Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2002
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Victor Cordier de Mara Pigeon

 Cinéma brut
À l'instar du Fonds Myriam Garfunkel qui nous a permis de redécouvrir un petit chef-d'oeuvre de notre cinématographie, le Fellini d'André Delvaux, il est d'autres manifestations qui proposent d'aussi passionnantes découvertes. Ainsi la récente exposition de l'oeuvre de Victor Cordier, organisée par la galerie Art en marge à Bruxelles, s'accompagnait de la projection du film que Mara Pigeon lui a consacré en 1981, et dans lequel elle raconte la relation très particulière qui la liait à cet " artiste fou ". Animatrice au Club Antonin Artaud, un centre de jour pour malades mentaux, Mara y rencontre à la fin des années septante Victor, en pleine tentative de réinsertion sociale. Catalogué " débile, psychotique, éthylique " par le corps médical, Victor apparaît très vite " irrécupérable ". Mara prend alors conscience des limites de son approche thérapeutique et propose à Victor de dessiner ce qui lui passe par la tête. Et, surprise, la tête de Victor est pleine de couleurs et de motifs où éclate une joie de vivre étonnante.
Le film se construit autour de cette expérience, parcours de Victor, apparition de ses dessins mais aussi récit d'une rencontre, d'une amitié qui verra Mara puis Victor quitter le Club Antonin Artaud à la recherche de plus d'indépendance. Plus qu'un film d'art singulier, le Victor Cordier de Mara Pigeon est exceptionnel en cela qu'il nous fait partager la vérité de Victor en l'inscrivant dans cette relation où deux créateurs se rencontrent. Ici ni exorcisme de la folie, ni morale de la différence mais très simplement le risque assumé d'être ensemble. C'est parce que Mara veut son film comme un espace critique où elle refuse et la relation normative " patient-soignant " et l'objectivité documentaire du portrait d'artiste que sa démarche cinématographique rejoint le geste créateur de Victor. Cinéma radicalement subjectif, Victor Cordier est un " je " à deux voix qui s'appellent et se répondent, nous donnant à entendre un formidable chant de vie qui fait toujours, aujourd'hui comme hier, trembler les carcans à l'entour.

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