunes auteurs européens comme Marco Ferreri, Bernardo Bertolucci ou Rainer Werner Fassbinder, avant que d’autres distributeurs, mieux nantis, ne recueillent les fruits de ses découvertes. C’est à ce moment, qu’en 1984, qu’il prend sa retraite.

Grace Winter lui succède alors et poursuit sa politique de cinéma d’art et d’essai.

Le livre de Morgan di Salvia constitue, espèrons-le, un premier pas vers une reconnaissance publique plus large du rôle de précurseur joué par Didier Geluck dans le développement d’un cinéma d’art et d’essai en Belgique. Le mérite en revient à son éditeur militant, les Editions du Cerisier. 

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