Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2007

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13/07/2007
Mots-clés : sortie en DVD
 

En DVD : Lost Highway de David Lynch

Pendant cinq ans, il y avait eu Twin Peaks. Puis, en 1996, David Lynch revint au cinéma avec un film sans dentelles ni clés, Lost Highway. Porté par un imaginaire mystérieux et une bande son délirante, le film accueille, pêle-mêle, voitures à l’ancienne avec grands volants, sacrés effrois, jalousies fabuleuses, perruques fatales, schizophrénie dangereuse, images vidéo voyeuristes, méchantes angoisses et déserts poussiéreux. Vérité ? Sens ? Explication ? Plutôt opacité, inconscient, irrationalité et perplexité du spectateur. Du Lynch.

À l’origine romanesque du film.

Dans Night People écrit par Barry Gifford dont il avait déjà signé l’adaptation de Sailor et Lula et avec lequel il avait collaboré sur la série télé Hotel Room, David Lynch avait repéré l’expression d’un personnage : « lost highway » (autoroute perdue) pour son aspect mystérieux. Il propose à Gifford d’être le co-scénariste de son film et de travailler le scénario à partir d’une idée apparue le dernier jour de tournage de Fire walk with me : un couple réceptionne d’inquiétantes images de leur vie. Panique à la villa.

Une histoire. Des histoires.

Fred Madison (Bill Pullman) est saxophoniste dans une boîte de nuit et l’époux de la belle Renée (Patricia Arquette). Mais pour l’instant, il tire nerveusement sur sa cigarette. La sonnette de la porte d’entrée retentit. Une voix à l’interphone : « Dick Laurent est mort ». Pourtant, il n’y a personne dehors. Fichtre. Le couple commence à recevoir des cassettes vidéo anonymes. Au début, les images montrent leur villa filmée de l’extérieur puis, c’est leur intimité qui surgit : leur salon plus leur sommeil. Mazette.

 

Fred commence à stresser et à faire des rêves et des rencontres étranges. Il croit croiser un affreux petit bonhomme dans son lit et le retrouve à une soirée mondaine. Sapristi. Les yeux fous maquillés, la peau blanchâtre, le sourire inquiétant, celui-ci lui assure qu’il se trouve au même moment chez lui. Comment ça, le gnome ? Ben oui, il suffit qu’il appelle son domicile. Effectivement, son interlocuteur répond : « Je vous ai dit que j’étais ici. » Gloups. Ça ne va plus. Fred imagine avoir tué Renée et se retrouve en prison (matricule 47516) pour homicide involontaire ! Diantre. Un matin, les gardiens découvrent quelqu’un d’autre dans sa cellule. Il s’agit de Pete (Balthazar Getty), un jeune garagiste à qui il arrive aussi des aventures étranges, violentes et inattendues. Pas possible. Petit répit dans cette jeune vie tourmentée : Pete croise le chemin et les yeux d'Alice Wakefield, une jeune femme ressemblant curieusement à Renée. Sauf qu’Alice est blonde alors que Renée est brune… Sacrebleu.

Lecture(s).

Non, tout le film ne se dévoile pas à travers ce texte. Lynch, prénom David a un univers propre et n'aime pas délivrer une lecture linéaire dans ses films, estimant que « les choses perdent de leur intérêt dès qu'elles acquièrent trop de sens. » Vous avez le sentiment de détenir la vérité de Lost Highway ? Faites un test lors d'une raclette entre potes : tout le monde proposera son interprétation. « C'est son passé », «Fred rêve qu'il est Pete », « Mais non, tu n'as pas compris : Alice et Renée sont sœurs », « Vous vous rappellez de la tête sanglante dans la table ? Plus trop moyen de placer des zakouski, hein ? ».

Pourtant, le spectateur a des repères. D'abord, des couleurs. Noir, le film. Blonde et brune, les filles. Rouge, le rideau. Puis, il y a la musique. Le réalisateur y est très attentif, car chaque morceau introduit et/ou illustre la séquence en cours. Patricia Arquette en parle dans un bonus du film réédité par Cinéart : Lynch écoute la musique d'une oreille en regardant la scène.

Robert Loggia, acteur au gros C.V. ( La chanteuse et le milliardaire, Les Sopranos, La Malédiction de la Panthère rose, ...) ajoute que les sujets suivent leur réalisateur-chef d'orchestre, pas comme des moutons, mais comme des musiciens. D'ailleurs, la B.O. est assez étudiée : David Bowie, Lou Reed, Antonio Carlos Jobim, Trent Raznor, Nine Inch Nails et Marilyn Manson (qui apparaît, par ailleurs, dans le film comme acteur porno!).

Pour l'éclairage, il y a des suppléments. En apparence, ils sont nombreux : bande-annonce, making-of, en coulisses, acteurs & équipe. Sur le plateau, on voit Lynch, serein, délivrer des indications à ses comédiens attentifs et gérer le travail avec deux caméras. Et ça cadre avec l'opinion de Pullman : « [Pendant le tournage], toute l'équipe avait l'impression de travailler pour quelqu'un dont la créativité était tangible. ». Et pour la compréhension ? Se reférer aux comédiens qui n'en savent pas vraiment plus.

Patricia : « Certains artistes ont une autre vision des choses. Parfois, on tourne en rond comme dans une maison de poupées. Si on joue dans un film de Lynch, on vit dans son monde. On essaye de comprendre sa vision. Je ne comprends pas toujours ce qu'il veut dire, mais je sais que c'est intéressant et important. ». Robert : « Quand les gens vous demandent ce que vous faites et que vous répondez : « Lost Highway de Lynch », ils sont tout de suite intéressés et veulent savoir de quoi ça parle. Si je pouvais y répondre, j'aurais fait un pas en avant ! ». Pas? Empreintes? Aaaaaah...

Lost Highway de David Lynch : DVD et bonus. Collection : Cinéart. Distribution : Twin Pics

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