Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/01/2010
 

DVD-Coup de Coeur, Nouvelle Vague tchèque

Nouvelle Vague tchèque (2)

On vous a présenté, dans le Webzine 134, la Nouvelle Vague Tchèque des années 60 (fabulous sixties) que le Musée du cinéma de Jacques Ledoux nous fit découvrir en 1966 (Bruxelles fut la première ville de l'ouest à présenter l'est tchécoslovaque). Après août 68 (intervention au char d'assaut des gâteux soviétiques), les meilleurs réalisateurs se sont exilés aux Etats-Unis ou ont été contraints à un exil intérieur. Le cinéma tchèque ayant disparu de la circulation, c'est avec curiosité que nous pouvons le revoir grâce aux rééditions en DVD de Malavida.

 

Epinglons quatre films pas relous pour deux sous.

les diamants de la nuit

Les diamants de la nuit (1964) de Jan Nemec L'une des perles diffusées au 9 rue Baron Horta. Deux jeunes déportés s'échappent d'un train les conduisant vers un camp d'extermination. Ils courent à travers la forêt, grelottants, la peur et la faim au ventre. Poursuivis, pris en charge par de vieux messieurs à chapeaux tyroliens, ils vont cependant être capturés. Georges Sadoul, dans le livret, nous signale plusieurs choses. D'abord que le poète Pierre Unik fut le gibier d'une de ces chasses sauvages des années 1942-1944 et disparut à jamais. Mais aussi qu’Arnošt Lustig, de qui s'est inspiré Nemec, fut déporté à seize ans à Auschwitz, Buchenwald et Dachau et réussit, lors d'un transport, à s'évader.
Enfin, que l'action se passe à Karlsbad (Karlovy-Vary devenu), ville peuplée de Sudètes ayant choisis d'être Allemands pendant la guerre. Ceci explique cela. Mieux encore, l'enchevêtrement d'une caméra bougée, de travellings avant au milieu d'images mentales obsessionnelles, de flash-back, ne nous offrent pas qu'un sens explosif du mouvement (la fuite des deux jeunes), mais une impression de rêve dans laquelle passé, présent et futur (immédiateté et imaginaire) ne cessent de se confronter. Ce film fascinant doit énormément au travail de Jaroslav Kucera, chef opérateur des films de Vojtech Jasny (Un jour, un chat) et Vera Chytilova (Les Petites marguerites) dont étant l'ami, il enregistre les entrechats des deux petites marguerites qui grimpent dans l'espace du désir masculin. Y a pas photo, clic-clac. 

Les fruits du paradis de Vera Chytilova (1969)
L'histoire d'Adam et Eve dans le monde contemporain. Un film aux dialogues surréalistes, aux couleurs audacieuses qui nous rappelle l'extravagance des Petites marguerites (même chef op’). Le son est très recherché, la musique chorale (oh le jeu de la cymbale et des voix !). Signalons aussi cet érotisme féminin, fluide, qui attise la curiosité (si nous osons dire, le versus, en quelque sorte, de I am curious de Vilgot Sjoman)

Le film, co-produit par la Belgique (Elisabeth films), censuré en Tchécoslovaquie, va offrir à Vera Chytilova, restée dans son pays, une interdiction de tourner pendant huit ans. La pomme d'Adam et Eve nous projette dans une autre zone horaire que le paradis. Le dilemme consiste donc à savoir choisir entre la vérité de la connaissance ou, simplement, vivre dans l'heureuse ignorance du monde.

la plaisanterie

La plaisanterie de Jaromil Jires (1969)
Adapté du roman célèbre devenu La Plaisanterie de Milan Kundera, le film nous conte les aventures d'un étudiant exclu de l'université, sa condamnation à la prison puis aux travaux forcés pour avoir signé et répandu un texte drôle et provocant (la morale sans éthique des sociétés de l'est européen). Son retour (burlesque, digne d'un roman de Fielding) nous plonge dans un passé remis en question par l'éthique du printemps de Prague et qui, une fois de plus, allait s'effondrer dans la morale relou des Soviétiques.
Ce duel entre un homme amer, frappé par le delirium tremens du système, et un arriviste opportuniste (il serait dans la com’ chez nos néo-libéraux) a offert un livre mondialement connu et un film mondialement inconnu1


Eclairage intime
d'Ivan Passer (1965)
Un soliste violoncelliste quitte Prague pour donner un concert dans une ville de province. L'occasion de revoir un copain d'enfance, devenu directeur d'une école de musique.
L'éditeur a préféré confier l'argent à la remastérisation du film plutôt qu'a des bonus visuels. En contrepartie, il nous offre des livrets alimentés par le grand spécialiste de l'époque Antonin Lhiem et des critiques de la presse française.
 
(1) À la Cinémathèque, nous avons pu découvrir, Le premier cri (1963), un film suivant le parcours d'un couple qui attend et voit naître un enfant. Lorsqu’un plus un est égal deux, cela donne parfois trois. 

Les diamants de la nuit de Jan Nemec, Les fruits de la passion de Vera Chytilova, La Plaisanterie de Jaromil Jires, Eclairage intime d'Ivan Passer, éditions Malavida.

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