Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Coffret Les Cinéphiles de notre temps

Qu'est-ce que la cinéphilie ? Est-ce une maladie infantile ? Est-ce une drogue légère ou une secte d'allumés ? Devient-on des croisés du cinéma, des moines soldats du septième art, en vivant la cinéphilie. À ces questions qui se posaient déjà il y a une dizaine d'années, Antoine de Baecque avait répondu dans un livre intitulé La Cinéphilieaux éditions Fayard.

Désormais, en cette fin d'année 2012, nous disposons d'un coffret de cinq Digital Versatil Disc accompagnés d'un livret. Un documentaire de six heures avec neuf heures de bonus. Le tout, conté par la voix d'Eddy Mitchell, heu, sorry, Monsieur Eddy.
Un doc qui offre une sélection d'extraits de films, d'images d'archives, de photographies, de bandes-annonces, des souvenirs des survivants de l'époque, des anecdotes à vous faire rouler par terre, comme aimait vous les conter Monsieur Eddy dans son émission, La dernière séance. La veille de Noël, on vous offre quelques fragments.
Outre la cinémathèque française d'Henri Langlois et la Cinémathèque de Bruxelles de Jacques Ledoux, à Paris, les salles du centre-ville et celles de quartiers populaires sont phagocytées une fois par semaine par des allumés qui diffusent, dans leur ciné-clubs, des films peu ou pas visibles dans la programmation hebdomadaire des salles de cinéma.
Noël Simsolo, Bertrand Tavernier, Jean Douchet, Luc Moulet et bien d'autres racontent le parcours d'une génération de passionnés. Il y a ceux qui se mettent au premier rang de la salle, les érudits, les sectaires et les enflammés de la toile avec leur revue préférée sous le bras (Les Cahiers du Cinéma ou Positif, voire un livre d'Henri Agel sur l'histoire du cinéma). La jeune génération qui file sur la toile du web va découvrir un autre angle qui est aussi celui de la « pédagogie cinématographique ». Elle gravite autour de la Fédération française des Ciné-clubs dont Chris Marker, Georges Sadoul et André Bazin ont été les propagandistes. Signalons qu'à l'époque, le septième art était considéré par la société comme une contre-culture, comme l'a été le web à ses débuts.

Cinq anecdotes parmi une cinquantaine d'autres, dans cet espace-temps, qui font rire ou sourire :
1) Emile Couzinet, producteur, réalisateur, exploitant, crée un studio à Bordeaux. Il y tourne des mélodrames historiques pour faire pleurer Margot. Exemple : Césarin joue les étroits mousquetaires ou Buridan et la tour de Nesle d'après le roman de Michel Zévaco (un successeur de Dumas père). Le livre met en scène des orgies pas très montrables pour les années cinquante. Couzinet demande donc à une actrice (Miss Cinémonde) de montrer ses seins à l'écran. Elle, qui n'est pas née de la dernière pluie, demande 10.000 francs français. En producteur malin, Couzinet, qui est aussi le réalisateur du film, lui propose un compromis à la belge : « Mademoiselle, les caisses sont vides, je te propose 5.000 francs pour un sein ». On le voit, en effet, dans un plan du film, lorsque son amant se serre contre elle.

2) Issu d'une séquence de l'émission mythique, Cinéma Cinémas (05.12.84), on nous montre le journaliste bruxellois, Joe Van Cottom, fondateur de Ciné-Revue, le magazine people de l'époque qui parle d'Hollywood, mais avant tout des acteurs : Gary Cooper, Elisabeth Taylor ou Burt Lancaster. Ce sont ses copains, et ils lui permettent d'aller les voir au travail dans les studios et d'enregistrer le son de leurs entretiens. Sur le DVD, puisqu'on a pas d'images, on entend le son d'époque. (2)
Lire dans Lectures178 (Fédération Wallonie Bruxelles), l'article de Florence Richter, La lecture, du livre à l'écran Internet. La BSF (Bibliothèques sans frontières) est une ONG qui partage et fait circuler les livres. Elle est intervenue trois jours après le tremblement de terre de 2010 à Haiti. Les personnes déplacées et leurs enfants méritent plus que de la nourriture et des abris, nous dit la BSF. L'éducation existe en dehors du sortilège technologique, voix en off, sur des des photos d'acteurs et d'actrices faites dans les studios de Los Angeles. Belle émission comme la plupart de celles de cette série qui aime explorer les sentiers de la mise en scène du cinéma.

3) Une autre anecdote nous fait circuler autour d'un ciné-club, le Nickel Odéon. Les programmateurs (parmi lesquels figure Bertrand Tavernier pas encore réalisateur) font 4 heures de route en 4cv pour arriver à Bruxelles. Notre Cinémathèque montre des films américains qui ne sont pas diffusés dans les salles de France. Jacques Ledoux est très hospitalier (photo en noir et blanc de JMV au copyright non mentionnée). Certains choix du Nickel Odéon ont été fait en Belgique.

4) Une très bonne séquence nous vient d'Italie, of course. L'imagination débordante des Italiens pour les récits à quatre sous de l'histoire antique font la ruine des historiens. Hercule va à Babylone, sans blague... Mieux : la vraie histoire de Césarion... César et Cléopâtre. Le général romain, consul de son pays et la reine d'Egypte ont eu un fils Césarion qui aurait survécu. Imaginez la scène d'un pompeux ridicule qui a laissé les historiens sans voix. Un général de la légion, des exercicus romanorum (les citoyens de l'armée romaine) s'incline avec son armée et annonce à un nomade du désert qu'il est Césarion, le fils de celui qui a failli devenir avant Auguste, l'Imperator des Romains. « Tu es le fils de César », dit ce tribun d'une voix claironnante devant l'armée. Rassurez-vous, on n'y ajoute pas une couche jusqu'à dire, comme un père adoptif « Tu quoque mi fili ». On y échappe, le vagabond du désert ne sort pas son couteau. Il a l'air de rester dans son nuage, contrairement à Brutus devant le sénat de Rome. Parfois, on se dit que le cinéma Hollywoodien et même Disney ne se permettent pas ce genre d'écart historique.

5) Extraits de l'autre série mythique de la télévision française, Cinéastes de notre temps de Janine Bazin et André Sylvain Labarthe. L'équipe se rend à Los Angeles avec le matériel de Cassavetes qui conduit la voiture et signale que Hollywood est un trompe-l'œil. Ford, le réalisateur de La Chevauchée fantastique, assis sur son lit, en slip, avec son cigare et son œil bandé ne dit pas autre chose. J'étais là pour gagner ma vie. Ce dont je suis fier ? Le documentaire sur l'attaque de Pearl Harbor. Le rêve des uns n'est pas celui des autres.

Les Boni des disques 4 et 5 offrent des suppléments à foison.

Disque 4 : « Passeurs et cinéphilies » : la cinéphilie est considérée par des connaisseurs comme art de vivre, voyage dans le temps, art d'aimer (les salles ne servaient pas qu'à se bécoter nous dit Simsolo, mais aussi à baiser dans la chaleur de la nuit noire).
Disque 5 : "L'écran des maniaques" : on découvre encore d'autres territoires. L'achat de films en pellicule 91/2 mm (pathé baby), 16 mm voire 35 mm d'époque sur les marchés aux puces et donc des projecteurs, des caméras Beaulieu (créées en France par Marcel Beaulieu), mais aussi les fans de la science-fiction et même l'itinéraire de Jess Franco à Bruxelles, lorsqu'il réalise trois films dont La comtesse noire, co-produit par un Belge.

Cinéphiles de notre temps, Edité par M6 et Potemkine, diffusé par Twin Pics.

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