Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2000
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Algérie, des enfants parlent de Kamal Dehane

Algérie, des enfants parlent de Kamal DehaneAlgérie, des enfants parlent, réalisé par le cinéaste d'origine algérienne Kamal Dehane pourrait très bien s'inscrire dans une suite logique de son film Femmes d'Alger.
Parlant de la même période extrêmement pénible de l'Histoire contemporaine de son pays, déjà il prenait sa camera pour ajouter son regard et le point de vue d'une partie occultée de la société algérienne aux analyses des médias. Une ouverture autre que celle par trop réductrice ou manichéenne du discours habituel.
En laissant les enfants s'exprimer, Kamal Dehane se trouve dans une situation bien particulière, celle de donner la parole aux enfants qui vivent cette terrible guerre civile alors qu'a un âge semblable, en 1960, il était lui-même confronté à une autre guerre, celle de l'indépendance de l'Algérie face au colonialisme français. Comme l'indique son titre, le film offre à des enfants et des jeunes de s'exprimer par rapport aux images de massacres et de violence dont ils ont été les témoins précoces. Le réalisateur cadre au plus près, comme s'il voulait capter la moindre étincelle du regard ou la plus anodine crispation des commissures des lèvres. Kamal Dehane brise un cercle vicieux où les souvenirs macabres dissimulent mal de profondes blessures refoulées depuis 30 ou 40 ans, C'est une manière de dire non à la répétition des mêmes erreurs, des mêmes impasses.
La structure de la cellule familiale algérienne empreinte de silence, de refoulement de fierté et de pudeur s'accommode mal de la souffrance exposée, exprimée devant une caméra.
Le réalisateur ayant vécu les mêmes affres nous propose un peu comme une catharsis salutaire de baisser voiles et masques pour pouvoir enfin envisager un futur pour son peuple et son pays. Ce pays superbe et riche de ressources, trop jeune et idéaliste démocratie, l'Algérie, au nom de la tolérance, a offert une libre tribune aux fondamentalistes religieux. Avec le résultat que l'on connaît. Ce qui fait dire au réalisateur que l'on ne peut construire une démocratie avec les ennemis de la démocratie.

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