Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2001
Mots-clés : rencontre,
 

Radio Images Cinéma

"Il n'y a pas de vieux films. Il suffit de les projeter pour qu'ils soient vivants."
Depuis 1989, une émission de radio emmène chaque samedi matin de 8h30 à 10h un nombre non négligeable d'auditeurs pour un drôle de voyage dans le monde du cinéma. Radio Images cinéma est une émission du Centre de production de Liège, la magie de la radio s'y déploie dans toute sa splendeur alliée à celle du cinéma qui, amputé de ses images, en tire une force d'évocation parfois troublante. Nous avons assisté à l'enregistrement des séquences enregistrées de l'émission en direct du lendemain matin (en l'occurrence le samedi 2 décembre) pour un reportage et une rencontre avec Léon Michaux, Jean-François Dupont et L'indispensable Monsieur Jean-Pierre.

Le Printemps de la radio
En mars 89, une réforme de la radio est lancée par la RTBF sous le nom de Printemps de la radio. Léon Michaux est appelé à participer à cette opération de rafraîchissement des ondes. "On m'a proposé de réaliser une émission de radio d'une demi-heure sur le cinéma. Mon projet était de faire d'une part une vraie critique de cinéma mais aussi de concevoir l'émission de façon sonore et dynamique, comme un scénario. A cette époque Patrick Leboutte m'accompagnait dans cette aventure, il s'occupait d'abord de la critique de film, puis d'une chronique qui s'intitulait "Encore 5'' de perdues avec Patrick Leboutte".
L'émission en question a récolté un succès considérable, tant au sein de la maison qu'à l'extérieur, et qui a surpris tout le monde. En clair elle faisait de l'audimat, et de manière assez surprenante par rapport à la moyenne de la Première! L'émission a donc évolué, on y a ajouté une deuxième partie, plus magazine, moins liée à l'actualité, comprenant des séquences réunies en série. Il y eu ainsi une série sur la musique de films, sur la nouvelle vague, ou encore, pendant des semaines entières, une série qui s'intitulait Cinéma Paradiso. "Il s'agissait d'une séance de cinéma fictive construite autour d'une année entre 1946 et 1990.
Par exemple pour l'année 1960 on passait des actualités de l'époque, le grand film dont on faisait la critique, l'entracte, etc. Une manière pour nous de dire qu'il n'y a pas de vieux films, qu'il suffit de projeter un film pour qu'il soit vivant et que donc on pouvait en faire la critique exactement comme s'il sortait aujourd'hui." Radio Images cinéma propose chaque semaine un programme immuable avec le billet de L'indispensable Monsieur Jean-Pierre, chroniqueur mondain, dont les fans réclament les textes de ses chroniques. Il y a les cinés récits, des "feuilletons" de plusieurs semaines centrés sur des invités qui parlent, hors promo, des métiers du cinéma. Citons seulement parmi les dizaines d'invités, Gabriel Yared, Marcel Ophuls, Benoît Poelvoorde, Henri Colpi, Jean-Pierre Duret (ingénieur du son de Chabrol, Dardenne, Zulavski,) Micheline Presle, Jaco Van Dormael, Sophie Tatischeff (la fille de Jacques Tati), Richard Berry, Yves Robert et beaucoup d'autres. 
Le cinéma belge occupe d'ailleurs une place qui n'a cessé de croître au sein de l'émission. "Les films belges sont considérés pour nous comme des films comme les autres même s'il est vrai que l'émission a un peu suivi le foisonnement du cinéma en communauté française ces dernières années. J'ai fait partie de la commission de sélection du film, Jean-louis aussi, ce qui m'a permis de voir énormément de courts métrages, de scénarios de films qui allaient se faire, etc. Je me suis intéressé à tout ce qui concernait le cinéma belge en communauté française et l'émission accorde une place aujourd'hui beaucoup plus importante au cinéma belge. Nous avons par exemple été les premiers à interviewer les auteurs de C'est arrivé près de chez vous à Cannes. L'émission a gagné en crédibilité, en reconnaissance en tout cas, dans les milieux du cinéma."
La séquence sur le film de la semaine est une critique faite d'extraits de dialogues et de musiques du film. "Pour choisir ce film, le critère primordial est l'accessibilité. Nous ne voulons pas tomber dans un élitisme pointu et parler de films qui ne passent que dans une salle dans toute la Belgique. Cette réserve est valable uniquement pour le film de la semaine, pas pour l'actualité du cinéma évidemment. Les films de la semaine sont donc des films qui méritent d'être découverts ou alors, comme c'est le cas aujourd'hui (Dinosaures), de films que de toutes façons tout le monde ira voir quoi qu'on en dise." Le ton de l'émission est celui de la critique de cinéma, parfois insolente, qui ne se contente pas d'une énumération de "produits" disponibles sur le marché, de bandes annonces plus ou moins détaillées mais qui raconte les films, de manière sensible et intelligente. Ni intellectualiste, ni populiste, cette émission donne tout simplement envie d'aller au cinéma. "On s'est rendu compte qu'on faisait de l'audimat, que par rapport à La Première, c'était beaucoup plus que les autres émissions. Mais on n'a aucun instrument pour savoir qui nous écoute. Les gens de cinéma nous suivent mais en dehors de cela nous n'avons aucune idée de qui sont nos auditeurs. Nous recevons beaucoup de courrier, des lettres de Flandres même."

