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02/02/2010
 

Un moment de douceur d’Anne Deligne et Daniel De Valck

Quelques grammes de douceur dans un monde de brutes

Tarte au sucre ou mousse au chocolat ? Religieuse ou éclair au moka ? Devant la vitrine de la pâtisserie, les regards s’illuminent, les dents se mordent les lèvres, les jambes gigotent : choix délicat. Le verbe vouloir et pouvoir s’affrontent dans une lutte féroce. Les réalisateurs Anne Deligne et Daniel De Valck ont promené leur caméra sur les gourmands d’ici et d’ailleurs pour nous inviter à un Un moment de douceur. Quoi de mieux qu’une sucrerie pour délier les langues ?

Il y a quelques années, un article paru dans le très sérieux quotidien Le Monde, comparait le degré de toxicité du sucre à celui de la cocaïne et de l’héroïne. Jouant comme un véritable anxiolytique, le sucre calmerait en effet l’agressivité, et donnerait au cerveau une sensation de bonheur comparable à l’effet des drogues dites « dures ». Les gourmands seraient-ils, à ce titre, plus heureux que les autres ?

Un moment de douceurAnne Deligne et Daniel De Valck sont partis à la rencontre de pâtissiers et d’amateurs de douceurs de Gand à Vienne, de Vienne à Budapest, villes où les « Maisons de cafés » (Kaffeehaus) sont, depuis longtemps, de véritables institutions. Nous découvrons, en compagnie d’hommes et de femmes, ces lieux de rencontres sociales et culturelles où les discussions vont bon train, où les gâteaux et les regards complices s’échangent, où les journaux passent de mains en mains. La pâtisserie est alors prétexte à se raconter, à refaire le monde. Et si cette architecture sucrée révélait bien plus qu’elle n’en a l’air ?
Ici, de vieux amis d’enfance se retrouvent chaque semaine, là, un homme passe ses journées seul à dessiner sur des serviettes, là-bas encore des écrivains rêvent de changer les choses, celles du dehors, transformant le café en une sorte de patrie idéale.
Devant un schwarzer ou un capuccino, une sachertorte ou un petit-four, le temps semble s’arrêter, les souvenirs reviennent de manière presque involontaire. La pâtisserie comme révélateur des parts endormies de la mémoire, comme image complète des sensations de l’enfance, c’est évidemment un des thèmes les plus connus de La recherche du temps perdu symbolisé par la mythique madeleine. Et c’est bien ce temps que nous pensions avoir perdu que nous retrouvons ici avec délice.

À travers les rencontres et les textes littéraires qui ont décrit l’ambiance si particulière des cafés ou des salons de thé, Anne Deligne et Daniel De Valck, contre ce monde qui nous assène que « le temps, c’est de l’argent », nous invitent à une pause douceur où le temps est avant tout un art de vivre qui vaut bien que l’on s’y attarde.

Sarah Pialeprat
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