Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
16/05/2011
 

Edouard Manet, une inquiétante étrangeté, de Hopi Lebel

Edouard Manet

manetCertains d'entre-nous pensent que le cinéma vit un cycle comparable à ce qui s'est passé en peinture au XIXème siècle. Le troisième art a vu le formatage académique de la peinture en studio, le recyclage permanent des maîtres du passé balayés par un nouveau cycle, celui de la peinture impressionniste. Celle-ci démarre avec Edouard Manet et ses toiles considérées, par la bourgeoisie de l'époque, comme scandaleuses. À l’époque, on parlera de la laideur des tableaux de Manet et de sa vulgarité. « Le déjeuner sur l'herbe », « Olympia », « Un Bar aux Folies bergères » nous parlent des femmes… Et non seulement elles sont plus vivantes que les hommes, mais ce ne sont jamais des déesses ou des icônes de l'éternel féminin (voir la peinture classique, maniériste devenue).
Sur le passé, le présent, et l'avenir, à propos du Salon de 1874, Stéphane Mallarmé, dans son style subtil et inimitable (seul Lacan put en porter le couvre-chef) nous dit ceci : « Il s'offrait (le jury) aux retardataires de toutes les écoles qui se sont partagés le succès pendant ces dernières années, une occasion parfaite de montrer au seul homme (Manet) qui ait tenté de s'ouvrir à lui et à la peinture une voie nouvelle que, certes, un attachement à des points de vue anciens mais n'ayant pas encore livrés tout leur secret, les tenait au coeur fortement et non une cécité totale quant au présent (…) Le Jury a préféré se donner ce ridicule de faire croire, pendant quelques jours encore, qu'il avait charge d'âmes. » (1)

Manet écrivait : « Chaque oeuvre devant être une création nouvelle de l'esprit », découvrons les qualités du plein air et quittons le studio de peinture. C'est cela l'impressionnisme, saisir l'aspect passager des choses. Comme dans la vie, le passé est fait pour servir le présent, non pour copier des figures anciennes, moins pour le remodeler que pour le recréer.
Les commentaires du film naviguent un peu dans l'inquiétante étrangeté de ce phénomène de la peinture qu'est Edouard Manet tout en nous faisant découvrir beaucoup de choses, notamment la défense de Charles Baudelaire et Emile Zola pour ce peintre de la modernité.

Edouard Manet, une inquiétante étrangeté, de Hopi Lebel. Distribution Twin Pics.

(1) Stéphane Mallarmé, Proses diverses, éditions Gallimard.

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