Naufragés du Titanic
Le samedi matin est un peu une lucarne particulière dans la grille de la première, puisque après Radio-Image-Cinéma, c'est La Quatrième dimension, émission de documentaires sonores de création, elle aussi unique en son genre, qui enchaîne. Deux émissions qui continuent à travailler sur le montage, à avoir une démarche de recherche sonore, et qui toutes les deux sont produites à la RTBF Liège. "Nous ne sommes pas des pionniers de la radio, nous sommes des dinosaures! C'est un peu une survivance d'une époque où ça se faisait beaucoup plus fréquemment, comme Radio Titanic, déjà produit par le centre de production de Liège. Nous avons survécu (au naufrage!) parce que le samedi matin a une bonne audience, mais le danger c'est que ces émissions ne deviennent les vitrines de ce qui se fait en création radiophonique à la RTBF et que les autres émissions n'aient pas les moyens de travailler sur cette voie."
Entendre du cinéma à la radio, permet de le découvrir tout à fait différemment et lui donne une dimension particulière."Ce qui me marque souvent" dit Jean-Louis Dupont, "c'est qu'il nous arrive de présenter des films qu'on n'aime pas tellement, d'en faire une critique parfois virulente et en en passant des extraits il y a quelque chose d'attrayant. A la limite il y a donc des films qu'il faudrait entendre et ne pas voir." Mais cette réflexion déborde un peu de son cadre, on pourrait en conclure aussi qu'il y a de la radio à faire avec des moyens identiques à ceux du cinéma! Je disais en début de texte que cette émission donne envie d'aller au cinéma, il faut ajouter qu'elle donne aussi envie d'écouter la radio. Sa conception renoue avec les feuilletons (les cinés-récits, etc..), le montage, la recherche sonore, qui se sont évanouis des ondes de la RTBF. Pour des raisons budgétaires puisque pour ce type d'émission il faut mobiliser des studios, des techniciens. Ici, l'équipe entière est importante, "Deux techniciens sont détachés sur cette émission, Pierre De Giovanni et Jean Caubergs, et c'est pour nous important de travailler avec les mêmes personnes, et surtout de travailler avec des personnes qui en ont envie." Ca coûte plus cher, évidemment, mais manifestement ça "rapporte", à voir l'audience fidèle du samedi matin à la RTBF. Rappelons que la RTBF vient de signer une convention sur la relance de la création sonore et radiophonique

Photos : JMV

Un portrait de Léon Michaux se trouve sur le site de Cinergie.be et les prochains invités des récits seront Dominique Païni, directeur de la cinémathèque française, Marie Trintignant et (pendant 7 semaines à partir de janvier 2001) Noël Godin. En guise d'apéritif:

Extrait du ciné-feuilleton qui passera pendant six semaines sur Radio-Images-Cinéma, tous les samedis de 8h30 à 10heures du mat. et est consacré à Noël Godin :
" Le plus positif des utopistes qui est au centre de mon anthologie est Charles Fourrier. Celui-ci compte plus que personne, il a écrit le plus beau livre qui existe : Le Nouveau monde amoureux. Il propose de re-imaginer le monde à partir de la réalisation des désirs de chacun. Que le monde soit une sorte d'orchestration de la réalisation des désirs de chacun à travers des chartes ludiques, jamais contraignantes. C'est étonnant, étonnamment applicable et ça ridiculise la plupart des révolutionnaires à la noix de coco, dogmatiques face à ce vrai appel à la réinvention méthodique du monde où tout ce qu'on ferait serait totalement exaltant. On pourrait s'en lasser, aussi il a prévu tout ça. Ce qu'il propose est d'une complexité, d'une subtilité inimaginable. Et c'est parfaitement applicable dans le monde d'aujourd'hui où l'on est armé technologiquement pour se débarrasser du travail. L'abolition de celui-ci n'est plus du tout une chimère. Lisez Charles Fourier, je rêve d'en faire un film. En fait le cinéma utopiste n'existe pas. On a tout fait au cinéma, sauf ça. C'est un genre qui est encore à inventer. Jan Bucquoy et Mocky, bien que proches, n'en font pas partie. Il y a eu, naturellement l'An 01 supervisé par Jacques Doillon et coordonné par Alain Resnais et Jean Rouch. C'est pas mal du tout mais un peu maladroit. Il y a une autre forme d'utopie dans Bof de Claude Faraldo qui est l'un des films préférés des belles canailles de toutes sortes. Parce que Faraldo propose d'en finir immédiatement avec toute les contraintes. Son héros est un livreur de lait qui n'en peut plus et décide de vivre ses rêves tout de suite. Ce qui se passe dans le film où il se met à voler et à forniquer d'une façon totalement réjouissante. C'est un film qui va beaucoup plus loin que le Bof de Claude Faraldo.

Cet article paraît dans le numéro 27 (Hiver 2000) de Répertoires, la revue de la SACD et de la SCAM.

Au sommaire on y trouvera :

Editos: Jean Louvet, Benoît Peeters, Frédéric Young

Droits d'auteur: Reprographie: les auteurs de la SACD et la Scam bientôt rémunérés
Politique culturelle: Quoi de neuf en Flandre?
Portrait: Radio-Images-Cinéma
Dossier:
Les auteurs jeunes publics: Introduction
Littérature jeunesse: Comme un retour à l'enfance
Littérature jeunesse: Il faut grandir
Littérature jeunesse: Entre Martine et Balzac

L'indispensable Cahier central
Pages professionnelles:
- Activités artistiques et chômage: une nouvelle réglementation
- Bourses d'écriture, de résidences, etc.

Théâtre Jeune Public: Tombé en écriture
Théâtre Jeune Public: Petit panorama du Théâtre jeune public
Télévision: On peut parler de tout aux enfants (rencontre avec Bla-Bla)

La Fête des Auteurs
Théâtre: L'adieu au XXè siècle
Littérature: Les auteurs sont-ils des bêtes à plumes
Scénario: Pour une fédération européenne des scénaristes!
Animation: De Anima 2000 à Anima 2001
Radio: Troisième festival de la création sonore et radiophonique
Brèves et agenda

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